La cocaïne augmente les risques d'infarctus à court et à long terme

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

9 novembre 2012

La consommation régulière de cocaïne induit des anomalies cardiovasculaires

Une petite étude présentée à l'AHA montre que la consommation chronique de cocaïne induit des anomalies cardiovasculaires à long terme qui augmentent les risques d'infarctus du myocarde.
9 novembre 2012

Los Angeles, Etats-Unis - Une étude australienne présentée lors de l'édition 2012 du congrès de l'American Heart Association montre que les consommateurs réguliers de cocaïne ont des artères plus rigides, une pression artérielle plus élevée et des parois myocardiques plus épaisses que les non-consommateurs [1].

Il s'agit de la première étude à mettre en évidence une hypertension persistante et une rigidité vasculaire associée à un usage récréatif de la cocaïne (en moyenne une ou deux fois par semaine) bien après que les effets aigus se soient estompés. Précédemment, des travaux avaient, en effet, mis en exergue les effets cardiotoxiques immédiats de la cocaïne chez les grands consommateurs de cocaïne.

C'est la survenue d'une série d'infarctus associés à la consommation de cocaïne à l'hôpital Royal North Shore de Sydney qui a poussé les auteurs à mener cette étude sur l'incidence des anomalies cardiovasculaires chez des consommateurs réguliers de cocaïne apparemment en bonne santé.

« C'est très triste. Nous voyons régulièrement des jeunes, qui en dehors de cela n'ont pas de problèmes de santé, et qui sont victimes d'infarctus du myocarde massifs associés à la consommation de la cocaïne. Il serait difficile de créer une drogue plus à même de provoquer des infarctus que la cocaïne. Ses effets combinés sur la thrombose, sur l'augmentation du stress cardiaque et entrainant une plus forte constriction des vaisseaux placent les usagers de cocaïne à un risque élevé d'infarctus du myocarde », a indiqué l'auteur principal de l'étude, le Dr Gemma Figtree (professeur adjoint de médecine, Sydney Medical School université de Sydney, Australie).

Une pression artérielle et une rigidité vasculaire plus importantes


Les chercheurs ont enrôlé 17 hommes et 3 femmes volontaires, d'âge moyen 37 ans, consommateurs réguliers de cocaïne (au moins une fois par mois au cours de la dernière année, une à deux fois par semaine en moyenne). Ils ont complété des questionnaires sur leur consommation de drogues, leurs facteurs de risque cardiovasculaires et leur statut socioéconomique.

Au moins 72 heures après leur dernière prise de cocaïne, leur pression artérielle a été mesurée et ils ont passé une IRM cardiaque afin d'évaluer l'hypertrophie cardiaque et l'anatomie de l'aorte. Les chercheurs ont réalisé des comparaisons directes avec 20 sujets contrôles appariés sur le sexe, l'âge, le diabète, l'hypertension, le profil métabolique, le tabagisme et l'utilisation d'autres drogues.

Il en ressort que les consommateurs de cocaïne présentent plus d'anomalies cardiovasculaires associées à un risque accru d'infarctus du myocarde et d'AVC. Globalement, les chercheurs ont observé une augmentation de la rigidité artérielle de 30 à 35%, une pression artérielle plus élevée de 8 mm Hg (134 mm Hg vs 126 mm Hg, p=0,036) et une paroi du ventricule gauche de 18% plus épaisse (p=0,007). Ces différences restent significatives après ajustement pour les facteurs confondants.

En revanche, aucune trace d'infarctus du myocarde silencieux n'est observée chez les consommateurs de cocaïne, à l'inverse de ce qui a été observé dans une étude récente de Dr Giovanni Donato Aquaro et coll. (Fondazione G. Monasterio Regione Toscana, Italie) où des lésions du myocarde étaient visibles sur les IRM de 83% des cocaïnomanes asymptomatiques enrôlés [2]. Le Dr Figtree explique cette différence entre les deux études par le manque de puissance statistique de son étude.

Selon le Dr Figtree, le mécanisme par lequel la consommation récréative de cocaïne induit une rigidité vasculaire est loin d'être élucidé mais le groupe de chercheurs étudie actuellement une voie de signalisation qui activée par la cocaïne pourrait provoquer cette réponse.

Eduquer la population et interroger sur une éventuelle consommation


Pour l'oratrice, les résultats de l'étude montrent qu'il faut absolument éduquer la population sur les effets à court terme mais aussi à long terme de la consommation de la cocaïne afin de prévenir le maximum d'infarctus du myocarde et d'AVC.

Elle précise que les consommateurs de cocaïne ne sont souvent pas conscients des risques cardiovasculaires associés à la drogue et que souvent, ils attendent avant de consulter pour une douleur thoracique « parce qu'ils pensent qu'il s'agit juste d'une douleur thoracique associée à une drogue récréative. »

Rappelons aussi, qu'en France, les recommandations de la Haute Autorité de Santé préconisent d'interroger sur une éventuelle consommation de cocaïne toute personne de moins de 50 ans ayant une douleur thoracique, même atypique, ou tout autre événement cardiovasculaire [3].

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet. L'étude a été financée par la North Shore Heart Research Foundation.

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