Bactéries multirésistantes : moins de staphs, plus d'E.Coli

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

16 novembre 2012

Bilan du BEH : moins d'antibiotiques consommés mais plus de résistances bactériennes

Les données 2000-2010 du BEH sur les antibiotiques rapportent une augmentation des infections nosocomiales à entérobactéries multirésistantes, E coli en tête.
16 novembre 2012

Saint-Mandé, France - Après le rapport de l'ANSM en août 2011 sur l'évolution de la consommation d'antibiotiques en France, de 2000-2010, l'Institut national de veille sanitaire (InVS) publie à son tour un état des lieux de la consommation mais aussi des résistances bactériennes au cours des dix dernières années. Ces informations sont colligées dans un numéro thématique du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire[1]] à l'occasion de la Journée nationale de sensibilisation au bon usage des antibiotiques (14 novembre) [2].

Infections nosocomiales à bactéries multirésistantes : montée des entérobactéries


Si la consommation d'antibiotiques a un peu baissé, les résistances bactériennes ont, elles, augmenté.

La prolifération d'infections nosocomiales à germes résistants pose de vrais défis thérapeutiques aux infectiologues et aux gestionnaires de soins en raison des coûts associés.

Au sein des bactéries multirésistantes (BMR), les Staphylococcus aureus résistants à la méticilline (SARM) et les entérobactéries productrices de bêtalactamases à spectre étendu (EBLSE) sont les plus préoccupantes du fait de leur pouvoir pathogène et de leur potentiel de diffusion tant au sein des hôpitaux que dans la communauté.

Ces BMR font l'objet depuis 1990 d'une surveillance en milieu hospitalier et depuis 2002, le réseau BMR-Raisin coordonne la surveillance nationale au sein de 933 établissements de soins à partir d'un indicateur unique : la densité d'incidence sur 1 000 journées d'hospitalisation (présence d'au moins un prélèvement positif).

Les 242 128 lits d'hospitalisations (54,4 % des lits des établissements publics et 45,2 % des lits privés) du réseau de surveillance ont accueilli en 2010, 2 022 066 patients pour un total de 17 853 669 journées d'hospitalisation. Cette même année, 7 214 cas de SARM et 6 992 cas d'EBSLE (60 % d'E coli, 17,5 % des K pneumoniae, 11,3 % d'E cloacae, 3,6 % d'E aerogenes) ont été signalés.

En 2010 donc, la densité d'incidence globale des SARM s'est établie à 0,40 pour 1 000 journées d'hospitalisation contre 0,70 en 2002, soit une baisse de 43 %, qui semble liée aux actions de prévention (utilisation des solutés hydro-alcooliques, maîtrise de la transmission croisée, bon usage des antibiotiques).

Celle des EBSLE est passée de 0,17 pour 1 000 journées d'hospitalisation en 2002 à 0,48 en 2010, soit une hausse de 282 % qui serait en rapport avec une pression de sélection des antibiotiques à spectre de plus en plus étendu.

En outre, la proportion d' E coli au sein des EBSLE a nettement augmenté puisqu'elle était de 18,5 % en 2002 contre 57,9 % en 2010.

Les experts de l'InVS ont aussi procédé à une analyse régionale de la répartition des BMR. Les SARM semblent prédominer dans les régions du Nord et du Sud-Ouest, alors que les EBSLE sont plus fréquents dans le Nord et le Sud-Est, l'Ouest semblant relativement protégé. Mais il est impossible de tirer des conclusions de ces simples données car il faudra aussi prendre en compte le type d'établissement de soins et les politiques régionales de prévention de la transmission croisée et du bon usage des antibiotiques.

Antibiotiques, patrimoine de l'humanité : protégeons- les !

Le 18 novembre 2012, une journée d'information sur les antibiotiques est organisée en Europe.

A cette occasion, l'Alliance contre le développement des Bactéries Multi-Résistantes, (ACdeBMR) [3] regroupant 400 professionnels et usagers et présidée par le Dr Jean Carlet, lance un appel pour la mise en œuvre d'une politique de forte protection des antibiotiques en France et à l'étranger. Le niveau des résistances est en effet très élevé dans notre pays et pourtant, les quantités prescrites restent trois à quatre fois plus élevées que dans d'autres pays européens.

Pour l'ACdeBMR « il faut désormais considérer les antibiotiques comme une classe de médicaments tout à fait à part, exigeant des modalités de prescription particulières, car c'est une classe en voie de disparition. Les médecins et les usagers doivent s'entraider pour parvenir à modifier rapidement leurs habitudes ».



Baisse des prescriptions : une bonne nouvelle à nuancer


Comme le soulignait l'ANSM cet été, dix ans après « Les antibiotiques, c'est pas automatique », le niveau de consommation/personne/jour a globalement diminué  de 33,4 à 28,4 DDJ par 1 000 personnes/jours (dose journalière/personne 70 kilos pour 1 000 personnes et par jour) pour les prescriptions de ville. De 2,9 à 2,2 DDJ/1 000 personnes/jours pour l'hôpital.

Une bonne nouvelle à nuancer :

  • La baisse de la consommation a été importante en ville (93 % des prescriptions totales), mais son ampleur s'est atténuée au cours de la période étudiée. Une légère tendance à la hausse se dessine même depuis quelques années, ce qui, dans une perspective à long terme est particulièrement préoccupant.

  • Même si les taux de croissance actuellement observés sont plus faibles que dans les années 1990, il semblerait que l'absence de messages et d'actions claires soit perçue très négativement par les soignants.

Le « plan antibiotiques 2011-2016 » qui prévoit une baisse d'un quart des prescriptions d'antibiotiques pourrait permettre d'inverser cette tendance si des actions sont rapidement mises en place sur le terrain.

Plan national d'alerte sur les antibiotiques 2011-2016

Cette initiative nationale affiche pour la première fois un objectif de réduction quantifié (25 %) de la prescription des antibiotiques en médecine humaine et elle est associée à un « Plan national de réduction d'antibiorésistance en médecine vétérinaire » indispensable car il n'existe aucune barrière à la diffusion des bactéries multirésistantes qu'elles aient été sélectionnées par l'usage d'antibiotiques en médecine humaine ou vétérinaire.


A l'hôpital, qui représente 7 % des prescriptions, la consommation paraît stable depuis 2006, mais elle s'inscrit à la hausse si on prend en compte la consommation rapportée au nombre de journées d'hospitalisation. Plus de 40% des patients ont reçu en 2010, un jour donné, une dose d'antibiotiques, alors que ce taux journalier est inférieur à 3% en ville.

Les bêtalactamines au top en ville et à l'hôpital


Sur le plan qualitatif, la consommation d'antibiotiques a évolué, même si elle se caractérise toujours par une forte prédominance des bêtalactamines en ville comme à l'hôpital. Parmi cette classe d'antibiotiques, c'est l'amoxicilline seule ou associée à l'acide clavulanique qui représente la grande majorité de la consommation (+ 41,6 % entre 2000 et 2010).

En ville, la consommation de céphalosporines de 3e génération (C3G) a augmenté (+ 13,5 %) alors que les C1G ne sont quasiment plus utilisées (- 94,9 %).

A l'hôpital, la consommation a diminué dans toutes les classes à l'exception des carbapénèmes et des C3G.

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