Beaucoup trop d'angiographies pour douleurs thoraciques selon EVINCI

Vincent Bargoin

27 juin 2012

Madrid, Espagne - Selon les résultats préliminaires de l'étude EVINCI (EValuation of INtegrated Cardiac Imaging), la prévalence des lésions véritablement obstructives chez les coronariens stables serait beaucoup plus faible que ce que l'on imaginait jusqu'à présent. Conséquence : une évaluation des patients par les techniques d'imagerie non invasive serait largement préférable à la coronarographie, qui fait encore figure de gold standard.

Conçue par le groupe de travail sur la cardiologie nucléaire et le scanner cardiaque de l'European Society of Cardiology, EVINCI, lancée il y a 3 ans, a été définitivement clôturée le 15 juin dernier. Les résultats préliminaires ont été présentés le 26 juin, lors de la dernière réunion des investigateurs, à l'hôpital universitaire Ramón y Cajal, de Madrid [1].

Evaluation des approches non invasives

L'objectif était d'évaluer les approches non invasives, essentiellement l'imagerie, dans le diagnostic de patients présentant les symptômes d'une angine de poitrine. Selon les registres, en effet, une obstruction coronaire significative n'est retrouvée que chez moins de 40% des patients adressés à la coronarographie.

Au total, 695 patients (38% des patientes), âgés de 30 à 75 ans, ont été recrutés dans 17 centres européens. Ces patients se plaignaient de douleurs à la poitrine suggestives, et la probabilité d'une coronaropathie, évaluée d'après la clinique et l'ECG d'effort, était de 60% en moyenne.

Ces patients ont d'abord subi une batterie d'examens non invasifs destinés à visée anatomique et fonctionnelle - CT-scan, SPECT, PET, IRM, échocardiographie de stress - puis la classique angiographie.

On note que ces examens ont été effectués dans le cadre d'une procédure intégrée.

« Conformément aux recommandations, de multiples techniques diagnostiques peuvent être choisies pour diagnostiquer une coronaropathie », a indiqué le Dr Danilo Néglia (Pise), coordinateur de l'étude. « Nous connaissons les forces et les limites de chacune de ces techniques, mais nous ne connaissons pas l'approche la meilleure en terme de rapport coût/efficacité pour poser un diagnostic chez un patient en particulier, et définir un traitement adapté. »

Les trois quarts des angiographies sont négatives

En l'état actuel des analyses, le principal résultat est que 25% seulement des patients engagés dans un diagnostic de coronaropathie, présentaient effectivement une sténose justifiant une revascularisation.

Aurait-on pu éviter aux 75% restant une coronarographie risquée et coûteuse ? Par quel algorithme d'examens ? Et pour quel coût ?

Ces questions, à laquelle l'étude avait bien pour projet de répondre, restent pour le moment en suspens. Mais les analyses complètes sont annoncées d'ici quelques semaines - c'est-à-dire pour le prochain congrès de l'ESC 2012, peut-on supposer.

Une base de données de cas cliniques

EVINCI a permis de développer une base de données, compilant des cas cliniques de patients inclus dans l'étude, et permettant aux cardiologues de s'entrainer au diagnostic des cardiopathies ischémiques. Baptisée eduCAD, cet outil propose une description clinique initiale et un ECG d'effort. Il demande à l'utilisateur de choisir les moyens d'imagerie les plus appropriés, pour aboutir à un diagnostic et à une proposition de traitement. Ces conclusions sont ensuite comparées aux recommandations d'une commission d'experts européens.

Au 26 juin 2012, cette base de données ne comportait toutefois que trois cas cliniques. Il faut donc souhaiter qu'elle s'enrichisse…


L'étude EVINCI a été financée par la Commission Européenne, dans le cadre du 7ème programme-cadre européen pour la recherche et le développement technologique.

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