Mode de vie et risque vasculaire : comment éviter le scénario catastrophe ?

Vincent Bargoin

5 septembre 2012

Munich, Allemagne - « A moins d'être marathonien, si nous ne changeons notre façon de manger, nous sommes condamnés à devenir gros » a annoncé en conférence de presse le Pr Salim Yusuf (McMaster University, Hamilton, Canada) en présentant les nouveaux résultats de l'étude PURE[1]. Un constat qui dénonce à la fois le déficit d'activités physiques dans les pays riches, et le déficit de fruits et légumes dans l'alimentation dans les pays en développement, très largement basée sur les hydrates de carbone.

PURE (Prospective Urban Rural Epidemiology), étude éminemment politique puisqu'elle concerne et compare près de 155 000 personnes de toutes conditions dans le monde sur le plan médico-économico sanitaire, se poursuit. En présentant les derniers résultats lors du congrès de l'European Society of Cardiology, le Pr Yusuf (McMaster University, Hamilton, Canada) a souligné deux nécessités stratégiques

Pr Salim Yusuf

Premièrement, s'agissant de l'alimentation, la production et l'accès aux fruits et légumes mériteraient d'être subventionnés, en particulier dans les pays pauvres - et ceci, alors que des mouvements spéculatifs sur les denrées alimentaires sont annoncés un peu partout dans le monde.

Deuxièmement, s'agissant de l'activité physique, et cette fois des pays riches, les diverses recommandations concernant la prise d'exercice, ne suffiront pas : c'est le mode de vie et l'organisation urbaine dans son ensemble qu'il faut repenser.

Les dernières données de l'étude PURE ont été publiées simultanément dans le Lancet [2].

Après des données sur les médicaments, des données sur les modes de vie

L'étude PURE a été lancée pour analyser et comprendre ce que le Pr Yusuf qualifie de « transition épidémiologique ». Il s'agit d'une étude prospective, portant sur 153 996 personnes (57,9% de femmes), vivant dans 17 pays à PNB élevé (Canada, Emirats Arabes Unis et Suède), intermédiaire élevé (Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Chili, Malaisie, Pologne et Turquie), intermédiaire bas (Chine, Colombie, Iran) ou bas (Bangladesh, Inde, Pakistan et Zimbabwe). On note encore que ces personnes sont établies en milieu urbain (348 communautés) aussi bien que rural (280 communautés).

L'an dernier, les données de PURE présentées lors du congrès de l'ESC 2011 portaient sur les médicaments, et montraient notamment d'importantes carences des traitements de prévention secondaires - ceci dans les pays pauvres, mais aussi dans les pays riches.

Cette année, les données publiées concernent le mode de vie.

Rappelons que selon les données des études INTERHEART et INTERSTROKE, notamment, entre 50 et 60% du risque cardiovasculaire est attribuable à des facteurs modifiables.

Alimentation et tabac

S'agissant de l'alimentation, ces données montrent une augmentation quasi-linéaire de la consommation de fruits et légumes avec le PNB, ainsi qu'une augmentation de la part des protéines, des graisses totales et des graisses insaturées dans la ration calorique.

Dans les pays pauvres au contraire, les hydrates de carbones continuent de représenter les deux tiers de la ration alimentaire.

S'agissant du tabagisme, les femmes semblent encore relativement protégées dans les pays pauvres, le Pr Yusuf interprétant cet effet comme celui de la religion. Les hommes, eux, sont environ 45% à fumer dans les pays pauvres, contre 20% dans les pays riches.

Attention : en termes de santé publique, le Pr Yusuf met moins l'accent sur la prévention du tabagisme avant qu'il ne commence, que sur son arrêt chez les fumeurs. Quel que soit le pays, les hommes commencent à fumer grosso modo au même âge, et probablement pour les mêmes raisons. Et la différence de prévalence entre pays riches et pauvres ne tient pas à des différences entre des taux d'initiation, mais entre des taux de cessation. C'est sur cet aspect qu'il faut donc insister. Vis-à-vis des jeunes génération, la prévention primaire, par l'exemple, suivra d'elle-même.

L'activité physique de loisirs est loin du compte

Enfin, et c'est peut-être le message le plus surprenant de l'étude : en matière d'activité physique, les recommandations occidentales actuelles sont très loin du compte.

Si une augmentation de l'exercice récréatif est notée avec le PNB, dans le même temps, l'activité physique obligée (activité professionnelle, transports,…) s'effondre. Les pays riches ne regagnent ainsi dans les loisirs qu'environ un quart de l'activité perdue à travers la sédentarisation professionnelle et la motorisation des transports.

Pour fixer les idées, quand les recommandations fixent la barre à 30 minutes de marche rapide cinq jours par semaine, le déficit d'activité dans les pays les plus riches par rapport aux plus pauvres, correspond à 2,7 heures de marche rapide quotidiennes…

Le Pr Yusuf a certes reconnu que le niveau optimal d'activité physique sur le plan sanitaire, n'est pas connu. Il a néanmoins aussi souligné que si l'augmentation de la consommation de graisses et la sédentarité se conjuguent dans l'obésité, le problème de l'activité physique dépasse celui des graisses « de plusieurs ordres de grandeur ».

Que faire ? Pour les auteurs de PURE, il faudrait réintroduire des activités physiques obligées dans nos modes de vie sédentaires. L'idée est dans l'air depuis quelques années du côté des urbanistes. A l'occasion du 70ème congrès de l'American Diabetes Association, en 2010, le Lancet estimait ainsi, dans un éditorial de la rédaction, que l'activité physique devait être considérée comme aussi importante que la diète, tandis que la « création d'opportunités d'activités physiques » était présentée comme « le challenge le plus important et surtout le plus urgent » [3].

Concrètement, on parle de pistes cyclables, de marche à pied, et … de la suppression des ascenseurs. Est-il aberrant d'imaginer que dans un avenir plus ou moins proche, les ascenseurs seront réservés aux handicapés dans les immeubles de taille raisonnable, et qu'on regardera les bien-portants qui s'y engouffrent avec le même œil réprobateur que les fumeurs aujourd'hui ?

L'étude PURE est coordonnée par le Population Health Research Institute, et financée par par le Canadian Institute of Health, l'Indian Council of Medical Research, et diverses organisations scientifiques et industries pharmaceutiques.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....