Pourquoi les internes sont-ils à nouveau dans la rue ?

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

20 novembre 2012

Les internes ne baissent pas la garde

Malgré la mise en place d'un groupe de travail sur leurs conditions de travail, les internes manifestent à nouveau aujourd'hui. Le point sur leurs revendications.
20 novembre 2012

Paris, France - Le mouvement des internes est-il en train de se radicaliser, malgré la volonté de dialogue du ministre de la Santé Marisol Touraine ? Conduit entre autres par les syndicats ISNIH, ISNCCA l'Isnar-IMG, l'Anemf, le SJBM, la FNSIP et UNIR, le mouvement des internes, qui compte 17 à 19% de grévistes sur l'ensemble de la France, et 32% sur la capitale, a lancé un nouvel appel à la grève le 20 novembre.

Malgré la création d'un groupe de travail, « qui se réunira toutes les deux semaines et devra apporter avant le 31 janvier, des propositions concernant le respect des règles de temps de travail ». Mais les internes estiment ne pas avoir obtenu gain de cause sur deux autres revendications : leur participation de plein droit aux négociations conventionnelles, et la remise en cause de la proposition de loi n° 296 du député Bruno Le Roux, autorisant les mutuelles à créer des réseaux de soins, au sein desquels ils pourraient pratiquer des tarifs différenciés [1].

Sur la question des négociations conventionnelles et la demande expresse des organisations syndicales d'internes d'y participer pleinement, « la ministre souhaite faire évoluer le cadre actuel ». Quant à la proposition de loi de Bruno Le Roux, Marisol Touraine s'est engagée à ce que soit déposé un amendement garantissant la liberté de choix du professionnel de santé par les patients.

Groupe de travail


Les syndicats d'internes ont tenu la première séance de leur groupe de travail le 14 novembre dernier. « Nous ne sommes pas satisfaits de cette réunion, a déclaré Etienne Pot, porte-parole de l'ISNIH. Aucune solution concrète ne nous a été proposée. La PPL n°296 nous choque, elle institue une médecine à deux vitesses. Nous voulons un engagement de la ministre sur ce point ».

Quant à la mobilisation sociale, Etienne Pot constate que le mouvement se radicalise, sans avancer de chiffres précis. « A Poitiers 70% des internes étaient en grève. A Nice également. Sur le reste de la France, nous sommes plutôt aux alentours de 50%. »

L'Union nationale des internes, assistants et chefs de clinique de radiologie (UNIR) n'a pour sa part, pas été invitée au groupe de travail du 14 novembre. « On nous a dit qu'on allait décider, lors de cette première réunion, de notre participation future aux réunions. Nous n'avons pour le moment pas été contactés », explique Nadya Pyatigorskaya, trésorière de l'union. « Nous sommes toujours en grève, et rejoignons l'appel à manifestation du 20 novembre. »

Pour le Dr Julien Cabaton, premier vice-président de l'ISNCCA, « seulement une revendication sur trois a été entendue par le ministère. Nous n'avons pas eu d'éclaircissement sur la place future des mutuelles dans le système de soins. Le directeur de cabinet de la ministre nous a proposé des commissions sur notre participation aux négociations conventionnelles, rien de précis ». Le ministère va en effet lancer une mission de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) pour « rénover la politique conventionnelle » [2]. Le Dr Julien Cabaton « se félicite de la prise en compte des conditions de travail des internes » par la ministre.

Si le mouvement des internes a la cote auprès des Français, (86% des Français le trouvent justifiés, selon un sondage Les Echos-BVA [3]), celui des chirurgiens ne remportent pas leur suffrage. 58% des Français soutiennent l'accord sur les dépassements d'honoraire, que combattent les médecins grévistes. Et 64% d'entre eux estiment que le mouvement de grève des médecins spécialistes n'est pas justifié.

Reprise de l'activité


Après une semaine de mobilisation, le syndicat LE BLOC, la FHP et la FHP-MCO ont décidé de la reprise de l'activité le 16 novembre. Sans qu'aucune de leurs revendications n'ait été entendue. Ils comptent cependant poursuivre la contestation de l'avenant n° 8 par d'autres voies. Ils ont donc décidé de soutenir la manifestation des internes du 20 novembre, et de lancer des actions juridiques contre l'avenant N°8. Ils souhaitent aussi « mettre en évidence dans une publication les disparités entre les régimes complémentaires au niveau des tarifs et des prestations et aider les patients à choisir des contrats correspondant réellement à leurs attentes légitimes ».

« Le mouvement a été d'une grande ampleur. Nous avons réuni 4 500 médecins le 12 novembre. 70% des cliniques étaient à l'arrêt », indique Xavier Gouyou-Beauchamps, secrétaire général de l'UCDF. « L'avenant n° 8 qui a été signé ne nous représente pas. Il a été signé par des médecins généralistes, qui ne peuvent s'engager pour des spécialistes. Nous demandons que les honoraires des médecins bénéficient d'un réel financement. Dans l'avenant n° 8, les complémentaires, qui doivent prendre en charge les dépassements dans le cadre du contrat d'accès aux soins, n'ont aucune obligation à le faire ». La FHP et la FHP-MCO soutiennent le mouvement des chirurgiens en grève.

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