Hypnotiques chez les seniors : la HAS sermonne les médecins

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

26 septembre 2012

Mauvais sommeil : stop à la prescription systématique de somnifères chez le sujet âgé

La HAS alerte sur la prescription encore trop systématique des somnifères chez les personnes âgées. Elle rappelle que les traitements de l'insomnie ne doivent pas dépasser 4 semaines.
26 septembre 2012

Saint Denis, France — « Après 65 ans, le sommeil évolue : nuits plus courtes, réveils plus fréquents, sommeil fractionné sur la journée ... Ces modifications d'ordre physiologique chez les personnes âgées sont source de plaintes du sommeil en consultation et débouchent trop souvent sur une prescription de somnifères », indique la Haute Autorité de Santé (HAS) qui a organisé une conférence de presse sur ce thème le 25 septembre [1].

Seules 1 à 2 plaintes relatives au sommeil sur 10 relèveraient de l'insomnie véritable et peuvent alors bénéficier d'un traitement par somnifères (médicaments hypnotiques, pour l'essentiel benzodiazépines et médicaments apparentés dits « composés Z »), mais toujours de courte durée, en prévoyant l'arrêt dès la prescription.

Pourtant, d'après la HAS : « près d'un tiers des personnes de plus de 65 ans consomme des somnifères de manière chronique, et dans plus d'un cas sur deux, ces traitements ne seraient pas indiqués. »

Or, ces somnifères peuvent induire une dépendance, des troubles de la mémoire ou de l'attention, provoquer des chutes, et augmenter les risques d'accidents de la route... Les personnes âgées sont d'autant plus exposées aux risques des somnifères que leur résistance physique est moindre et leur métabolisme plus lent. Par ailleurs, le risque d'interactions avec d'autres traitements est augmenté car les personnes âgées sont souvent polymédiquées. 

Pour diminuer la prescription trop systématique de somnifères chez les personnes âgées, la HAS a élaboré, en 2006, des recommandations et des outils pour aider les professionnels de santé et informer les patients.

Mais force est de constater que la consommation reste élevée, c'est pourquoi la HAS relance des actions d'information et de sensibilisation des professionnels et des usagers avec le soutien du Conseil National de l'Ordre des Médecins (CNOM), du Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens (CNOP) et de l'association de lutte contre les infections nosocomiales et les accidents médicaux (LIEN) membre du Collectif interassociatif sur la santé (CISS).

Avant les somnifères…

La HAS rappelle que la plainte du sommeil chez la personne âgée doit faire l'objet d'un entretien spécifique lors d'une consultation dédiée. Des outils pratiques (arbres décisionnels, questions clés pour la prescription de psychotropes, agenda du sommeil, questionnaire d'attachement aux benzodiazépines …) sont disponibles pour l'aide au diagnostic.

Des signes associés (douleurs, anxiété, dépression ou encore problèmes urinaires, apnée du sommeil…) doivent être recherchés et le patient doit être orienté vers un spécialiste si besoin.

Les changements de rythme du sommeil liés au vieillissement peuvent être améliorés par une bonne hygiène de vie : activités physiques régulières, exposition à la lumière en journée, alimentation et mode de vie sains, aménagement confortable de la chambre, …

A noter : les techniques de relaxation et les thérapies cognitivo-comportementales peuvent être appropriées à la prise en charge des insomnies.

Halte au renouvellement systématique !

La HAS rappelle aux médecins, aux pharmaciens et aux patients que la prescription et le renouvellement de somnifères ne doivent pas être systématiques. Les somnifères ne sont indiqués que dans un délai allant de quelques jours à 4 semaines maximum. Ils ne doivent pas être prescrits sur une longue durée, ce d'autant plus que leur efficacité diminue avec le temps.

Le médecin traitant doit proposer une stratégie d'arrêt des somnifères en accord avec le patient. L'arrêt des somnifères doit être progressif et faire l'objet d'un suivi médical.

Une campagne de diffusion de l'information et des outils d'amélioration des pratiques

Dans les prochaines semaines, le CNOM et le CNOP relaieront les outils de la HAS et notamment l'affiche « Etre senior et mieux dormir », conseils pour bien dormir aux médecins et pharmaciens.

Le LIEN reprendra l'information sur son site internet.

Enfin, la HAS relaiera pour sa part ces informations sur son site, dans ses lettres destinées aux professionnels et sur son espace Facebook®.

En novembre, la HAS organise une plénière nationale avec l'ensemble des professionnels de santé impliqués et les patients afin de renforcer la diffusion de l'information et réfléchir à de nouvelles actions et outils d'amélioration des pratiques.

D'ici la fin de l'année, un rappel sera intégré aux logiciels d'aide à la prescription (LAP) et sera associé à des documents d'information pour les patients sur le sommeil et les somnifères. Ainsi, à chaque fois qu'un médecin prescrira un somnifère à une personne âgée, il sera, par exemple, invité à proposer à son patient un rendez-vous dédié à l'exploration de ses problèmes de sommeil.

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