Encéphalites amibiennes mortelles après irrigations nasales avec l'eau du robinet

Troy Brown

Auteurs et déclarations

28 août 2012

Deux cas d'encéphalite amibienne après un lavage de nez à l'eau du robinet aux Etats-Unis

La présence d'amibes dans l'eau du robinet aux Etats-Unis est à l'origine d'au moins deux décès par méningo-encéphalite rapportés par Clinical Infectious Disease.
28 août 2012

Atlanta, Etats-Unis — Les méningo-encéphalites amibiennes sont des pathologies rares qui, jusqu'à présent n'avaient été décrites aux Etats-Unis que chez des pratiquants de la natation. Le Dr Jonathan Yoder, un épidémiologiste du CDC d'Atlanta rapporte dans la revue Clinical Infectious Disease, deux cas survenus sur le sol américain dans les suites de lavages de nez à l'eau du robinet [1].

Cette pathologie rare est en rapport avec une infection à Naegleria fowleri, une amibe qui survit dans l'environnement - en particulier les eaux tièdes et chaudes - et se nourrit de bactéries. La plupart des cas ont été décrits chez des nageurs qui se contaminent par voie nasale. L'amibe suit ensuite le trajet du nerf optique au sein de la lame criblée de l'éthmoïde, et gagne ainsi le cerveau. La mort survient dans les 5 jours.

Un homme de 28 ans et une femme de 51 ans


Les deux cas détaillés dans la publication de l'équipe du Dr Yoder sont survenus en Louisiane en 2011. C'est la première fois qu'une eau considérée comme potable est à l'origine de ces infections.

Le premier cas était un homme de 28 ans qui vivait dans le sud de l'état. En juin 2011, il a présenté des céphalées occipitales irradiant vers la nuque qui se sont installées sur le période de 24 heures. A l'arrivée aux urgences, il était fébrile (38,5 °C), confus, il vomissait et le tableau s'est rapidement complété par des troubles de la conscience qui ont nécessité une intubation. Admis dans une unité de soins intensifs de neurologie, il est décédé deux jours plus tard. Le seul facteur de risque d'encéphalite amibienne retrouvé chez ce patient venait de l'utilisation d'irrigations nasales salines préparées à partir d'eau du robinet.

La réalisation de prélèvements dans l'eau de la ville, les collecteurs d'eaux usées et chez le malade ont permis de trouver la présence de différentes amibes (Hartmannella, Vannella et Naegleria sp) dans l'eau du domicile qui n'était pas équipé d'un ballon chauffe-eau. Les autres prélèvements ont été négatifs.

Le deuxième cas concernait une femme de 51 ans qui présentait des troubles de la conscience depuis 3 jours à son arrivée à l'hôpital. Elle était par ailleurs fébrile et vomissait. Les tests bactériologiques et viraux réalisés sur les prélèvements n'ont pas permis d'orienter les médecins. Ce n'est que secondairement qu'une histoire d'irrigation nasale avec de l'eau du robinet a été signalée. Là encore, un prélèvement au domicile a permis d'identifier une amibe N. fowleri à différents niveau du système de distribution d'eau.

Des précautions d'hygiène


Des mesures de désinfection ont été prises chez ces deux patients.

Le système d'alerte du CDC a permis d'individualiser d'autres cas de méningo-encéphalite amibienne au Minnesota et au Kansas.

L'origine de ces amibes n'a pas encore été identifiée.

Le CDC recommande désormais que les irrigations sinusiennes soient effectuées avec de l'eau en bouteille ou de l'eau bouillie. Si ces solutions ne sont pas possible, l'eau du robinet doit être mélangée avec du sel pendant au moins 18 h avant d'être utilisée en irrigation. C'est le temps qu'il faut en effet pour que le sel permettre d'inactiver au moins la moitié des amibes présentes dans l'eau.

Les auteurs ne signalent pas de conflit d'intérêt.

Article publié originellement sur Medscape.com le 23 août 2012, traduit par le Dr Isabelle Catala.

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