Manque de vitamine D et infections : deux cofacteurs de la SEP

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

17 octobre 2012

Moins de soleil, moins d'infections, séroconversion pour l'EBV : facteurs de risque de SEP

Le manque de vitamine D par défaut d'ensoleillement et certaines infections pourraient influer sur le risque de SEP.
. 17 octobre 2012

Lyon, France - « Les études épidémiologiques sur des cohortes de patients ont permis d'établir un lien entre deux types de facteurs environnementaux - le taux de vitamine D et les infections - et la survenue d'une sclérose en plaques (SEP). Pour autant, les déterminants de ce lien ne sont pas simples et toute nouvelle étude dans ce domaine pourrait permettre de préciser le lien physiopathologique », explique à Medscape.fr le Pr Christian Confavreux (Lyon) président du comité local d'organisation de l'ECTRIMS 2012, à l'occasion d'une session sur les risques environnementaux [1,2,3,4].

La question de la vitamine D


Pour le Pr Confavreux, « la question du rôle d'un éventuel déficit en vitamine D sur la survenue d'une SEP se pose depuis des années. Il faut dire que la grande majorité des populations occidentales, et celles du Moyen-Orient qui vivent couvertes, souffrent de déficit chronique en vitamine D et que l'incidence des maladies auto-immunes y est de plus en plus importante. Pour que le récepteur à la vitamine D soit activé, le taux sanguin doit être supérieur à 75 nmol/L, ce qui n'est pas le cas dans la plupart des pays européens, en particulier l'hiver ».

Pour l'instant, les seules données dont on dispose sont donc épidémiologiques : l'incidence augmente dans les pays éloignés des tropiques et chez les enfants nés en mai (grossesses d'hiver).

Le Dr Kjetil Lauvland Bjornevik (Bergen, Norvège) a présenté une étude qui permet encore de préciser quelles sont les populations à risque en se fondant sur les résultats de l'étude EnvIMS qui a comparé le lien entre degré d'exposition au soleil et l'incidence de la SEP dans deux populations l'une vivant en Norvège, l'autre en Sardaigne [3].

« Nous avons mis en évidence une association inverse entre l'exposition au soleil et l'incidence de SEP dans les deux populations. En Sardaigne, cette association existe autant pour l'exposition en été qu'en hiver, alors que seules les absences de sortie au soleil en été majorait l'incidence de la maladie en Norvège. Et c'est au cours de la petite enfance et de l'adolescence que le rôle du soleil semble le plus protecteur », analyse le Dr Bjornevik.

Vitamine D et SEP : quel mécanisme ?

Le lien entre ce déficit et la survenu d'une SEP reste encore difficile à préciser. Le Dr Sreeram Ramagopalan (Oxford) propose une piste en se fondant sur l'analyse des gènes du récepteur à la vitamine D [2]. « Une partie significative des 229 gènes de ce récepteur est en effet situé à proximité de gènes impliqués dans la genèse de la SEP au sein des cellules T et B. La vitamine D pourrait agir par le biais d'une interaction gène-environnement (infection ou action d'un agent encore inconnu sur les phénomènes de méthylations de l'ADN) ou par un effet épigénique à long terme transmissible de générations en générations », explique le Dr Ramagopalan.


Le rôle des infections envisagé depuis…1950


Pour le Pr Confavreux, « les infections, dont le rôle sur le survenue de la SEP a été envisagé dès les années 1950, pourraient agir de deux manières : soit comme agent protecteur par le biais d'une stimulation du système immunitaire, soit comme déclencheur de la maladie ou des poussées. La première de ces hypothèses repose sur une majoration de l'incidence dans les pays où le niveau d'hygiène est le plus important. Les infections virales et parasitaires au cours de l'enfance semblent aussi induire une relative protection contre la SEP, ce qui tendrait à prouver que les agents microbiens peuvent agir comme élément protecteur du fait de leur impact sur l'activation précoce du système immunitaire ».

Un travail suédois présenté par le Dr Ingrid Kockun (Stockholm) va dans ce sens [4]. L'étude EIMS qui a inclus 609 patients atteints de SEP et 796 contrôles, avait pour but de préciser l'éventuelle existence d'un lien entre la présence d'une mutation HLA-DBR1*15 ou de A*02, celle d'anticorps anti CMV et la maladie neurologique.

« Les résultats de cette étude ont confirmé le lien protecteur du cytomégalovirus (CMV) sur la SEP. Les patients jamais infectés par le CMV et porteurs de la mutation HLA-DBR1*15 ont un risque de SEP majoré d'un facteur 30 par rapport aux sujets contrôles. Si le mécanisme de protection reste encore largement inconnu, il pourrait passer par une activation des cellules T CD4 et CD8 qui concerne en moyenne 10 % de la population lymphocytaire chez les patients infectés », explique le Dr Kockun.

« Mais il est aussi possible que les infections induisent la maladie ou les poussées. Différents pathogènes ont été suspectés avant d'être innocentés : virus de la rage, HSV type 2, virus para-influenza, CMV, HTLV-1… Aujourd'hui, on sait que 100 % des personnes adultes atteintes de SEP ont déjà contracté une infection par EBV (contre 95,8 % des contrôles), que le risque de SEP est majoré après une séroconversion EBV et que cette maladie est exceptionnelle chez les sujets EBV négatifs », continue le Dr Renaud du Pasquier (Lausanne) [1]. « Il est impossible d'affirmer à partir de ces seules données que l'EBV est responsable de la maladie. Il semblerait plus que l'infection à EBV agisse comme un cofacteur chez des patients dotés d'un profil génétique particulier ».

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