Globalement moins d'IDM hospitalisés sauf pour les femmes de 35 à 54 ans

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

7 novembre 2012

Les femmes de 35 à 54 ans de plus en plus victimes d'infarctus du myocarde. BEH

Baisse régulière des infarctus du myocarde hospitalisés entre 2002 et 2008, selon l'InVS. Seule exception : les femmes de 35 à 54 ans. Commenté par le Pr Nicolas Danchin (HEGP).
7 novembre 2012

Saint-Maurice, France -Entre 2002 et 2008, les taux d'hospitalisation pour infarctus du myocarde (IDM) ont régulièrement baissé pour la plupart des classes d'âge, et en particulier pour les plus de 65 ans, selon les dernières données de l'Institut de Veille Sanitaire (InVS) publiées dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) [1]. Seule ombre au tableau, les femmes de 35 à 54 ans. Chez ces dernières, la tendance s'inverse, probablement en lien avec l'augmentation du tabagisme, de l'obésité et du diabète.

Interrogé par Medscape France, le Pr Nicolas Danchin (Service de cardiologie, HEGP, Paris), co-auteur de ce travail, commente : « Il y a une baisse de l'incidence de l'IDM hospitalisé en France très régulière pendant cette période. Cette baisse est d'environ 2,5% par an. C'est vraiment très impressionnant et significatif en termes de santé publique. Mais, ce qui est encore plus intéressant, c'est que la baisse d'incidence est différente en fonction de la classe d'âge à laquelle on appartient. »

Photographie des hospitalisations pour IDM en France en 2008


En 2008, 56 100 personnes ont été hospitalisées pour IDM en France : 37 200 hommes et 18 900 femmes. Les taux standardisés sur l'âge sont presque 3 fois plus élevés pour les hommes que pour les femmes (120,4 vs 43,2 pour 100 000) en raison de la plus grande précocité des IDM masculins. La proportion de patients de moins de 65 ans est de 40,5%, celle des 65-84 ans de 44,5% et celle des patients plus âgés de 15%. L'âge moyen est de 68,2 ans mais il est plus bas pour les hommes que pour les femmes (64,5 ans vs 75,5 ans).

La létalité intra-hospitalière lors du premier séjour pour IDM s'élève à 8,1%. Elle est plus élevée chez les femmes pour toutes les classes d'âge.

Des taux d'IDM hospitalisés en baisse, sauf chez les femmes de 35 à 54 ans


Entre 2002 et 2008, le nombre global de personnes hospitalisées pour IDM a diminué de -7,4% et le taux standardisé sur l'âge (compte tenu de l'augmentation de la population et de son vieillissement) de -17,2%.

La réduction est particulièrement forte pour les femmes et les hommes de plus de 65 ans (-23,7% et -22,7%).

« Au-delà de 65 ans, la baisse d'incidence est très, très marquée. Le plus plausible est que chez ces personnes, nous avons eu le temps de repérer des facteurs de risque comme l'hypertension ou l'hypercholestérolémie et que ces patients ont été traités pour ces facteurs de risque », indique le Pr Danchin.

Pour le BEH, il est aussi probable qu'une part notable de la réduction du taux d'hospitalisation après 65 ans soit le fait de l'amélioration de la prise en charge médicale et instrumentale de la maladie coronaire chronique.

En dessous de 65 ans, chez les hommes, la baisse d'incidence est nettement moins marquée (-10,2%) alors que chez les femmes, l'incidence de l'IDM hospitalisé augmente (+6,7%).

« Cette augmentation des IDM hospitalisés chez la femme est très probablement liée au tabac. Le parallèle avec le tabagisme des femmes jeunes, dès l'adolescence, est extrêmement impressionnant. En outre, d'après les registres que nous avons étudiés entre 1995 et 2010, l'obésité pourrait aussi jouer un rôle car elle a plus augmenté chez les femmes de moins de 60 ans que chez les femmes plus âgées », souligne Nicolas Danchin.

Le BEH rappelle que les Baromètres santé ont observé une augmentation de la prévalence du tabagisme quotidien entre 2000 et 2010 chez les femmes de 45 à 64 ans. Il souligne que l'augmentation de la prévalence de l'obésité en France durant la dernière décennie est attestée par les études Obépi (de 10,1% en 2000 à 14,5% en 2009) avec une accélération de cette tendance dans la population féminine. Enfin, un rapport du BEH daté de 2010 a montré que la prévalence du diabète, autre facteur de risque d'IDM, a augmenté de 69% entre 2000 et 2009.

