Anticorps conjugués : nouvelles armes contre le cancer du sein HER2+

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

1er octobre 2012

Cancer du sein HER2+ : pari gagné pour l'anticorps conjugué trastuzumab-emtansine

Conjuguer un anticorps, le trastuzumab et une molécule cytotoxique, l'emtansine, majore l'effet oncologique en limitant la toxicité. L'essai EMILIA apporte la preuve du concept dans le cancer du sein HER2+.
1 octobre 2012

Vienne, Autriche — L'anticorps conjugué trastuzumab-emtansine (T-DM1) majore significativement la survie sans progression et la survie globale chez des femmes atteintes de cancer du sein HER2 + déjà traitées par trastuzumab (Herceptin®) et taxanes. L'utilisation du trastuzumab, anticorps monoclonal dirigé contre HER2 connecté par une liaison stable à agent inhibiteur des microtubules (le DM1) est en outre moins toxique qu'un traitement par lapatinib (Tykerb/Tyverb®, GSK) et capécitabine (Xeloda®) selon les résultats de l'étude EMILIA présentée à l'ESMO 2012 qui a fait l'objet conjointement d'une publication dans le NEJM. Les résultats sur la survie sans progression et la survie globale avaient été déjà en partie dévoilés au congrès de l'ASCO 2012.

Le Pr Xavier Pivot (INSERM, hôpital de Besançon) explique à Medscape.fr que, « cette étude laisse penser que dans un avenir plus ou moins long certaines femmes seront traitées pour un cancer du sein sans recours à la chimiothérapie systémique tant le potentiel des anticorps conjugués semble important ».

La révolution des anticorps conjugués


L'étude EMILIA est la première étude utilisant un anticorps conjugué dans le cancer du sein. Ces immuno-conjugués ont fait leur apparition assez récemment en oncologie et ils semblent promis à un avenir aussi important que les anticorps monoclonaux qui ont déjà bouleversé le traitement des cancers.

Les anticorps conjugués sont composés d'un anticorps monoclonal dirigé contre un antigène spécifique et d'un agent cytotoxique. Ces deux entités sont connectées par une liaison stable ce qui permet à l'immuno-conjugué de combiner les caractéristiques de chacun de ses composants.

Déjà, un premier anticorps conjugué le brentuximab-véditine a été approuvé pour le traitement des lymphomes CD30 + réfractaires. De nombreux autres représentants de cette nouvelle famille médicamenteuse sont en cours d'essais cliniques.

Les 991 patients de l'étude EMILIA étaient atteintes de cancer du sein surexprimant HER 2 à un stade avancée et elles avaient toutes été déjà traitées par du trastuzumab et taxanes. Elles ont été tirées au sort pour recevoir soit du T-DM1 soit du lapatinib associé à de la capécitabine. L'objectif principal de l'étude était triple : survie sans progression (appréciée par un clinicien indépendant de l'étude), survie globale et sécurité d'utilisation. Les objectifs secondaires étaient la survie sans progression (appréciée par l'investigateur) ; le taux de réponse objective et le délai avant progression des symptômes. Deux analyses intermédiaires ont été effectuées et c'est le résultat de la première d'entre elles qui avait été présenté à l'ASCO 2012 et qui n'avait pas permis de conclure à une amélioration de la survie globale en dépit des bons chiffres de la réponse au traitement et de la survie sans progression.

Amélioration de la survie sans progression et de la survie globale


« Aujourd'hui, nous apportons la preuve que le TDM-1 améliore en outre la survie globale et cette donnée devrait permettre une mise à la disposition des patientes de ce traitement dans un délai court », explique le Dr Sunil Verma (Toronto).

La médiane de survie globale à 24 mois s'est établie à 30,9 mois contre 25,1 mois ce qui a conduit a arrêter prématurément l'essai et à proposer le traitement par T-DM1 à toutes les femmes. La survie sans progression appréciée par un clinicien indépendant de l'étude s'est établie à 9,6 moins dans le groupe T-DM1 contre 6,4 dans le groupe comparateur.

« C'est la première fois depuis très longtemps dans le cancer du sein métastatique qu'une telle différence de 5 mois deux ans après le début de l'inclusion a pu être constatée. Ce résultat majeur implique que désormais le T-DM1 doit devenir le traitement de référence pour ses femmes », analyse le Dr Javier Cortes (Barcelone).

Le taux de réponse objective était lui aussi plus élevé dans le groupe T-DM1 (43,6 contre 30,8 %) et les résultats de tous les objectifs secondaires étaient tous en faveur de l'immuno-conjugué.

L'incidence d'effets indésirables de grade 3 ou 4 était plus importante dans le groupe lapatinib-capécitabine (57 contre 41 %). La survenue de thrombocytopénies ou d'élévation des enzymes hépatique était plus importante dans le groupe T-DM1 alors que celle des diarrhées, vomissements, nausées et érythrodysesthésies palmo-plantaires était plus élevé avec l'association lapatinib-capécitabine.

Métastases, traitement adjuvant voire traitement précoce ?


« Cette étude prouve une fois de plus la place essentielle de HER2 comme cible thérapeutique. Le trastuzumab, inhibiteur de cette cible, est désormais utilisé dans un panel large de situations (métastases, traitement adjuvant). La perspective de nouvelles combinaisons thérapeutiques grâce à des immuno-conjugués tels que le T-DM1 laisse penser que les indications de cet anticorps monoclonal pourraient encore s'élargir. Le trastuzumab et l'imatinib (Glivec®), dirigé contre KIT, sont les seules thérapies ciblées qui ont prouvé leur efficacité en situation adjuvante. Les indications de T-DM1 doivent encore être précisées et des essais à des stades plus précoces de la maladie sont envisagés», conclut le Pr Pivot.

L'étude a été financée par Hoffmann-La Roche/Genetech.
Les conflits d'intérêt des auteurs peuvent être consultés sur le site du NEJM.

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