POINT DE VUE

Contraception longue durée, pourquoi ce désamour ? C. Moreau

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

14 septembre 2012

Contraception longue durée en France, pourquoi ce désamour ? C. Moreau

L'enquête épidémiologique Fecond montre que les françaises n'utilisent que très peu les méthodes de contraception de longue durée comme le stérilet ou l'implant. Questions au Dr Moreau.
14 septembre 2012

Kremlin-Bicêtre, France — Une équipe mixte Inserm et Institut national d'études démographiques (Ined) a interrogé plus de 5000 femmes, 3000 hommes, et 1000 gynécologues et médecins généralistes sur les méthodes de contraception utilisées en France en 2010.

Il ressort notamment des résultats de l'enquête FECOND que les méthodes contraceptives de longue durée n'ont pas la cote [1].

En tout, 54 % des femmes interrogées en 2010 considèrent que le DIU n'est pas indiqué pour une femme n'ayant pas eu d'enfant. Et ce pourcentage s'élève à 69 % chez les gynécologues et 84 % chez les généralistes. Il en découle que seulement 1,3 % des femmes de 15-49 ans sans enfant utilise le stérilet (dispositif intra-utérin/DIU) en 2010, la proportion s'élevant à 20 % parmi celles qui ont un enfant et 40 % pour celles qui en ont deux ou plus.

En outre, seules 2,6% des femmes de 15-49 ans utilisent l'implant contraceptif, autre méthode de contraception qui s'inscrit dans la durée.

Medscape France a demandé à l'un des auteurs de l'enquête, le Dr Caroline Moreau (épidémiologiste, Inserm U1018, Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations, Hôpital du Kremlin Bicêtre, Le Kremlin Bicêtre, France) de nous éclairer sur ces résultats.

Medscape France : Comment expliquer cette désaffection pour les méthodes de contraception au long cours?

Caroline Moreau : Les résultats de cette recherche montrent le faible recours aux méthodes de contraception au long cours qui sont pourtant les plus efficaces parmi les femmes de moins de 30 ans (et les femmes sans enfants), les plus à risque de grossesses non prévues. 

Les raisons sont complexes et dénotent d'une part un manque d'information des femmes concernant l'avantage de ces méthodes, en particulier leur très grande efficacité et leur sécurité élevée.

La peur des effets secondaires et le caractère prolongé parfois compris comme difficilement réversible (ce qui n'est pas le cas) sont sans doute des freins importants sur lesquels il est nécessaire de mieux communiquer afin que les femmes puissent faire un choix informé de la contraception qui leur convient le mieux.

Dans votre enquête, 68 % des gynécologues interrogés et 84 % des généralistes considèrent que le stérilet n'est pas approprié chez la nullipare. Ceci va à l'encontre des recommandations de la HAS de 2004. Avez-vous une idée des raisons de cette réticence ?

C.M. : Les médecins ont été en particulier interrogés sur l'indication du stérilet chez les nullipares, qu'ils considéraient « tout à fait » ou « plutôt » contre-indiquée dans cette situation dans 68% des cas pour les gynécologues et 84% pour les généralistes. Ces réticences se traduisent dans les faits par le très faible recours au stérilet chez les femmes nullipares (1,3%).

L'information sur les différentes méthodes de contraception passe très largement par les professionnels de santé. Or, ils semblent également avoir du mal à changer leurs pratiques, car ils n'ont souvent pas renouvelé des connaissances anciennes qui ont depuis été remises en cause par les dernières études scientifiques.

Au-delà de la connaissance, la formation des professionnels à la pose de stérilet en général (dans le cas des médecins généralistes) et chez les femmes sans enfant en particulier, permettrait sans doute de lever les craintes vis-à-vis des recommandations de cette méthode pour les jeunes. Le même constat semble s'appliquer à l'implant qui reste très peu utilisé pour toutes les femmes, y compris chez les jeunes.

Mais que disent les recommandations et la littérature scientifique sur ce sujet ?

C.M. : Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) publiées en 2004, s'appuient sur une revue de la littérature scientifique, qui a conclu à l'absence de risque d'infertilité lié à l'utilisation de stérilet et à un risque d'infection pelvienne uniquement en cas d'infection active au moment de la pose, celle-ci pouvant être prévenue par un traitement antibiotique.

Sur la base de ces résultats, la prescription de stérilet est recommandée pour toutes les femmes, qu'elles aient ou non des enfants.

Plus récemment, une synthèse des études portant sur l'utilisation du stérilet chez les femmes nullipares, relève des risques plus élevés d'expulsion et d'intolérance par rapport aux femmes ayant déjà eu des enfants. Ces risques restent toutefois limités et sont à mettre en perspective avec les bénéfices associés à l'efficacité du stérilet largement supérieure aux méthodes nécessitant une vigilance quotidienne, causes d'échecs fréquents [2].

Cette réticence est-elle une spécificité française ?

C.M. : Les réticences à l'utilisation du stérilet chez les nullipares ne sont pas spécifiques à la France. Aux Etats Unis, les effets secondaires associés à un stérilet particulier le Dalkon Shield au cours des années 1970 ont quasiment évincé la méthode du répertoire contraceptif, jusqu'à un passé récent.

L'usage du stérilet ne concerne que 5,5% des femmes aux Etats Unis,  un chiffre qui est toutefois en progression depuis 10 ans, en particulier chez les jeunes [3]. L'usage du stérilet reste également marginal en Grande Bretagne (4% de toutes les femmes), bien qu'il n'y ait pas de chiffre récent concernant son usage chez les jeunes ou les femmes nullipares.

Les obstacles évoqués précédemment, le manque d'information des femmes et les difficultés des professionnels à changer leurs pratiques basées sur des connaissances souvent erronées sont régulièrement rapportés dans les études internationales [4,5,6,7,8]. Les analyses de l'enquête médecins en cours qui seront publiées prochainement, permettront de mieux comprendre les déterminants des pratiques médicales et les besoins en formation en matière de contraception.

Rappel de l'enquête


Réalisée en 2010 par l'Inserm et l'Ined, l'enquête Fecond a été menée par téléphone auprès d'échantillons aléatoires de 5275 femmes âgées de 15 à 49 ans et 3373 hommes du même âge.

L'enquête en population générale s'est accompagnée d'une enquête auprès d'un échantillon représentatif de 1011 médecins généralistes et gynécologues exerçant en cabinet de ville tirés au sort dans le répertoire Adeli de l'assurance maladie. Ils ont été interrogés en 2011 au moyen d'un questionnaire imprimé ou par internet, sur leurs connaissances, attitudes et pratiques en matière de santé sexuelle et reproductive.

Le Dr Caroline Moreau n'a pas de liens d'intérêts en rapport avec le sujet.

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