Les médecins aussi mauvais que leurs patients pour utiliser les inhalateurs

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

18 octobre 2012

Asthme et BPCO : médecins et patients ne savent pas utiliser les inhalateurs

Un éditorial anglais pointe du doigt la mauvaise utilisation des inhalateurs tant par les professionnels de santé que par les patients, entrainant des coûts élevés. Commenté par le Dr Patrick Rufin.
18 octobre 2012

Royaume-Uni - « Les professionnels de santé sont aussi mauvais que leurs patients quand il s'agit d'utiliser les inhalateurs prescrits dans l'asthme et d'autres maladies respiratoires » : c'est le constat implacable que font les éditorialistes anglais de la revue Drug and Therapeutics Bulletin (DTB), une publication du BMJ[1]. Cela n'est pas sans conséquence en termes de santé publique, bien sûr, mais aussi en termes économique quand on sait que ces inhalateurs figurent parmi les médicaments qui entrainent le plus de dépenses de santé rien qu'en Angleterre. Bien que la réflexion émane d'outre-Manche, « la problématique est exactement la même en France », commente pour Medscape le Dr Patrick Rufin, pneumo-allergologue (Hôpital Necker, Paris).

Les médecins en cause


Quatre des 10 médicaments représentant les coûts de santé les plus élevés en Angleterre en 2011 sont des inhalateurs délivrant de la fluticasone, du budesonide, du tiotropium et de la béclometasone. « Raison de plus pour qu'ils soient utilisés correctement, sachant que même lorsqu'ils sont utilisés de façon adéquate, au mieux, seuls 20 à 35% du produit atteignent les bronches, au pire, c'est 0% » rappellent les éditorialistes

La constatation n'a rien de nouveau. « De nombreuses études menées au cours de 30 dernières années ont montré que la plupart des patients n'utilisent pas leur inhalateur (à poudre) de façon appropriée et que la moitié peine avec son inhalateur-doseur. »

« En 2002, une étude menée chez les médecins généralistes français montrait que 71% des patients asthmatiques utilisaient mal leur aérosol-doseur, dont 47% avaient des problèmes de coordination [2] », rappelle le Dr Rufin. « Par ailleurs, il a été montré qu'une majorité de médecins n'était pas capable d'inhaler correctement. On aurait pu rédiger la même publication chez nous ».

La raison d'une telle difficulté ? Les médecins, qui d'après les éditorialistes, seraient eux-mêmes incapables de se servir correctement d'un inhalateur, citant une étude dans laquelle 91 % des professionnels de santé n'avaient pas été capables de réaliser l'ensemble des étapes nécessaires pour administrer le produit.

A leur corps défendant, il faut dire que « les médecins n'apprennent pas à se servir de ces dispositifs pendant leurs études et les délégués médicaux des laboratoires montrent peu les techniques d'inhalation, préférant se focaliser sur les bénéfices des appareils les uns par rapport aux autres » constate le Dr Rufin. Au point que les médecins font même des faux-sens et des contre-sens. « Par exemple pour les inhalateurs de poudre, beaucoup de médecins pensent que les appareils qui demandent un débit inspiratoire important sont mauvais pour le dépôt bronchique, en fait celui-ci est beaucoup plus important avec les appareils qui présentent une grande résistance. »

« Beaucoup d'asthmatiques sont vus par leurs généralistes, et il importe qu'ils connaissent les différents dispositifs, mais même les spécialistes ne savent pas utiliser ces appareils, comme en témoigne la revue parue l'an dernier dans European Respiratory Journal[3] » rappelle le Dr Rufin.

En Angleterre, à l'occasion de recommandations dans la BPCO, les Autorités de santé avaient déjà eu l'occasion de s'étonner du peu d'intérêt pour le mode d'utilisation des inhalateurs, alors que les patients, quel que soit leur âge, s'avèrent tout-à-fait capables de réaliser les bons gestes si on leur donne des instructions correctes….

Enfin, apprendre est une chose mais il est essentiel d'entretenir et de réviser régulièrement ses connaissances en matière d'utilisation du dispositif, rappellent les éditorialistes.

Comment choisir son dispositif ?

Choisir un appareil n'est pas simple. D'autant qu'il existerait plus d'une centaine de combinaisons (dispositif-médicament) possibles de par le monde « Le choix doit être décidé entre le médecin et le patient. Il dépendra de l'âge du patient, de son niveau de compréhension, de sa mobilité, de ses goûts, de ses comorbidités… » rappelle le Dr Rufin.

Par exemple, les chambres d'inhalation permettent d'éviter la coordination main-poumon. A préférer donc chez les plus jeunes et les plus âgés. Les chambres avec masque doivent être utilisées chez les petits enfants, sachant qu'il vaut mieux retirer le masque dès que l'enfant sait respirer par la bouche pour éviter la déperdition.



Une solution existe : l'éducation thérapeutique


Les solutions sont simples et se résument en un mot : l'éducation des médecins et des patients. Ce qui suppose, bien sûr, d'y passer un peu de temps. Différentes initiatives relevant de l'éducation thérapeutique, menées au Royaume-Uni, ont obtenu des résultats concluants. Certaines permettant une double économie, en termes de consommation médicamenteuse (bêta-agonistes et corticoïdes inhalés) d'une part et financière, d'autre part, (cette dernière étant même supérieure au coût du projet).

En France, ce rôle est parfois assuré par les «Ecoles de l'asthme ». « Il en existe une centaine sur le territoire, mais ce n'est qu'un petit pourcentage d'asthmatiques sur les 4,5 à 5 millions de patients que compte le pays qui les fréquente, précise le Dr Rufin. Il existe, par ailleurs, des documents faits par les laboratoires mais pas suffisamment utilisés. »

Enfin, « même si d'autres professionnels de santé comme les infirmières ou les pharmaciens peuvent relayer l'information, les médecins sont au cœur du système, et doivent être compétents et confiants dans l'utilisation de ces dispositifs pour assurer le meilleur rapport qualité-prix pour les patients, et pour le système de santé » concluent les auteurs.

Reste quand, comment et par qui les former…

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