40 ans après, une française sur deux reste fidèle à la pilule !

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

13 septembre 2012

L'enquête Fecond révèle que la pilule reste la méthode de contraception N°1

L'enquête Fecond montre que les Françaises n'ont pas changé de modèle de contraception en 10 ans : la pilule reste numéro 1 bien qu'avec avec un léger recul. Photographie des pratiques.
13 septembre 2012

Paris, France - Le paysage contraceptif a connu des évolutions notables en France depuis l'an 2000. La loi Aubry du 4 juillet 2001 a facilité l'accès à la contraception des mineures en leur permettant de consulter sans autorisation parentale ; elle a aussi légalisé la stérilisation à visée contraceptive. En outre, les femmes se sont vu proposer de nouvelles méthodes hormonales de contraception comme l'implant, le patch et l'anneau vaginal, et elles peuvent depuis accéder à la contraception d'urgence sans ordonnance, et gratuitement pour les mineures.

Dans ce contexte, Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen et Caroline Moreau (Institut national de la santé et de la recherche médicale/Inserm et Institut national d'études démographiques) ont mené l'enquête auprès de plus de 5000 femmes pour suivre les dernières tendances en matière de contraception, les méthodes utilisées selon l'âge des femmes et leur milieu social, et les pratiques des professionnels de santé.

Les résultats de l'enquête Fecond sont publiés dans la dernière édition de la revue Population & Sociétés [1].

Ils ont été interprétés à la lumière des résultats d'études antérieures : Enquête Mondiale de Fécondité (1978), Enquête Régulation des naissances (1988), Enquête Situation Familiale et Emploi (1994), Enquête CoCon (2000).

Léger déclin de la pilule, le coût des pilules non remboursées pourrait influer

D'après les résultats de l'enquête, si la pilule reste la méthode contraceptive préférée des françaises en 2010, une femme sur deux l'utilise encore comme contraceptif dans l'échantillon interrogé, il semble que les nouvelles méthodes hormonales de contraception (implant, patch contraceptif et anneau vaginal) gagnent peu à peu du terrain.

Alors que la proportion d'utilisatrices de la pilule n'a cessé d'augmenter depuis la légalisation de la pilule en 1967 (mais décret d'application en 1972), elle a légèrement diminué depuis le début des années 2000 (- 4,6%).

Cette baisse globale est compensée par l'adoption de nouvelles méthodes hormonales de contraception (implant, patch contraceptif et anneau vaginal) (+4%) avec à leur tête l'implant (2,6 % des femmes de 15-49 ans), puis l'anneau vaginal (1 %) et le patch contraceptif (0,4 %).

Mais, le recours à la pilule a diminué de façon différente en fonction de l'âge. Chez les jeunes de 18-19 ans, la baisse (- 4,4 %) s'accompagne d'un recours plus fréquent au préservatif et aux nouvelles méthodes hormonales. Chez les femmes de 25-29 ans (- 5,8 %), la baisse est plus que compensée par le recours aux nouvelles méthodes hormonales (+ 6,9 %).

En revanche, chez les femmes de 20-24 ans, la baisse (- 10,4 %) n'est qu'en partie compensée par le recours à ces nouvelles méthodes (+ 5,1 %) et d'après les auteurs, la dégradation de la situation économique des jeunes femmes de cette tranche d'âge pourrait, en grande partie expliquer cette baisse. Ils soulignent à ce propos que « le recours à la pilule peut représenter un budget important lorsque les femmes se voient prescrire des marques non remboursées, ce qui est le cas de 42 % d'entre elles. »

Rappelons, à ce sujet, que les pilules non remboursées utilisées en 2010 étaient essentiellement des pilules de troisième génération qui n'améliorent pas le service médical rendu par rapport aux autres pilules.

Les professionnels de santé ont du mal à changer leurs habitudes

« Le modèle contraceptif français apparaît peu flexible, restant caractérisé par un recours important au préservatif en début de vie sexuelle, l'utilisation de la pilule dès que la vie sexuelle se régularise et le recours au stérilet quand les couples ont eu les enfants qu'ils désiraient », soulignent les auteurs.

Le recours au stérilet (dispositif intra-utérin ou DIU) continue à diminuer légèrement et reste réservé aux femmes qui ont eu des enfants «  en dépit des recommandations de la Haute Autorité de Santé diffusées en 2004 à l'ensemble des professionnels de santé précisant que le stérilet pouvait être utilisé à tous les âges, que la femme ait eu ou non un enfant », indique le rapport.

Seules 1,3 % des femmes de 15-49 ans sans enfant utilisent le stérilet en 2010, la proportion s'élevant à 20 % parmi celles qui ont un enfant et 40 % pour celles qui en ont deux ou plus. Pour les auteurs, « les raisons de ce faible recours au stérilet chez les femmes sans enfant sont complexes et renvoient notamment aux représentations qu'ont les femmes et les professionnels de santé de cette méthode. »

En tout, 54 % des femmes interrogées en 2010 considèrent qu'elle n'est pas indiquée pour une femme n'ayant pas eu d'enfant. Et plus surprenant, ce pourcentage s'élève à 69 % chez les gynécologues et 84 % chez les généralistes.

« Les professionnels de santé semblent avoir du mal à changer leurs pratiques, car ils n'ont souvent pas renouvelé des connaissances anciennes qui ont depuis été remises en cause par les dernières études scientifiques : les réticences à poser un stérilet chez une femme sans enfant en est un exemple illustratif », a indiqué Caroline Moreau à Medscape France.

En ce qui concerne les autres méthodes contraceptives, le préservatif est surtout utilisé en début de vie sexuelle : 59 % des 15-17 ans, parfois en association avec la pilule (15 % des cas).

A noter : seul un quart des femmes déclarant un problème avec l'utilisation du préservatif au cours du dernier mois indique avoir eu recours à une contraception d'urgence. Cette méthode reste peu évoquée lors des consultations médicales : 36 % des gynécologues indiquent avoir souvent recommandé cette méthode au cours de la dernière année contre 11 % des généralistes.

De son côté, la stérilisation contraceptive n'est toujours utilisée que par une minorité (3,9 % des femmes et 0,3 % de leurs partenaires masculins).

Le recours au retrait ou à la méthode des températures, en baisse régulière depuis les années 1970, s'est stabilisé depuis 2000 et concerne aujourd'hui 6,2 % des femmes.

Enfin, environ 3 % de femmes n'utilisent pas de contraception du tout alors qu'elles ne souhaitent pas être enceintes (5,1 % des 45-49 ans et seulement 0,9 % des 15-17 ans). Cette situation est plus fréquente chez les femmes confrontées à des difficultés financières, peu ou pas diplômées, ou vivant en milieu rural. Les ouvrières sont 6,5% dans ce cas contre seulement 1,6 % des femmes cadres.

Si les inégalités d'accès à la contraception et de suivi médial persistent, les disparités sociales en matière de type de contraception se sont, en revanche, peu à peu estompées.

L'enquête Fecond

Réalisée en 2010 par l'Inserm et l'Ined, l'enquête Fecond a été menée par téléphone auprès d'échantillons aléatoires de 5275 femmes âgées de 15 à 49 ans et 3373 hommes du même âge.

L'enquête en population générale s'est accompagnée d'une enquête auprès d'un échantillon représentatif de 1011 médecins généralistes et gynécologues exerçant en cabinet de ville tirés au sort dans le répertoire Adeli de l'assurance maladie. Ils ont été interrogés en 2011 au moyen d'un questionnaire imprimé ou par internet, sur leurs connaissances, attitudes et pratiques en matière de santé sexuelle et reproductive.



Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet.

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