Cancer du sein HER2+ : 1 an d'Herceptin après chimio restera la norme

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

3 octobre 2012

Selon HERA et PHARE, la durée du trastuzumab après chimio des HER2+ est de 1 an

Les études HERA et PHARE ne remettent pas en cause la durée d'un an du traitement par trastuzumab pour les cancers du sein HER2+.
3 octobre 2012

Vienne, Autriche — Deux études présentées en session présidentielles à l'occasion du congrès de l' ESMO 2012 ne permettent pas d'apporter une réponse formelle à une question qui se pose depuis près de 10 ans dans le cancer du sein : quelle est la durée optimale du traitement par trastuzumab (Herceptin®) après une chimiothérapie adjuvante chez des femmes atteintes de cancer du sein sur-exprimant HER2 ?

« Aujourd'hui, la durée d'un an doit encore être la règle. L'étude HERA[1] conclut en effet qu'après 8 ans de suivi, une durée de traitement de 2 ans ne fait pas mieux qu'une année. Reste que dans l'étude PHARE [2], la durée de 6 mois peut sembler non inférieure à celle de 1 ans mais que les données sont encore insuffisantes pour conclure », analyse le Dr Sandra Shawn (Washington).

9 semaines, 1 an, 2 ans ?


« Il s'agit pourtant d'un sujet récurent puisque la durée initiale du traitement proposé - 1 an - a été établie de façon empirique. Par la suite, l'étude FinHER avait conclu à une efficacité comparable d'un traitement de 9 semaines ou d'un an. Enfin, la question de la toxicité cardiaque se pose de façon récurrente car il a été prouvé que le risque d'évènements est majoré proportionnellement à la durée du traitement », explique le Pr Martine Piccard (Bruxelles) en introduction de la session présidentielle.

Etude HERA : majoration de la toxicité cardiaque à 2 ans


L'étude HERA est celle qui a soulevé le moins de question dans l'auditoire. Ce travail, présenté initialement en 2005, a inclus 5 102 femmes atteintes de cancer du sein précoce HER2+ qui avaient reçu initialement après chimiothérapie adjuvante soit du placebo soit du trastuzumab pour 1 ou 2 ans.

Le bénéfice en termes de survie globale étant majoré de 50 % dans le groupe traitement actif, l'ensemble des femmes de l'étude a été traité in fine par trastuzumab.

« Après un suivi de 8 ans, aucune différence n'a été noté en terme de survie sans progression ou de survie globale. Le bénéfice du traitement par trastuzumab s'est remarquablement maintenu dans le temps, même si une légère inflexion avait été notée à l'analyse intermédiaire des 4 ans (baisse du risque de récurrences de 24 %) », analyse le Pr Richard Gelber, l'un des co-auteurs en conférence de presse.

« Néanmoins, l'incidence des effets secondaires cardiaques était majorée avec le temps : baisse d'au moins 10 % de la FEVG pour 7,17 % des femmes traitées 2 ans contre 4,10 % chez les femmes traités 1 an. Et même si l'incidence des décès d'origine cardiaque est similaire dans les deux bras (0,83 contre 0,96 %), le message essentiel à retenir de notre travail est que le traitement par traestuzumab ne doit pas être prolongé », explique le Dr Aron Goldhirsch (Milan).

Une étude 100 % française


Et si une durée moins longue permettait d'obtenir des résultats similaires ?

Après l'étude FinHER qui avait conclu à une efficacité similaire de 9 semaines et d'un an de traitement, d'autres études de plus grande envergure ont été mises en place : PERSEPHONE, SHORTER, SOLD et PHARE.

C'est cette dernière qui a été présentée par le Pr Xavier Pivot (Besançon) et qui a donné lieu à des discussions prolongées dans les couloirs de l'ESMO.

Cette étude - financée par UNICANCER et l'INCa - avait pour but de prouver la non-infériorité du traitement de 6 mois par rapport à celui d'une année. L'idée était, en cas de réponse positive à la question posée, de contribuer à limiter le risque de complications cardiaques et de permettre de réduire les coûts globaux de traitement.

L'étude PHARE a été mise en place dans 150 centres hospitaliers privés et publics de toutes tailles tous situés sur le territoire français. Au total, 3 380 femmes ont été incluses après 4 cycles de chimiothérapie adjuvante et elles ont reçu soit 6 mois soit un an de traitement par trastuzumab.

Un échec à prouver la non-infériorité


« Mais après une médiane de suivi de 42,5 mois, les résultats dont nous disposons ne nous permettent pas de conclure quant à l'hypothèse de non-infériorité. L'analyse statistique semble aller plutôt en faveur d'un traitement de 12 mois, mais l'incidence des effets indésirables cardiaques est plus élevé dans ce même groupe », continue le Pr Pivot.

« En raison d'une méthodologie similaire entre notre étude et l'essai PERSEPHONE, il sera sans doute intéressant des colliger nos données avec celles qui seront disponibles dans les prochains mois. Par ailleurs, nous allons désormais travailler sur les données afin de déterminer s'il est possible d'individualiser un sous-groupe de patientes chez qui le traitement de 6 mois serait aussi efficace que le traitement plus long », explique le Pr Pivot à Medscape.fr.

« Des options plus courtes sont possibles »


Alors est-ce la fin de l'histoire ? « Surement pas », affirme le Dr Shawn. « D'une part, il convient d'attendre les résultats des études en cours. D'autre part, dans certains pays, toutes les femmes ne peuvent pas bénéficier d'un traitement d'un an pour des raisons économiques. Les résultats déjà disponibles sur 6 mois laissent à penser que des options plus courtes restent possibles. Leur durée optimale doit encore être précisée ».

Le Pr Xavier Pivot indique avoir reçu des financements de Roche et de GSK.
Le Dr Aron Goldhirsch ne déclare pas de conflits d'intérêt.
L'étude HERA a été financée par Roche.
L'étude PHARE a été financée par l'INCA.

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