Vivre à 25 km de Fukushima : premières données d'irradiation publiées

Pam Harrison

Auteurs et déclarations

21 août 2012

Vivre à 25 km de la centrale de Fukushima est peu risqué, selon une étude publiée dans le JAMA

Six mois après la catastrophe, les 25 000 adultes et enfants qui vivent à proximité de la centrale sont peu irradiés.
21 août 2012

Saitama, Japon — Un premier bilan des conséquences du tremblement de terre, du raz de marée de Fukushima et de l'explosion de la centrale de Fukushima Daiichi. Publié dans le JAMA, cet article s'intéresse à l'irradiation chez les adultes et enfants qui sont revenus vivre à proximité du site: elle plus élevé chez les adultes que chez les enfants, mais elle est bien inférieure à celle détectée 7 à 10 ans après l'accident à Tchernobyl [1].

L'équipe du Dr Masahura Tsubokura a choisi de suivre une partie de la population de la ville de Minamisoma située 23 km au nord de la centrale de Daiichi. L'accident nucléaire ayant dispersé des particules radioactives dans l'air, l'eau et les sols, les habitants ont été évacués de leurs habitations dans la semaine qui a suivi la date fatidique du 11 mars 2011. Ceux qui le souhaitaient ont eu l'autorisation de les regagner à partir du mois d'août de la même année, puisque l'irradiation de l'air était passée sous le seuil de la toxicité. Au total, la moitié de la population de la ville a souhaité regagner son domicile.

Mais en raison de traces d'éléments irradiés dans l'environnement, le risque de cancers à moyen et long terme ne peut être exclu.

Scanner corps total


L'équipe du Dr Tusbokura a fait appel aux volontaires de plus de 6 ans. L'étude a été menée sur 25 % des personnes qui vivaient à Minamisoma le 15 août 2011, soit 9 498 habitants (8 066 adultes et 1 432 enfants).

Ils ont procédé à une mesure par un scanner corps total qui relève la présence de césium 134 et 137 dans le tissu graisseux. Cet examen qui dure deux minutes est le reflet de l'irradiation interne subie par le corps en raison de la pollution de l'air, de l'eau et des sols. La limite de détection de l'examen est de 210 Bq pour le césium 134 et de 250 Bq pour le césium 136.

Par un calcul complexe prenant en compte l'irradiation de l'air et des aliments dans les jours suivant l'explosion, le Dr Tusbokura a calculé la dose totale d'exposition à la radioactivité. Le taux maximal recommandé pour la population générale est de moins de 1 millisievert par an.

Un niveau détectable mais pas toxique


Dans la population analysée, 3 286 personnes présentaient un niveau détectable de césium : 16,4 % des enfants (235 sujets) et 37,8 % des adultes (3 051 personnes). Le niveau moyen s'établissait chez ces habitants à 11,8 Bq/kg chez les adultes et 11,4 Bq/kg chez les enfants.

Des doses bien inférieures à celles rencontrées en Russie 7 à 10 ans après la catastrophe de Tchernobyl (49 Bq/kg).

Seule une personne de l'étude avait été exposée à un seuil supérieur à celui toléré par les autorités sanitaires (1 millisievert), taux qui ne nécessitait néanmoins pas l'ingestion d'un antidote.

En prenant en compte toutes les personnes de l'étude, la différence selon l'âge devient significative. Pour les auteurs, le fait que les adultes prennent moins de précautions alimentaires et occupationnelles face au risque de radioactivité pourrait expliquer en partie ce résultat. Dans cette région il est en effet recommandé de ne pas utiliser d'eau courante pour les boissons et l'alimentation pour les enfants et de limiter le temps passé à jouer en plein air

Les auteurs soulignent que ce programme de surveillance n'a été mis en place que 6 mois après l'accident et que les niveaux d'irradiation ont été certainement plus élevés auparavant. En outre, seuls des volontaires ont été inclus dans cette étude, ce qui pourrait en avoir biaisé le résultat.

Une surveillance à plus long terme de césium sanguin et de façon plus globale de la santé des populations a été mise en place.

Les investigateurs ne déclarent pas de conflit d'intérêt..

Article publié originellement sur Medscape.com le 14 août 2012 adapté par le Dr Isabelle Catala.

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