L'anorexigène lorcasérine autorisé par la FDA pour l'obésité

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

2 juillet 2012

La lorcasérine, nouvel anorexigène, autorisé aux Etats-Unis

La FDA vient d'autoriser la commercialisation de Belviq aux Etats-Unis qui devient ainsi le deuxième traitement indiqué dans l'obésité depuis l'orlistat mis sur le marché en 1999.
2 juillet 2012

Silver Spring, Etats-Unis - La Food and Drug Administration (FDA) vient de donner son feu vert à la commercialisation de l'anorexigène lorcasérine (Belviq, laboratoires Arena) [1], qui devient ainsi le deuxième traitement indiqué dans l'obésité après l'orlistat (Xenical®, Roche; Alli®, GlaxoSmithKline) sorti en 1999.

Le médicament est désormais indiqué en plus de l'exercice physique et d'un régime alimentaire hypocalorique chez les adultes dont l'indice de masse corporelle (IMC) est supérieur ou égal à 30 ou chez les adultes dont l'IMC est supérieur ou égal à 27 s'ils ont au moins une pathologie associée à l'obésité comme l'hypertension, le diabète de type 2 ou une hypercholestérolémie.

En 2010, la FDA avait rejeté le médicament en raison d'incertitudes sur la sécurité du produit, notamment concernant le risque de cancers. Mais, il y a un peu plus d'un mois, de nouvelles données fournies par le laboratoire ont conduit les experts de la FDA à rendre un avis positif sur la molécule par 18 voix contre 4 et une abstention [2].

Le risque de tumeurs a été jugé « négligeable » et le profil de sécurité cardiovasculaire a montré une absence de valvulopathies et d'anomalies de la pression artérielle pulmonaire à deux ans. Certains experts ont cependant suggéré de réaliser d'une échographie cardiaque avant prescription [3] [4].

La lorcasérine agit comme un agoniste sélectif des récepteurs 2C à la sérotonine, lesquels seraient impliqués dans le contrôle de l'appétit et du métabolisme.

L'efficacité et l'innocuité de la lorcasérine ont été évaluées dans trois essais randomisés contre placebo qui ont inclus près de 8000 obèses et adultes en surpoids, avec ou non un diabète de type 2. Les participants ont été traités pendant 52 à 104 semaines en plus d'un régime hypocalorique et de l'activité physique.

Comparé au placebo, le traitement par lorcasérine pendant un an a été associé à une perte de poids supplémentaire de 3 à 3,7%.

Près de 47 % des patients non diabétiques qui ont reçu le traitement ont perdu au moins 5% de leur poids contre 23 % seulement des patients du groupe placebo. La même tendance a été observée chez les diabétiques de type 2 qui ont été 38% à perdre 5% de leur poids contre 16% dans le groupe placebo.

En outre, l'administration de lorcasérine a été associée à une baisse de la glycémie chez les diabétiques de type 2.

Le RCP du produit recommande de ne pas utiliser le traitement chez la femme enceinte et d'interrompre le traitement chez les patients qui ne perdent pas 5% de leur poids en 12 semaines de traitement car ils ont peu de chance de perdre un nombre de kilogrammes significatifs en le continuant.

Les effets secondaires les plus fréquents de la lorcasérine chez les patients non diabétiques sont les maux de tête, les vertiges, la fatigue, les nausées, la bouche sèche et la constipation et chez les patients diabétiques : l'hypoglycémie, les maux de tête, les douleurs du dos, la toux et la fatigue.

Le traitement par lorcasérine a également été associé à des effets secondaires graves comme le syndrome sérotoninergique, en particulier lors de co-prescriptions avec des médicaments qui augmentent les taux de sérotonine ou qui activent les récepteurs de la sérotonine. Il s'agit, mais pas seulement, d'antimigraineux et d'antidépresseurs. En parallèle, la lorcasérine peut également provoquer des déficits d'attention ou de mémoire.

Pas de danger pour les valves aortiques a priori

Les anorexigènes fenfluramine et dexenfluramine ont été retirés du marché après la mise en évidence de cas de valvulopathies. Il est présumé que cet effet est associé à l'activation des récepteurs sérotoninergiques 2B du cœur. Utilisée à la dose de 10 mg deux fois par jour (dose AMM), la lorcasérine ne semble pas activer ces récepteurs.

Le fonctionnement des valves cardiaques a été évalué par échocardiographie chez près de 8000 patients du programme de développement de la lorcasérine. Aucune différence statistiquement significative n'a été observée en termes de valvulopathies entre les patients traités par la lorcasérine et par placebo. Cependant, des données préliminaires suggèrent que le nombre de récepteurs 2B de la sérotonine serait augmenté chez les patients souffrant d'insuffisance cardiaque congestive et la lorcasérine doit être utilisée avec prudence chez ces patients. Le profil de sécurité de la lorcasérine n'a pas été étudié chez les patients atteints de valvulopathies sévères.

Six études post-marketiques ont été demandées au laboratoire dont une sur les effets cardiovasculaires à long terme du Belviq® (IDM, AVC…).

« L'obtention de l'AMM de ce médicament, utilisé de façon responsable en association avec une bonne hygiène de vie, offre une option thérapeutique aux Américains obèses ou en surpoids avec au moins une comorbidité liée au poids », s'est enthousiasmé le Dr Janet Woodcock (FDA).

Les patients américains obèses ou en surpoids pourraient aussi bientôt bénéficier d'un autre traitement anti-obésité : l'association de la phentermine et du topiramate qui porte le nom de Qnexa® (des laboratoires Vivus). La FDA devrait se prononcer sur l'autorisation de cet autre anorexigène mi-juillet [5].

De son côté, l'Europe étudie également, les dossiers d'autorisation de mise sur le marché de ces deux molécules.

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