La prise d'antipsychotiques augmente le risque de diabète gestationnel

Deborah Brauser

Auteurs et déclarations

27 juillet 2012

Effets de la prise d'antipsychotiques chez la mère et l'enfant, données de registres suédois

Selon les données de registres suédois, la prise d'antipsychotiques pendant la grossesse augmente le risque de diabète gestationnel pour la mère, et de périmètre crânien élevé pour l'enfant.
27 juillet 2012

Stockholm, Suède — La prise d'antipsychotiques pendant la grossesse est associée à un risque de diabète gestationnel accru pour la mère et de périmètre crânien élevé pour l'enfant, selon une étude publiée en juillet dans les Archives of General Psychiatry[1].

Antipsychotiques et risque accru de diabète


Dans ce travail, les investigateurs se sont appuyés sur les data de 3 registres de santé suédois : le Swedish Prescribed Drug Register, le Medical Birth Register, et le National Patient Register.

Sur l'ensemble des femmes qui ont donné naissance à un enfant dans le pays entre juillet 2005 et décembre 2009, 169 avaient des prescriptions d'olanzapine et/ou de clozapine, considérées comme des médications « hautement anaboliques », 338 avaient des prescriptions pour d'autres antipsychotiques, considérés comme « moins anaboliques », 357 696 n'avaient aucune prescriptions d'antipsychotiques.

Les femmes qui ont pris des antipsychotiques autres que l'olanzapine ou la clozapine avaient un risque relatif (non ajusté) de 2,53 (95% intervalle de confiance [IC] : 1,48-4,34) de développer un diabète gestationnel, ce risque relatif était de 1,77 (IC 95% : 1,04-3,03) après ajustement sur des facteurs confondants comme l'ordre de naissance, l'âge maternel, et le statut tabagique. Chez les femmes prenant de l'olanzapine ou de la clozapine, ce risque était de 1,94 (IC 95% : 0,97-3,91) après ajustement.

Autre résultat : « les enfants exposés aux antipsychotiques ont un risque plus que doublé d'être petits pour leur âge gestationnel, indépendamment de leur groupe de traitement », indiquent les auteurs. Pour autant, ces résultats n'étaient pas significatifs après ajustement sur les facteurs maternels. Seul le risque d'avoir un périmètre crânien élevé par rapport à l'âge gestationnel (RR, 3.02 ; IC 95% : 1.60-5.71) chez les nourrissons exposés à l'olanzapine et/ou à la clozapine restait significatif.

En résumé, les femmes qui ont pris des antipsychotiques - autres que l'olanzapine ou la clozapine - augmentent de 77% leur risque de diabète par rapport à celles qui n'en reçoivent pas. L'augmentation du risque est du même ordre chez les femmes qui reçoivent de l'olanzapine et/ou de la clozapine, mais sans atteindre cependant la significativité. En revanche, le risque accru de donner naissance à un enfant de petit poids par rapport à son âge gestionnel semble être un effet de facteurs confondants, comme le tabac. A l'exception de la macrocéphalie, l'exposition à l'olanzapine et/ou à la clozapine n'a pas été associée à une croissance fœtale anabolique.

Surpris par les résultats


« A notre connaissance, aucune autre étude de population n'a exploré les effets métaboliques maternaux et fœtaux des différents antipsychotiques pendant la grossesse » écrivent les chercheurs.

L'investigateur principal, le Dr Robert Bodén, psychiatre dans le département de médecine du Centre de pharmaco-épidémiologie du Karolinska Institute à Stockholm (Suède) a expliqué à l'édition internationale de Medscape que lui et son équipe avaient été surpris par certains de ces résultats.

« Nous pensions que l'olanzapine et/ou la clozapine serait associée à des enfants gros pour leur âge gestationnel quand on sait leur caractère diabétogène et obésogène » indique le Dr Bodén.

« De même, étant donné l'augmentation du risque de diabète gestationnel chez tous les utilisateurs d'antipsychotiques, nous avons été encore plus intrigués de l'absence d'accélération de la croissance fœtale, puisque le diabète gestationnel conduit généralement à des fœtus plus gros. »

Les chercheurs font l'hypothèse que si les médicaments sont susceptibles d'entrainer une résistance à l'insuline, et qu'ils traversent la barrière placentaire, alors peut-être le fœtus peut-il devenir lui-même résistant à l'insuline - et être donc incapable d'accélérer sa croissance dans un environnement hyperglycémique et hyperinsulinique.

Un autre résultat surprenant est l'association de l'olanzapine et/ou la clozapine à un risque accru de mégacéphalie. « Nous n'avons pas d'indices concernant les mécanismes qui expliqueraient cette observation. Mais l'absence de croissance fœtale accélérée et la macrocéphalie plaident pour la réalisation d'études précliniques afin de mieux les appréhender. »

« La pharmacothérapie pendant la grossesse chez les femmes souffrant de troubles mentaux sévères est un domaine de recherche vaste et difficile parce que nombre de ces femmes ont besoin de rester médicamentées malgré leur grossesse. C'est pourquoi nous devons en savoir le plus possible sur les effets tant maternels que fœtaux de ces médicaments pour aider ces femmes en tenant compte d'une difficile balance bénéfice/risque » indique le Dr Boden, qui s'intéresse depuis quelques temps aux effets métaboliques des antipsychotiques. « Etudier les effets maternels et fœtaux est une façon pour nous de comprendre comment ces médicaments affectent le corps humain dans la « vraie vie », conclut-il.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 6 juillet 2012; adapté par Stéphanie Lavaud.

L'étude a été financée par des fonds de la Fondation Lennander et de la Foundation Gillbergska.

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