Infarctus en France : la mortalité chute mais la part de femmes jeunes augmente

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

28 août 2012

Infarctus en France : la mortalité chute mais la part des femmes augmente, selon FAST-MI

Avec les progrès de la reperfusion, la mortalité dans l'infarctus sus-ST chute depuis 15 ans, mais les profils des patients changent avec plus de jeunes et surtout des femmes.
28 août 2012

Munich, Allemagne - La mortalité des patients victimes d'un infarctus du myocarde montrant une élévation du segment ST (STEMI) décroît depuis une quinzaine d'années, un bénéfice classiquement attribué au progrès de la reperfusion. Une bonne nouvelle qui masque un constat plus alarmant : la part des patients de moins de 60 ans victime de STEMI augmente, et les femmes sont particulièrement concernées. Ce résultat présenté au congrès de l'European Society of Cardiology 2012 et publié conjointement dans le JAMA est à mettre en lien avec la prévalence croissante du tabagisme et, dans une moindre mesure, avec celle de l'obésité [1][,2].

Une étude qui s'appuie sur 4 registres français

Couvrant une période de 15 années, USIK 1995, USIC (Unité de soins intensifs coronaires) 2000, FAST-MI (French Registry of Acute ST-Elevation or non-ST- Myocardial Infarction) 2005 et FAST-MI 2010 sont les quatre registres français utilisés dans cette étude. Tous ont inclus des patients STEMI ou non STEMI arrivés en vie dans les unités de soins intensifs ou de soins cardiologiques dans les 48 heures suivants la survenue des symptômes pendant une période d'un mois.


Le tabagisme : principal facteur de risque

Le suivi sur 15 ans des 6707 patients admis pour un STEMI et colligés dans les 4 registres montre que l'évolution des STEMI a changé.

Bonne nouvelle : la mortalité à 30 jours a chuté de 68 % en 15 ans, passant de 13,7 % en 1995 à 4,4 % en 2010.

« Cette baisse spectaculaire n'est pas due à un facteur en particulier mais à une conjonction de facteurs » explique le Pr Nicolas Danchin (HEGP, Paris), principal investigateur de l'étude, à Medscape France.

Primo, les progrès de la reperfusion avec une utilisation plus fréquente de l'angioplastie notamment, passant de 49,4 % à 74,7 %. Mais pas seulement. Les traitements médicaux ayant fait leur preuve comme les antithrombotiques, statines, bétabloquants, et autres IEC et ARA II sont davantage prescrits. A noter : l'utilisation des héparines de bas poids moléculaire qui a progressé de 34,9 % entre 2000 et 2010. Secundo, l'attitude des patients a changé avec un recours plus prompt aux secours. « Le délai entre les symptômes et le premier appel s'est raccourci en 15 ans, passant de 120 à 74 minutes et on note une plus grande utilisation du 15 ».

Enfin, et cette constatation n'est pas des moindres, le profil des patients a évolué.

« Les patients concernés par le STEMI sont plus jeunes (âge moyen est passé de 66,2 + 14 à 63,3 + 14,5 ans entre 1995 et 2010) mais surtout la proportion de femmes jeunes a doublé : le pourcentage de femmes de moins de 60 ans avec STEMI est passé de 11,8% en 1995 à 25,5 % en 2012 » signale le Pr Danchin.

Cette population de patients plus jeunes a moins de co-morbidités (hypertension, diabète ou hypercholesterolémie) mais présente des facteurs de risque différents. En tête, l'augmentation très marquée de la prévalence du tabagisme féminin sur cette même période (de 37,3 à 73,1 %), et dans une moindre mesure de l'obésité (de 17,6 % à 27,1 %), tous deux expliquent en grande partie ces nouveaux profils ».

« Les femmes jeunes sont plus à risque d'infarctus en raison du tabac, les campagnes de prévention devraient s'adresser plus spécifiquement à cette population » considère le Pr Danchin.

Les registres et les auteurs ont bénéficié de différents soutiens financiers dont la liste peut être retrouvée dans la publication du JAMA.

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