Poux de tête : 10 minutes d'application d'ivermectine topique suffisent

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

13 novembre 2012

Deux études du NEJM confirment l'efficacité de l'ivermectine topique contre les poux

Deux études randomisées, publiées dans le NEJM, confirment l'efficacité de l'ivermectine par voie topique après 10 minutes d'application et sans obligation de peignage.
12 novembre 2012

Norfolk, Etats-Unis — Les poux de tête (Pediculus humanus capitis) - que le Dr David Pariser (Norfolk, Etats-Unis) n'hésite pas à qualifier de « fléau social » et de « problème de santé publique » - ont les honneurs du New England Journal of Medicine[1].

La revue américaine publie en effet les résultats de deux études randomisées incluant un total de 765 patients de plus de 6 mois qui confirment l'efficacité de l'ivermectine par voie topique appliquée pendant 10 minutes et non suivi d'un peignage au peigne fin.

Permétrine, pyréthrine aux Etats-Unis, diméticone en France


Aux Etats-Unis, le traitement des poux fait appel en première intention à la permétrine ou au pyréthrines et en deuxième intention au lindane ou au malathion. Ces produits sont, soit toxiques, soit associés à l'émergence de résistances.

En France, le traitement le plus utilisé est le diméticone, qui doit être appliqué plusieurs fois pour être efficace, ce qui, en pratique, est loin d'être le cas dans les familles infectées.

Ces résistances ou insuffisance d'efficacité en une application ont conduit à tester de nouveaux composants. C'est le cas de l'ivermectine, utilisé par voie orale dans le traitement des nématodes.

Sur cheveux secs, rincés à l'eau


L'ivermectine a été testée dans les deux études détaillées par le NEJM à la dose de 0,5 % selon une formulation mise au point par Topaz Pharmaceuticals (racheté par Sanofi, Sklice®). Les sujets ont été recrutés entre mars et juillet 2010 dans une dizaine d'états américains. Les patients âgés de plus de 6 mois (âge moyen 8 ans) devaient être porteurs d'au moins 3 poux vivants ou lentes viables. Aucun autre traitement ne devait être appliqué et les cheveux ne devaient pas être coupés pendant le suivi. Tous les membres de la famille atteints étaient traités simultanément.

Le traitement, appliqué sur cheveux secs, laissé en place 10 minutes est ensuite rincé à l'eau. Aucun peignage au peigne fin ne devait être réalisé après traitement.

Beaucoup moins de poux et prurit


Les résultats des deux études, 410 et 371 patients tirés au sort pour recevoir soit l'ivermectine soit une solution contrôle, sont concordants.

Un jour après l'application du traitement 94,9 % des patients traités activement ne présentaient plus de signes d'infestation (présence de poux vivants), contre 31,3 % des contrôles. A 8 jours, ces chiffres s'établissaient respectivement à 85,2 et 20,8 % et à 15 jours à 73,8 et 17,6 %.

En outre, la sensation de diminution du prurit était ressentie dès le lendemain de l'application du traitement actif pour 99% des patients contre 23% dans le groupe témoin. A J2 ces chiffres étaient respectivement de 66,7 et 42%. Or, le prurit est le signe d'une irritation locale due à la salive des poux. Il semble que le produit actif, mais aussi le produit contrôle, soit dotés d'une efficacité émolliente du cuir chevelu. Les auteurs proposent d'approfondir leur recherche dans ce domaine.

Un mécanisme d'action spécifique


Ces résultats sont donc tous très significativement en faveur de l'utilisation de l'ivermectine. Ils sont très similaires à ceux de deux études, l'une in vitro et l'autre in vivo qui évaluait l'impact de deux ingestions de 400 microgrammes par kilo à 1 semaine d'intervalle d'ivermectine par voie orale sur le nombre de poux vivants.

Mais la voie topique permet en outre d'être actif sur les lentes ce qui n'était pas le cas du traitement per os. Cet effet est lié à une action directe de l'ivermectine sur les canaux glutaminergiques chlore dépendants.

Cette action est aussi différente de celle des traitements habituels - les pyréthrines se lient aux canaux ioniques sodium dépendants - qui, eux, induisent des résistances. On peut donc penser que l'ivermectine restera efficace quand les traitements de première ligne (du moins ceux disponibles aux Etats-Unis) auront échoué.

Peu d'effets secondaires


Qu'en est-il des effets secondaires ? Aucune différence entre les deux groupes en termes de prurit, d'excoriations ou d'érythème.

Un total de 7 patients (5 dans le groupe contrôle et 2 dans le groupe traitement actif) se sont plaints d'irritation oculaire au moment de l'application du produit. Cet état ne durait pas pendant le suivi.

L'étude a été financée par Topaz Pharmaceuticals (racheté par Sanofi).
Le Dr Bell a reçu des honoraires de consultant de Topaz Pharmaceuticals et Sanofi. Le Dr Ryan est salarié de Topaz Pharmaceuticals (racheté par Sanofi).

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