Féminisation de la médecine générale : qu'en pensent les femmes ?

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

3 juillet 2012

Féminisation de la médecine générale: qu'en pensent les femmes ?

La féminisation va transformer l'exercice des MG en valorisant la qualité plutôt que la multiplication des actes. 3 juillet 2012

Nice, France — En 2010, dans un quotidien régional (Presse Océan, 26 avril 2010), un haut représentant du Conseil de l'Ordre des médecins local affirmait : « le fait que sur 100 débutants, 70 sont des femmes est une catastrophe pour ce métier tel que nous le concevons ».

Et si c'était plutôt une force, une manière de remettre à plat les objectifs de ce métier ont répondu les participants de la session sur l' « Exercice professionnel des femmes médecins », à l'occasion du 6e Congrès de la Médecine Générale France.

Le point de vue de Marisol Touraine

Lors de son discours de clôture du Congrès de Médecine France, la Ministre de la Santé Marisol Touraine n'a pas manqué de s'exprimer sur le sujet : "Je suis souvent choquée de la manière dont on présente la féminisation de la profession en lien avec les difficultés que l'on rencontre. Moi, je crois que les femmes sont souvent précurseurs des évolutions de société et ce que les femmes demandent, les hommes y viennent souvent. Et moi, j'entends souvent des jeunes hommes me dire qu'eux non plus n'ont pas envie d'avoir des journées sans limites, de ne pas pouvoir concilier vie personnelle et vie professionnelle et au fond, ce ne sont pas des enjeux de femmes mais des enjeux de la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui."


Exit la femme « conjoint collaborateur »

Pour le Dr Maud Jourdain, chef de clinique au Département de médecine générale de Nantes, « une conception ancienne de la médecine générale libérale reste encore très ancrée dans la population et même chez nos confrères. La liberté d'installation et l'exercice professionnel sans contraintes temporelles a longtemps été associée à une disponibilité sans limites, à une participation active de la famille aux activités médicales (femme conjoint collaborateur), à un cumul des engagements locaux et politiques et à des revenus confortables qui permettaient à eux seuls de faire vivre le ménage ». [1]

Mais aujourd'hui avec la féminisation de la profession, de nouvelles questions se posent. Elles ont trait à l'articulation de la vie familiale et de la vie professionnelle : cette articulation doit-elle être conçue seulement comme une tension en termes de choix de l'une de ces deux vies au détriment de l'autre ?

Peut-on être femme, mère, épouse et exercer la même médecine générale libérale que nos confrères installés il y a 30 ou 40 ans ?

Cette articulation peut-elle être vécue comme une force de proposition en conduisant une nouvelle génération à inventer une autre façon d'exercer la médecine libérale ?

Enquête auprès de femmes généralistes de la région nantaise

Pour répondre à ces questions, le Département de Médecine Générale du CHU de Nantes a mis en place une étude d'orientation dite qualitative qui avait pour but d'explorer les stratégies des femmes MG dans la recherche d'une satisfaction professionnelle et personnelle.

Vingt-quatre entretiens semi-directifs de femmes ont été menés jusqu'à saturation des données. Les MG ont été choisies sur leur intérêt porté à la thématique, elles étaient âgées en moyenne de 45 ans, travaillaient majoritairement en association (17 sur 24). La grande majorité des femmes MG de l'échantillon étaient en couple (19 contre 3 divorcées et une célibataire). Dix femmes avaient 3 enfants ou plus et seules deux des volontaires n'avaient pas d'enfants. Une analyse de contenu a été effectuée.

Les femmes interrogées mettaient en avant une rupture avec le modèle traditionnel, qui privilégie la liberté financière. Elles intégraient aussi dans la notion de liberté professionnelle, la liberté par rapport aux activités domestiques. Elles justifiaient en majorité leur choix par la nécessité de la préservation de la vie familiale. Mais cette nécessité était le plus souvent vécue comme individuelle et difficile.

Remise en cause du paiement à l'acte

Mais elles mesuraient aussi les bénéfices de cette articulation entre les différents aspects de la vie en termes de qualité d'exercice : « il est possible de privilégier la qualité des soins sur la quantité des actes et le confort d'exercice. Mais le modèle traditionnel de la médecine générale libérale ne favorise par ce type de choix.

Une remise en cause de la rémunération à l'acte, pilier du modèle traditionnel libéral est imaginée par la plupart des femmes interrogées », continue le Dr Jourdain.

« La féminisation de la profession peut-être conçue, non plus comme « un problème » en référence au modèle traditionnel, mais plutôt comme une opportunité de construire un nouveau modèle professionnel qui valorise plus globalement la profession de MG axée sur la qualité de l'exercice et des pratiques plutôt que sur la quantité d'actes et la rémunération… ».

Une étude qui confirme de nouvelles attentes

Pour mieux appréhender les attentes des femmes généralistes face à leur exercice et leur place dans la profession, un questionnaire a été adressé par voie électronique à un échantillon de 3059 femmes installées en médecine générale [2]. 284 femmes ont répondu. Elles étaient âgées en moyenne de 46 ans, installées en 1996, en zone urbaine 43%, semi-rurale 36%, rurale 21%, seules 31%, en groupe 69%.

Parmi les aides attendues afin d'améliorer leur exercice professionnel, elles placent en première ligne la rémunération forfaitaire (pour chaque patient et pour la structure d'exercice), la majoration de certains actes et la protection sociale. Le surmenage et les contraintes administratives sont les premiers motifs de renoncement à l'exercice libéral. La demande de parité est considérée comme essentielle pour 9 femmes sur 10.


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