Récidives de cystites : les cranberries moins efficaces que les antibiotiques

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

21 septembre 2012

Récidives de cystites : les cranberries moins efficaces que les antibiotiques

Deux études contrôlés, cranberries versus antibiotiques, ne parviennent pas à montrer la non-infériorité des baies pour prévenir les récidives de cystite mais les cranberries n'induisent pas de résistances.
21 septembre 2012

San Francisco, Etats-Unis - Selon deux études présentées à l'Interscience Conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy (ICAAC), les comprimés à base de cranberries (grande airelles rouges nord-américaines aux vertus anti-oxydantes) et les probiotiques de type lactobacilles sont moins efficaces que les antibiotiques pour prévenir les infections urinaires basses [1]. Ce résultat en défaveur des solutions naturelles à première vue doit toutefois être modulé, selon le Dr Suzanne Geerlings, une spécialiste en maladies infectieuses (Academic Medical Center in Amsterdam, Pays-Bas) [2]. Primo, les cranberries présentent l'avantage de ne pas induire de résistances. Secundo, les doses de cranberries utilisées n'ont peut-être pas été optimales, Enfin, cranberries et lactobacilles pourraient agir de concert.

Cranberries : un mode d'action connu depuis 1984

Si Initialement, le mécanisme supposé de la cranberry a été attribué à l'acidification des urines provoquée par les acides organiques contenus dans le fruit, on a montré plus tard (Sobota,1984) qu'elles agissaient en fait grâce à un effet anti-adhésif bactérien médié par l'action des proanthocyanidines (ou PAC) qu'elles contiennent. En pratique, les PAC se lient de manière compétitive aux adhésines des bactéries E.coli. Ne pouvant plus adhérer aux parois de la vessie, les bactéries sont évacuées naturellement par les urines. Mais attention tous les fruits ne se valent pas : au sein des cranberries, la cranberry Vaccinium macrocarpon est la plus intéressante car elle contient en grande quantité des PAC de type A, seuls composés possédant  une activité d'antiadhésion bactérienne reconnue dans la diminution des gênes urinaires. Par ailleurs, les PAC d'autres fruits ou plantes (possédant majoritairement une simple liaison de type B) n'ont pas démontré de pouvoir similaire.

Deux types de population concernés

Environ la moitié des femmes ont au moins une infection des voies urinaires basses une fois dans leur vie et 20 à 30 % récidivent. Un régime à base d'antibiotiques à faible dose est généralement recommandé préventivement mais avec l'inconvénient majeur de voir émerger des résistances, non seulement de l'organisme en cause _ Escherichia Coli la plupart du temps _, mais aussi des bactéries de la flore normale.

Les chercheurs se sont intéressés à deux types de population, touchées l'une et l'autre par des cystites à répétition mais pour des raisons différentes et à qui sont conseillées des stratégies de prévention différentes, elles aussi.

D'une part, les femmes post-ménopausées présentant au moins 3 épisodes d'infection urinaire par an. Chez elles, la chute en estrogènes s'accompagne d'une diminution de la flore à lactobacilles au niveau vaginal accroissant de fait la possible colonisation par entérobactéries, classiquement associée à la survenue d'infections urinaires. Chez ces femmes, l'administration orale de 2 souches (Lactobacillus rhamnosus GR-1 et L. reuteri RC-14) se traduit par un ré-équilibre de la flore vaginale.

D'autre part, les femmes jeunes, celles chez qui les cranberries ont semblé les plus prometteuses. En effet, elles contiennent du fructose et des proanthocyanidines, capables d'inhiber l'adhérence d'E. Coli aux récepteurs des cellules uroépithéliales.

D'où l'idée de comparer l'efficacité de ces différentes alternatives aux antibiotiques.

Deux études randomisées contrôlées de non infériorité

La première étude, randomisée et en aveugle, a inclus 252 femmes ménopausées présentant des infections urinaires à répétition. 127 femmes ménopausées se sont vues prescrire 480 mg de trimethoprim-sulfamethoxazole (TMP/SMX, Bactrim®) pendant 12 mois alors que 125 autres femmes ont, quant à elles, pris des comprimés oraux contenant Lactobacillus rhamnosus GR-1 et L. reuteri RC-14 deux fois par jour.

A un an, le nombre cumulé d'épisodes d'infections urinaires était de 2,9 pour TMP/SMX et de 3,3 pour la prophylaxie par lactobacilles. Sans être statistiquement significatifs (p = 0.02), ces résultats montrent un avantage pour les antibiotiques. Néanmoins compte-tenu d'une moindre apparition de résistances chez les femmes sous probiotiques, les auteurs concluent à l'intérêt des lactobacilles considérés comme une « alternative acceptable, en particulier pour les femmes qui ne souhaitent pas prendre des antibiotiques ».

Même type de résultats dans une seconde étude qui a inclus 221 femmes pré-ménopausées avec des infections récidivantes. Celles-ci ont été randomisées pour prendre, soit une antibiothérapie prophylactique à base de TMP/SMX 480 mg une fois par jour (n = 110), soit des comprimés de cranberrries 500 mg deux fois par jour (n = 111). Là encore, le nombre et la proportion de patientes présentant des récidives ont été plus élevés dans le groupe cranberry que dans le groupe TMP/SMX (4,0 et 1,8, p = 0,02, respectivement). Le temps moyen d'apparition de la première récidive symptomatique a été de 4 et 8 mois pour les cranberries et les antibiotiques, respectivement. « Très rapidement, au bout d'un mois, nous avons trouvé une augmentation des résistances au triméthoprime, au TMP/SMX, à l'amoxicilline et à la ciprofloxacine dans des isolats d'E. Coli de la flore normale. Aucune résistance n'a été trouvée augmentée sous cranberries. En conclusion, les antibiotiques montrent, là encore, une plus grande efficacité que les baies rouges des plaines du Canada, mais au prix d'une élévation des résistances. Autrement dit : « les cranberries ne sont pas le remède-miracle, mais elles n'ont pas non plus d'effets secondaires » a commenté le Dr Geerlings [2].

Cranberries : question de doses

« Nous ne connaissons pas la dose idéale de cranberries. Peut-être étaient-elles sous dosées dans nos études ? » a suggéré le Dr Geerlings. Difficile de se faire une idée quand les données disponibles de l'abstract mentionnent 500 mg de cranberries 2 fois par jour sans autre précision sur la quantité de PAC, le composant actif. En 2003, l'Afssa a ainsi retenu la valeur de 36 mg de proanthocyanidines (PAC) comme acceptable pour bénéficier de l'allégation « contribue à diminuer la fixation de certaines bactéries E. coli sur les parois des voies urinaires ». Tout en reconnaissant en 2011, que «  les données, notamment cliniques (suivi de patients), sont actuellement insuffisantes pour conclure que la consommation de canneberge, ou de produits en contenant, a un effet préventif sur les infections urinaires » [3].

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