De plus en plus de BPCO non tabagiques dans le monde

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

27 septembre 2012

Polluants, tuberculose, asthme… toutes les causes de BPCO non tabagiques

20 % des broncho-pneumopathies chroniques obstructives ne sont pas liées au tabac mais à l'exposition aux polluants domestiques, industriels, à la tuberculose, à l'asthme. Leur nombre augmente rapidement.
27 septembre 2012

Vienne, Autriche — Toutes les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) ne sont pas d'origine tabagique, loin de là. A l'occasion d'une session sur ce sujet au congrès de l'European Respiratory Society 2012 (ERS 2012), les Drs Peter Burney (Londres), Sandeep Salvi (Puri, Inde) et Ian Pavord (Leicester, Grande-Bretagne) [1][2][3]] ont fait le point sur cette population de patients non tabagique atteints de BPCO [4]. De l'ordre de 20% des patients aujourd'hui, leur nombre augmente très rapidement, en particulier dans les pays en développement.

« En 2011, une étude, menée dans 14 pays, nous a permis de mieux connaître la population des patients atteints de BPCO non tabagique, qui représente au moins un malade sur cinq actuellement [5]. Les 4 291 sujets inclus qui n'avaient jamais fumé de leur vie, ont subi une spirométrie avec test de réversibilité aux bronchodilatateurs. Résultats étonnant : 6,6 % d'entre eux présentaient une BPCO Gold 1 et 5,6 % une BPCO Gold 2 ou plus. Et parmi les facteurs de risque nous avons retenu l'âge, le niveau d'éducation, l'exposition aux fumées, les maladies respiratoires de l'enfance et les IMC hors norme », a analysé le Dr Burney.

Biomasse et exposition professionnelle


La pollution domestique est, avec le tabac, l'une des premières causes de BPCO dans le monde, comme l'a expliqué le Dr Sandeep Salvi (Puri, Inde) à l'occasion de congrès de l'ERS 2012. Et le lien pourrait être l'utilisation de sources d'énergie domestique provenant de la biomasse : déchets, végétaux et animaux, charbon, bois…

Près de la moitié des foyers dans le monde, et 90 % dans les pays en développement utilisent en effet ce type d'énergie qui produit des émanations gazeuses (CO, NO2, SO2…) et des particules (particules fines PM10) à des concentrations parfois très supérieures à celles rencontrées dans les villes les plus pollués du monde.

Le pneumologue indien réalise depuis plusieurs années des études de cohorte sur la BPCO non tabagique dans son pays. Un premier questionnaire adressé à 243 575 sujets a conclu à une prévalence de 3,5 % de la BPCO dans la population totale et près de 60 % de ces sujets étaient non-fumeurs. Cette prévalence était plus importante en milieu rural qu'en région urbaine (4 contre 2,5 %), elle concernait des personnes jeunes (37 +/- 15 ans) [6].

Un autre travail incluant des questionnaires et des tests de réversibilité aux bronchodilatateurs sur 3 500 personnes âgées de plus de 25 ans conclut à une incidence de 5,1 % de la BPCO et les non-fumeurs étaient très majoritaires (85 %). L'obstruction distale (rapport DEM 25/75 bas) était plus importante chez les non-fumeurs mais les autres paramètres spirométriques se sont révélés identiques. L'oscillométrie par impulsion a confirmé ces résultats.

Outre l'exposition aux sources d'énergie de la biomasse, les expositions professionnelles peuvent aussi être à l'origine de 30 % des BPCO non tabagiques. L'agriculture est le principal secteur à risque (élevage, exposition aux poussières organiques, à l'ammoniac et aux endotoxines), suivent le secteur minier, le bâtiment et l'industrie textile.

Tuberculose et asthme


Des troubles ventillatoires obstructifs peuvent aussi survenir dans les suites d'une tuberculose. Selon les études entre un tiers et deux tiers des patients seraient concernés, selon le stade évolutif de la maladie initiale. Il semblerait que les hommes soient plus souvent touchés (majoration d'un facteur 4 dans le sexe masculin contre 1,7 chez les femmes). En outre, l'exposition à d'autres facteurs de risques tels que le tabac, majore encore ce risque.

Enfin, la question du lien entre asthme et BPCO non tabagique se pose depuis quelques années puisque certaines formes d'asthme évoluent vers un trouble ventillatoire obstructif fixé secondaire au remodelage bronchique et favorisé par une réaction inflammatoire locale. Ces deux pathologies partagent en effet des caractéristiques suggérant des mécanismes pathogéniques communs : inflammation des voies aériennes avec présence de neutrophiles et d'éosinophiles, remodelage des petites bronches, existence d'exacerbations qui s'associent à un impact sur le VEMS, effet des corticoïdes, infections aspergillaires conjointes, effet des macrolides sur la prévention des exacerbations.

D'où la proposition du Dr Pavord de « mieux lier asthme et BPCO tant ces deux pathologies inflammatoires partagent certaines particularités et répondent au même traitement. Ce type d'approche pourrait permettre de mettre en avant l'intérêt de la prévention des exacerbations autant chez le patients BPCO que chez l'asthmatique ».

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