Baisse de 16 % de la prescription d'antibiotiques en 10 ans : peut mieux faire

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

20 août 2012

Bilan de 10 ans d'antibiothérapie par l'ANSM : baisse de 16 % des prescriptions

Dix ans déjà que les antibiotiques « ne devraient plus être automatiques » mais l'impact de ces campagnes est limité. Les chiffres de l'ANSM ne témoignent pas d'un grand succès.
20 août 2012

Saint-Denis, France — Dix ans déjà que les antibiotiques « ne devraient plus être automatiques ». Mais quel est le bilan des actions entreprises en France et en Europe ? L'ANSM répond dans un rapport [1]. Et ce n'est pas brillant ! Moins 16 % de prescription en dix ans, alors que le nouveau plan antibiotique prévoit encore un objectif de réduction de 25 % d'ici 2016.

Une baisse jusqu'en 2005

En 2000, quand sont lancés les premiers signes d'alerte sur l'apparition de résistances aux antibiotiques du fait de leur consommation élevée, les médecins hospitaliers et libéraux y sont restés relativement insensibles. Les campagnes de communication et de sensibilisation n'ont commencé à porter leurs fruits qu'à partir de 2002 et la consommation d'antibiotiques a baissé progressivement jusqu'en 2004 (baisse de 18 % par rapport à 2000).

Mais ce beau mouvement s'est rapidement estompé. Depuis 2005, les évolutions sont irrégulières et s'inscrivent dans une légère tendance à la hausse.

Cette reprise s'est surtout manifestée depuis 2009. Elle pourrait être en partie expliquée par une incidence plus forte des pathologies hivernales et des syndromes grippaux. Les résultats de 2010 et 2011 confirment cette hypothèse.

Et les derniers chiffres disponibles pour 2011 montrent qu'entre 2001 et cette date, la baisse globale des prescriptions s'établit à 13,5 %. Va -t-on perdre le peu que l'on avait gagné ?

L'un des mauvais élèves européens

En 2010, 130 millions de boites d'antibiotiques ont été consommées en ville (dose journalière pour 1 000 habitants : 28,2) et 20 millions à l'hôpital (dose journalière pour 1 000 habitants : 2,2). Ces chiffrent placent la France parmi les pays européens les plus consommateurs avec la Grèce, la Belgique, le Portugal et l'Italie. A l'inverse, Allemagne, Pays Bas, Royaume Uni et Suède remplissent des objectifs de prescription limitée.

Recours aux antibiotiques de « réserve »

L'ANSM a aussi analysé l'évolution du type des antibiotiques utilisés pour cette même période 2000-2010.

Le nombre des spécialités disponibles sur le marché français est passé de 103 à 84, 27 ont cessé d'être commercialisées et 8 ont fait leur apparition sur le marché, ce qui témoigne d'une innovation thérapeutique très limitée.

Or, en période d'apparition de résistance des bactéries aux antibiotiques, cette tendance est assez préoccupante. Déjà, des antibiotiques dits de « réserve » dont la prescription était limitée initialement à des indications très précises ont vu leurs indications s'élargir. Avec comme corolaire, l'apparition d'impasses thérapeutiques chez des patients porteurs de bactéries multi-résistantes.

80 % des prescriptions en génériques

En revanche, le nombre de présentations (c'est-à-dire de génériques) a fortement augmenté : elles sont passées de 650 à près de 1 000.

En 10 ans, les génériques ont fait leur place dans le marché des antibiotiques. Il faut dire que la part des antibiotiques brevetés est actuellement faible.

En 2010, les génériques représentaient 75,4 % de la consommation d'antibiotiques en ville, et lorsque l'on y ajoute les spécialités de référence (même molécule dispensée sous plusieurs noms de marque non générique), ce chiffre passe à 82,3 %.

Les généralistes en tête des prescriptions

La baisse de prescription n'a pas concerné toutes les familles d'antibiotiques. Ce sont surtout les céphalosporines de première génération qui ont été moins prescrites (moins 25 %) alors que l'amoxicilline en association, les macrolides et les quinolones étaient stables.

La prescription de céphalosporines de troisième génération a pour sa part augmenté, or cette famille d'antibiotiques sélectionne plus facilement les entérobactéries sécrétrices de bêta-lactamase à spectre étendu.

Pendant la période étudiée, 70,6 % des prescriptions d'antibiotiques ont été faites par des médecins généralistes, et 10,5 % par des médecins hospitaliers. La part des pédiatres (1,3 %) reste très faible.

Dans certaines régions de France, le Nord, la Picardie, la Haute Normandie, la consommation d'antibiotiques est sensiblement plus élevée qu'en Pays de Loire et Rhône-Alpes.

Une situation préoccupante

Globalement pour l'ANSM, « certaines évolutions peuvent être jugées comme préoccupantes : extension de l'usage des céphalosporines de troisième génération, recours de plus en plus fréquent à l'association amoxicilline-acide clavulanique, et, à l'hôpital, usage accru de la colistine et des carbapénèmes.

Puisque l'innovation est très peu active dans le domaine de l'antibiothérapie, il est indispensable que les prescripteurs établissent toujours une distinction entre les antibiotiques de première ligne et les antibiotiques de recours qui doivent être considérés comme une ressource rare ».

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