Canicule et antihypertenseurs, AINS, antidépresseurs, neuroleptiques : prudence

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

24 juillet 2013

Canicule : l'ANSM rappelle les précautions à prendre en cas de prise de certains médicaments

Alors que le mois de juillet 2013 est l'un des plus chauds que la France ait connu depuis 1950, il semble bon de rappeler que certains médicaments aggravent les effets de la chaleur.
24 juillet 2013

Paris, France - Les fortes chaleurs semblent s'installer durablement sur l'hexagone. L'occasion de rappeler que l'année dernière, l'Agence Nationale de Sécurité des Médicament (ANSM) a dressé la liste des médicaments - qui, étant susceptibles d'augmenter les effets de la chaleur _ ne font pas bon ménage avec des températures extrêmes, surtout en cas de facteurs de risque. Anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), antihypertenseurs, antidépresseurs et neuroleptiques sont particulièrement concernés. Pour autant, pas d'arrêt ou de réduction de dosage intempestif sans une évaluation clinique et biologique et une prise en compte de tous les facteurs de risque au préalable [1].

Interférence avec les mécanismes d'adaptation à la chaleur


L'exposition d'un individu à une température environnementale élevée peut entraîner une réponse insuffisante des mécanismes de thermorégulation, ce d'autant que s'y ajoute l'effet conjugué du vieillissement physiologique et des pathologies sous-jacentes.

Outre une réduction de la perception de la chaleur et des capacités de thermolyse des personnes âgées, certaines classes de médicaments sont susceptibles d'interférer avec les mécanismes d'adaptation à la chaleur. Et même si les données de la littérature actuellement disponibles ne permettent pas de mettre en évidence la responsabilité des médicaments dans la survenue d'états pathologiques observés pendant les vagues de chaleur, deux mécanismes sont évoqués. 

  • Primo, certains médicaments pourraient contribuer à l'aggravation des états pathologiques graves induits par une trop longue ou une trop forte exposition à la chaleur (syndrome d'épuisement - également appelé syndrome d'épuisement-déshydratation - ou coup de chaleur).

  • Deusio, certains traitements pourraient provoquer à eux seuls des hyperthermies dans des conditions normales de températures.

  • AINS, antihypertenseurs, antidépresseurs et neuroleptiques sont particulièrement concernés mais ce ne sont pas les seuls comme le montre la liste ci-dessous.

Rappels physiologiques 

Un adulte en bonne santé peut tolérer une variation d'environ 3°C de sa température interne sans que les performances physiques et mentales soient affectées de façon importante. Cependant, la fonction physiologique de thermorégulation qui fixe la température corporelle profonde aux environs de 37°C en conditions normales va produire une réaction de défense (dite de thermolyse) si celle-ci dépasse cette valeur. Les pertes de chaleur se font surtout au niveau de la peau, par augmentation de la température cutanée liée à une augmentation du débit sanguin et évaporation (perspiration et surtout sudation) et dans une moindre mesure au niveau du poumon [2].


Pas d'arrêt ou de modification systématique d'un traitement


En cas de vague de chaleur, la conduite à tenir repose avant tout sur des mesures préventives incluant la surveillance de l'état général des patients et des mesures hygiéno-diététiques (rafraîchissement, hydratation, aération). Et quoi qu'il en soit, pas d'arrêt ou de modification de dosage systématiques d'un traitement susceptible d'interférer avec la régulation de la température corporelle, avant d'avoir procédé à une évaluation clinique du patient prenant en compte son état d'hydratation, rappelle l'ANSM [3].

Chez les patients présentant des facteurs de risque, il est conseillé de [3]:

dresser la liste des médicaments pris par le patient. Sans oublier ceux pris en automédication ;

identifier les médicaments pouvant altérer l'adaptation de l'organisme à la chaleur, en consultant la liste ci-dessous et en se reportant avec attention aux mentions légales des médicaments (RCP) ;

réévaluer l'intérêt de chacun des médicaments en termes de bénéfice-risque individuel et supprimer tout médicament qui apparaît soit inadapté, soit non indispensable ;

éviter la prescription d'AINS ;

en cas de fièvre, éviter aussi la prescription de paracétamol inefficace sur le coup de chaleur et à l'origine d'une possible aggravation de l'atteinte hépatique ;

vérifier que les apports hydriques et sodés sont adaptés en cas de prescription de diurétique ;

recommander au patient de ne prendre aucun médicament sans avis médical, y compris ceux délivrés sans ordonnance.