L'ensemble de ces données confirment celles déjà observées par les registres issus du projet Monica (Monitoring of trends and determinants in cardiovascular disease) mais avec, cette fois, une représentativité nationale.

Par ailleurs, ces données sont à mettre en parallèle avec les résultats de 4 registres français (dont FAST-MI) présentés cet été au congrès de l'European Society of Cardiology 2012. Ces derniers montraient, depuis une quinzaine d'années, une baisse de la mortalité des patients victimes d'un infarctus du myocarde montrant une élévation du segment ST (STEMI). Cette chute de la mortalité à 30 jours - 68 % en 15 ans - cachait cependant une réalité inquiétante : une plus grande proportion de patients jeunes concernés et surtout un doublement de la part des femmes de moins de 60 ans. «  La prévalence du tabagisme féminin sur cette même période (de 37,3 à 73,1 %), et dans une moindre mesure de l'obésité (de 17,6 % à 27,1 %) expliquant en grande partie ces nouveaux profils » considérait alors le Pr Danchin, principal investigateur de l'étude.

Les taux bruts d'IDM par sexe et par classe d'âge entre 2002 et 2008

Chez les hommes la baisse des taux d'hospitalisation est notable pour toutes les classes d'âges :

  • 25-34 ans : - 12,9% ;

  • 35-44 ans : - 5,3% ;

  • 45-54 ans : - 8,2% ;

  • 55-64 ans : - 13,3% ;

  • 65-74 ans : - 22% ;

  • 75-84 : - 21,7% ;

  • 85 ans et plus : - 24,7%.

Chez les femmes, en revanche, ces taux augmentent significativement de 35 ans à 54 ans pour diminuer après 65 ans :

  • 25-34 ans : NS;

  • 35-44 ans : + 14,6% ;

  • 45-54 ans : + 17,9% ;

  • 55-64 ans : NS ;

  • 65-74 ans : - 21,4% ;

  • 75-84 : - 23,6% ;

  • 85 ans et plus : - 23,6%.


Une létalité intra-hospitalière plus élevée chez les femmes


Le rapport de l'InVS confirme que la létalité intra-hospitalière est plus élevée chez les femmes victimes d'un IDM que chez les hommes. Pour expliquer ce phénomène, les auteurs avancent plusieurs hypothèses:

  • la présentation clinique, plus souvent atypique pour les femmes, qui induit un retard à la prise en charge ;

  • un calibre plus fin et plus sinueux des artères coronaires qui rend les traitements invasifs par angioplastie plus délicats ;

  • la gravité plus importante de l'insuffisance coronaire aigüe, du fait des comorbidités et de facteurs physiologiques avec notamment un profil inflammatoire et d'athérosclérose aggravé pour les femmes diabétiques ;

  • des attitudes diagnostiques et thérapeutiques moins agressives.

En France, les études « Usic 2000 » et « Fast-MI 2005 » ont néanmoins relevé une réduction notable de ce différentiel homme/femme entre 2000 et 2005.

Le BEH conclut en soulignant que « ces évolutions, dans l'ensemble, favorables, à l'exception des femmes jeunes, devront être confirmées par la poursuite de la surveillance épidémiologique des infarctus du myocarde et, plus largement, des pathologies coronaires aiguës, ainsi que de leurs facteurs de risque dans les différentes classes d'âge».

La méthodologie de l'étude

L'étude a examiné les évolutions des taux de personnes hospitalisées pour infarctus du myocarde entre 2002 et 2008, à partir des données des bases nationales des hospitalisations en court séjour. Les événements ont été sélectionnés à partir du diagnostic principal uniquement sur les premiers séjours annuels de chaque patient. Les taux ont été standardisés sur la population française de 1999.


Le Pr Nicolas Danchin a déclaré les liens d'intérêts et financiers suivants :
Bénéficiaire de subventions pour la recherche médicale : AstraZeneca Pharmaceuticals LP ; Eli Lilly and Company ;  Merck & Co., Inc. ; GSK ; Novartis ; Pfizer Inc. ; SERVIER; The Medicines Company.
Conseiller ou consultant pour : AstraZeneca Pharmaceuticals LP ; Eli Lilly and Company ; GSK ; Novo Nordisk ; sanofi-aventis ; SERVIER.
Orateur ou membre d'un service de conférenciers : AstraZeneca Pharmaceuticals LP ; Boehringer Ingelheim Pharmaceuticals ; Eli Lilly and Company ; Novo Nordisk ; sanofi-aventis ; SERVIER ; The Medicines Company.

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