Nouvelles preuves d'un sur-risque de cancer de la vessie avec la pioglitazone

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

15 juin 2012

Deux nouvelles études montrent une association entre glitazones et cancer de la vessie

Deux nouvelles études de cohorte, l'une présentée à l'ASCO 2012 et l'autre publiée dans le BMJ, suggèrent que la pioglitazone augmente le risque de cancer de la vessie.
15 juin 2012

Chicago, Etats-Unis-Une étude britannique présentée au congrès annuel de l'American Society of Oncology (ASCO 2012) apporte de nouvelles preuves de l'association entre les antidiabétiques glitazones et un risque accru de cancers de la vessie. En parallèle, une étude canadienne publiée, il y a quelques jours, dans le British Medical Journal (BMJ) confirme ce sur-risque pour la pioglitazone (Actos® et Competact®, association avec la metformine, Takeda) [1,2,3]

« Il commence à y avoir un faisceau d'arguments en faveur de l'augmentation des cas de cancer de vessie sous pioglitazone et peut-être sous rosiglitazone. La France avait été pionnière pour la suspension du produit, sûrement de manière un peu hâtive dans les remous de l'affaire Médiator®, mais le recul tendrait à lui donner raison », a commenté le Pr Alexandre Fredenrich (diabétologue-endocrinologue, à l'hôpital Pasteur, Nice) pour Medscape.fr.

La France et l'Allemagne considèrent que le rapport bénéfice/risque de la pioglitazone est défavorable depuis l'année dernière, Le produit est déremboursé en France depuis le 1er décembre 2011, et reste non commercialisé.

Pour sa part, l'Agence européenne du médicament (EMA) a réaffirmé que le rapport bénéfice/risque du produit était positif même si elle a confirmé le risque faible de cancer de la vessie sous pioglitazone. L'agence américaine du médicament (FDA) a modifié l'information relative à la pioglitazone dans le même sens. Ces nouvelles données pourraient, toutefois, amener les deux agences à revoir leurs positions.

Les décisions de la France et de l'Allemagne concernant la pioglitazone s'appuient notamment sur les résultats de l'étude PROActive qui a montré un doublement du risque d'insuffisance cardiaque avec l'antidiabétique [4]] et sur ceux d'une étude menée par la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) en France [5] qui a montré une augmentation du risque du cancer de la vessie.

L'autre représentant de la classe des glitazones, la rosiglitazone (Avandia®, Avandamet®, GlaxoSmithKline) a été retiré du marché européen en septembre 2010 en raison d'un rapport bénéfice/risque défavorable du fait d'une majoration des événements cardiovasculaires, IDM et AVC principalement.

L'étude de la CNAMTS

L'étude de la CNAMTS a porté sur 155 535 diabétiques traités par pioglitazone entre 2006 et 2009. Elle a mis en évidence une augmentation faible du risque de cancer de la vessie chez les patients traités par pioglitazone, de l'ordre de 22 % (IC : 1,05 à 1,43) ainsi qu'un lien avec la durée du traitement. Ces résultats étant cohérents avec ceux de la cohorte américaine Kaiser Permanente Northern California, la commission d'AMM a estimé que le rapport bénéfice/risque de la pioglitazone était défavorable.


83% d'augmentation des cancers de la vessie avec la pioglitazone

L'étude publiée dans le BMJ est une analyse de type cas-témoins, menée par une équipe canadienne à partir de la base de données des médecins généralistes britanniques (General Practice Research Database - GPRD). Elle a porté sur 115 727 patients diabétiques de type 2 ayant débuté un traitement par hypoglycémiant oral et montre, pour les patients traités par pioglitazone, une augmentation significative du risque de cancer de la vessie de 83 % [IC 95% 1,10-3,05]. Le risque double chez les patients exposés au moins 2 ans et est multiplié par 2,5 chez les patients ayant reçu une dose cumulée supérieure à 28 000 mg. Les auteurs notent que, même si l'augmentation du risque est statistiquement significative, le nombre absolu de cas de cancers supplémentaires est faible.

Un risque multiplié par 2,5 après 5 ans d'exposition

L'étude présentée au congrès annuel de l'ASCO 2012 a été réalisée à partir d'une autre base de données du Royaume-Uni (The Health Improvement Network - THIN). Elle a comparé l'incidence de cancer de la vessie entre les patients traités par glitazones (pioglitazone ou rosiglitazone) et ceux traités par un sulfamide hypoglycémiant chez 60 000 patients ayant un diabète de type 2. Résultat : le risque de cancer de la vessie augmente avec la durée du traitement dans la cohorte glitazones. Il est multiplié par 2,53 (IC : 1,12 - 5,77) après 5 ans d'exposition. La comparaison directe entre pioglitazone et rosiglitazone n'a pas montré de différence significative et les auteurs suggèrent un possible effet de classe.

« Sur le fond, je persiste à penser que l'activation des PPAR gamma a des effets puissants et ubiquitaires, dont nous sommes loin de maîtriser tous les aspects, ce qui explique, à mon sens, le nombre, important maintenant, d'effets secondaires de cette classe », a souligné le Pr Fredenrich.

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