Troubles sexuels : le palmarès des médicaments impliqués

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

20 novembre 2012

Troubles sexuels: le palmarès des médicaments impliqués

Antidépresseurs, antihypertenseurs, traitements de la prostate…Beaucoup de médicaments induisent des troubles sexuels, explique le Pr Giuliano qui présente un rapport sur la médecine sexuelle.
20 novembre 2012

Paris, France - « Il est essentiel de bien connaître les répercussions des médicaments sur la fonction sexuelle des patients » car, en dehors de la problématique de la qualité de vie, « l'apparition des troubles conduit parfois à l'abandon spontané d'un traitement », a commenté le Pr François Giuliano (urologue, hôpital Raymond Poincaré, Garches) lors de la présentation du rapport sur la médecine sexuelle qui sera à l'honneur cette année au congrès de l'Association Française d'Urologie (AFU) [1].

L'urologue préconise un interrogatoire systématique du patient qui permet de distinguer un effet secondaire avéré du médicament de la survenue des symptômes sexuels liés à la pathologie notamment dans la dépression, les psychoses, l'hypertension artérielle, les douleurs chroniques ou encore les troubles mictionnels. L'interrogatoire permet aussi d'écarter l'effet nocebo : lorsque le patient, par crainte des effets indésirables, induit lui-même des dysfonctionnements sexuels.

« L'affirmation de la iatrogénie médicamenteuse repose sur l'analyse de l'histoire clinique du patient et notamment sur la chronologie des troubles, croisée avec les connaissances de la littérature sur les molécules, » indique le Pr Giuliano.

Plus de 50% de troubles sexuels chez les patients traités par IRS et IRSNA


Dans la littérature, ce sont les effets secondaires sexuels des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) - citalopram (Celexa®), fluoxétine (Prozac®), fluvoxamine (Floxyfral®), paroxétine (Paxil®), sertraline (Zoloft®)…- ou des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNA) - venlafaxine (Effexor®)…- qui sont les mieux documentés [2][,][3]]. Une étude espagnole chez 1022 participants traités par IRS et IRSNA a retrouvé des troubles sexuels chez 59,1% d'entre eux [3]. Selon les chercheurs espagnols, les IRS et IRSNA se compliquent plus souvent d'orgasmes tardifs et d'anorgasmies qu'avec des antidépresseurs plus anciens tels que la mirtazapine (Remuron®) et la moclobémide (Moclamine®).

«Il est donc recommandé d'être à l'écoute du patient traité exprimant une plainte sexuelle, et d'entrer en relation avec le médecin prescripteur, afin d'envisager, quand cela est possible, une modification du traitement », a indiqué le Pr Giuliano.

Toujours en psychiatrie, les neuroleptiques comportent aussi des effets sexuels importants : dysfonction érectile chez l'homme, troubles du désir ou de la lubrification chez la femme. Les neuroleptiques qui n'élèvent pas la prolactinémie entraînent moins d'effets secondaires sexuels (de 16 à 27%).

L'orateur rappelle que l'ensemble de ces symptômes peuvent aussi être attribués à la maladie psychiatrique traitée.

Antihypertenseurs : les diurétiques thiazidiques incriminés


Plusieurs études, dont l'étude TOMHS, ont montré que la dysfonction érectile était plus fréquente chez les patients qui recevaient des antihypertenseurs ou qui avaient une pression artérielle élevée [4].

« La dysfonction érectile concernerait entre 0 et 25% des hommes traités par antihypertenseurs », précise François Giuliano. Toutefois, il est difficile de déterminer si le trouble sexuel est directement lié au traitement ou à l'hypertension artérielle…

Concernant les classes d'antihypertenseurs à risque, une revue récente de la littérature de M. Baumhäkel et coll. a conclu que seuls les diurétiques thiazidiques et les bêtabloquants (sauf le nébivolol) augmentaient le risque de dysfonction érectile [5]. Mais, pour le Pr Giuliano : «  seuls les diurétiques thiazidiques sont clairement responsables de dysfonction érectile. Pour les bétabloquants, c'est beaucoup moins clair.  En revanche, les sartans auraient plutôt un effet bénéfique. »

Baumhäkel et coll. précisent que l'ensemble de ces données reste à confirmer par de nouveaux essais.

Les traitements de l'HBP et du cancer de la prostate associés à divers troubles


« Si les alpha1-bloquants n'altèrent pas la libido, certains d'entre eux peuvent être à l'origine de troubles de l'éjaculation (jusqu'à 28% pour la silodosine), essentiellement des anéjaculations, réversibles à l'arrêt du traitement. Les inhibiteurs de la 5 alpha réductase (finastéride/Proscar®, Merck ; dutastéride/Avodart®, GSK) sont eux responsables de troubles de l'éjaculation (de 2,1 à 7,7%), de dysfonction érectile (de 4,9 à 18,8%) et d'une diminution de la libido (de 3,1 à 5,4%) par des mécanismes que nous ne comprenons pas très bien », explique l'urologue qui souligne que l'association de traitements augmente les effets secondaires.

Globalement, la phytothérapie (pygeanum africanum ou serenoa repens) serait responsable de moins d'effets secondaires sexuels que les autres médicaments.

Concernant, les traitements du cancer de la prostate, la majorité des hommes sous castration chimique rapportent une baisse de leur libido. Mais, la littérature n'établit pas de corrélation systématique entre le taux de testostérone et l'activité sexuelle sauf lorsque la testostérone est très diminuée.

Les antiépileptiques, les anti-parkinsoniens et autres…


Dans le domaine de la neurologie, les antiépileptiques peuvent entraîner une diminution ou une perte du désir sexuel, et/ou d'excitabilité, voire une anorgasmie. En revanche, certains antiparkinsoniens à l'action dopaminergique sont parfois à l'origine d'une désinhibition voire d'une hypersexualité, nécessitant une révision de la posologie.

Enfin, tous domaines confondus, d'autres classes de médicaments peuvent avoir des effets sur la fonction sexuelle. Il s'agit notamment des antalgiques de niveau 3 (analgésiques opiacés ou opioïdes) qui peuvent diminuer le désir, du tramadol qui peut avoir un effet sur l'éjaculation, et du tamoxifène dans le cancer du sein qui est aussi un pourvoyeur de dysfonction sexuelle.

En revanche, si les effets sexuels de la pilule oestroprogestative sont très discutés, les données de la littérature ne sont pas concluantes. « Globalement, l'effet est probablement modeste», indique l'expert.

« Le nombre de ces interactions montre l'importance de la recherche d'une iatrogénie médicamenteuse dans le cadre de la médecine sexuelle. Elle souligne aussi l'importance de l'explication au patient, du dialogue patient-médecin comme du dialogue entre prescripteurs, afin d'éviter les problèmes de compliance aux conséquences délétères », conclut l'urologue.

Le Pr Giuliano travaille avec les laboratoires Lilly, Pfizer, et Ménarini.

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