Un diabétique de type 1 sur 4 pourrait être atteint d'apnée du sommeil

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

31 octobre 2012

Dépistage du syndrome d'apnée du sommeil chez les patients diabétiques de type 1

Une première petite étude a évalué la prévalence du syndrome d'apnée du sommeil chez des diabétiques de type 1. Résultat : un quart d'entre eux serait touché par le SAS.
31 octobre 2012

Berlin, Allemagne -Lors d'une présentation de poster à l'EASD 2012, le Dr Jean-Pierre Courrèges (Chef de pôle de médecine au CH de Narbonne et expert en diabétologie) a rapporté les résultats d'une enquête de dépistage du syndrome d'apnée du sommeil (SAS) chez 81 diabétiques de type 1 adultes. Il en résulte qu'approximativement un patient diabétique de type 1 sur 4 souffre d'un SAS [1].

La prévalence du SAS est de 5% dans la population générale et 30 à 35% des diabétiques de type 2 souffrent d'un syndrome d'apnée obstructive du sommeil (SAOS) qui nécessite un traitement. « Mais jusqu'ici, le SAS n'avait pas vraiment été étudié dans le diabète de type 1 », indique le Jean-Pierre Courrèges, co-auteur de l'étude.

Les 81 diabétiques de type 1 enrôlés dans l'étude ont plus de 18 ans (âge moyen 53,4 +/- 14,6 ans), le ratio homme/femme est de 1,04 et leur diabète est diagnostiqué depuis 23,3+/-12,9 ans. Le dépistage est réalisé par interrogatoires (échelle d'Epsworth + échelle de Berlin) et oxymétrie de pouls. En cas de positivité de l'un ou de l'autre (n = 36), une polysomnographie est réalisée pour confirmer le diagnostic.

Au total, un syndrome d'apnée du sommeil est diagnostiqué chez 22 patients (27,1%) parmi lesquels 12 (14,8%) ont une apnée sévère et 10 (12,3%) une apnée modérée.

Beaucoup plus de neuropathies autonomes chez les patients DT1 apnéiques



Les caractéristiques cliniques varient en fonction de la présence ou non d'un SAS.

Caractéristiques cliniques

DT1+ SAS (n=22)

DT1 sans SAS (n=59)

Ronflement

65 %

27 %

Sommeil fragmenté

50%

23 %

Asthénie matinale

55 %

19 %

Concernant les données d'oxymétrie, l'indice de désaturation est de 10,6 dans le groupe DT1 + SAS vs 1,6 dans le groupe DT1 seul (p<0,0001) et la saturation en oxygène la plus basse SpO2 est de 76 % dans le groupe DT1 + SAS vs 84% dans le groupe DT1 seul (p<0,004).

En parallèle, aucune différence n'est retrouvée sur la durée du diabète (24,9 vs 22 ans), le taux d'HbA1c (7,8 vs 8,1%), la pression artérielle (124/76 vs 126/72), l'indice de masse corporelle (25,4 vs 24,5 kg/m²) et les paramètres lipidiques.

En revanche, des différences existent sur l'âge (62 +/- 13 vs 49 +/- 14 ans dans le groupe DT1 +SAS vs le groupe DT1 seul, p<0,01), la proportion d'hommes (72,7 vs 45,8 %, p<0,03), la fréquence des macroangiopathies (76,2 vs 35,2% , p<0,001), la fréquence des microangiopathies (95,5 vs 61,5%, p<0,003), et en particulier sur la neuropathie autonome avec 71,4 dans le groupe DT1+ SAS vs 21% dans le groupe DT1 sans SAS, p<0,0004, principalement des hypoglycémies non ressenties (63,6 vs 22,6%, p<0,0007).

Le profil clinique des diabétiques de type 1 souffrant de SAS est très différent de celui de la population générale ou de celui des diabétiques de type 2. Les patients diabétiques de type 2 à très haut risque d'apnée du sommeil sont les personnes obèses (plus l'obésité augmente, plus le risque d'apnée du sommeil augmente) les hypertendus résistants (ceux qui ne sont pas normalisés malgré la prise de 3 antihypertenseurs) et les macroangiopathes, au premier rang desquels les coronariens.

Cette étude identifie des diabétiques de type 1 atteints d'un SAS d'âge moyen 62 ans, de poids normal avec une fréquence plus élevée de macro- et microangiopathie (en particulier neuropathie autonome), suggérant de nouveaux axes de recherche physiopathologiques.

« Ce qui est troublant chez ces patients, c'est que dans les deux tiers des cas, ils ne ressentent pas les hypoglycémies. En outre, ceux qui ont une apnée ont des neuropathies autonomes pour plus de 70% alors que ceux qui n'ont pas d'apnée ont des neuropathies autonomes dans seulement 20 % des cas. Nous avons donc pensé à un mécanisme de neuropathie périphérique et non pas centrale. Une atteinte neuropathique au niveau de l'innervation laryngopharingée pourrait expliquer, par exemple, que ces patients fassent une apnée du sommeil. Il existe d'ailleurs une hypothèse neuropathique de l'apnée du sommeil chez le non diabétique. Certains disent que l'apnée du sommeil n'est pas obstructive mais qu'elle est neurologique », explique le Dr Courrèges.

En pratique


« Il s'agit des premières communications montrant un risque accru d'apnée du sommeil chez les diabétiques de type 1. Il est donc nécessaire de continuer les travaux pour avoir une meilleure puissance statistique », souligne l'orateur.

« Pour l'instant, nous pensons qu'un patient sur 4 a une apnée du sommeil. Tant que nous n'en savons pas plus, le dépistage doit être systématique par questionnaire et par oxymétrie (calcul de la désaturation nocturne pendant la nuit en ambulatoire grâce à un petit boîtier). Malgré tout, nous pensons qu'avec le questionnaire plus l'oxymétrie, nous allons laisser échapper 5 à 10 % des patients atteints d'un SAS. Donc, en cas de doute raisonnable, il faut faire une polygraphie ou une polysomnographie qui seules permettent d'affirmer le diagnostic », indique-t-il.

Le Dr JP Courrèges n'a pas de liens d'intérêts en rapport avec le sujet

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....