AINS, antihypertenseurs, neuroleptiques, antidépresseurs : méfiance !


Télécharger le tableau récapitulatif (pdf) des médicaments à risque.

Ci-dessous la liste complète des médicaments susceptibles d'interférer avec les mécanismes d'adaptation à la chaleur [3] [,4]:

Les médicaments provoquant des troubles de l'hydratation et/ou des troubles électrolytiques,

notamment :

  • les diurétiques, en particulier les diurétiques de l'anse (furosémide)

Les médicaments susceptibles d'altérer la fonction rénale, notamment :

  • tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comprenant les AINS classiques ou « conventionnels », les salicylés à des doses supérieures à 500 mg/j et les coxibs

  • les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine

  • les anti-aldostérones

  • les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II

  • certains antibiotiques (notamment les sulfamides)

  • certains antiviraux (notamment l'indinavir)

  • et en règle générale tous les médicaments connus pour leur néphrotoxicité (par exemple les aminosides, la ciclosporine, le tacrolimus, les produits de contraste iodé...)

Les médicaments ayant un profil cinétique pouvant être affecté par la déshydratation (par

modification de leur distribution ou de leur élimination), notamment :

  • les sels de lithium

  • les anti-arythmiques

  • la digoxine

  • les anti-épileptiques

  • certains hypoglycémiants oraux (biguanides et sulfamides hypoglycémiants)

  • les hypocholestérolémiants (statines et fibrates)

Les médicaments pouvant empêcher la perte calorique de l'organisme par une action à différents niveaux :

les médicaments pouvant perturber la thermorégulation centrale : neuroleptiques et médicaments sérotoninergiques ;

les médicaments pouvant perturber la thermorégulation périphérique :

les médicaments à propriétés atropiniques par limitation de la sudation, notamment :

  • les antidépresseurs imipraminiques,

  • les antihistaminiques H1 de première génération,

  • les antiparkinsoniens atropiniques (trihexyphénidyle, tropatépine, bipéridène…)

  • certains antispasmodiques (tiémonium, dihexyvérine, scopolamine…), en particulier ceux à visée urinaire (oxybutinine, toltérodine, trospium …)

  • les neuroleptiques, y compris les antipsychotiques dits atypiques

  • le disopyramide (anti-arythmique)

  • le pizotifène (antimigraineux)

  • l'atropine

  • certains bronchodilatateurs (salbutamol, tiotropium, …)

les vasoconstricteurs périphériques par limitation de la réponse vasodilatatrice, notamment :

  • les agonistes « adrénergiques » et amines sympathomimétiques utilisés : dans le traitement de la congestion nasale par voie systémique (pseudoéphédrine, néosynéphrine, phénylpropanolamine …) dans le traitement de l'hypotension orthostatique (étiléfrine, heptaminol, midodrine …) certains antimigraineux (dérivés de l'ergot de seigle, triptans)

les médicaments pouvant limiter l'augmentation du débit cardiaque réactionnelle à une augmentation du débit sanguin cutané, notamment :

  • par déplétion : les diurétiques,

  • par dépression du myocarde : les bêta-bloquants.

les hormones thyroïdiennes par augmentation du métabolisme basal induisant la production endogène de chaleur.

De même, les médicaments pouvant induire une hyperthermie et ceux pouvant indirectement aggraver les effets de la chaleur doivent également être pris en considération dans l'analyse des facteurs de risque chez les sujets susceptibles d'une moindre adaptation à la chaleur.

Sont concernés :

  • Tous les neuroleptiques.

  • Les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine ainsi que d'autres antidépresseurs (les imipraminiques, les inhibiteurs de la monoamine oxydase, la venlafaxine, le minalcipran, la duloxetine), les triptans et la buspirone.

  • Les médicaments pouvant abaisser la pression artérielle et donc induire une hypoperfusion de certains organes (SNC), notamment tous les médicaments antihypertenseurs et les anti-angineux.

  • Tous les médicaments agissant sur la vigilance, pouvant altérer les facultés à se défendre.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....