Mortalité de toute cause réduite chez les buveurs de café

Steven Fox

Auteurs et déclarations

22 mai 2012

Mortalité de toute cause réduite dans l'étude AARP Diet and Study

Une gigantesque étude prospective, publiée dans le NEJM, montre qu'après ajustement, principalement sur le tabagisme, la consommation de café est associée à une réduction de la mortalité de toute cause.
22 mai 2012

Rockville, Maryland — Le café est-il bon ou mauvais pour la santé est une question qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. Une nouvelle étude publiée dans le New England Journal of Medicine semble apporter des arguments en faveur des bienfaits la boisson caféinée, montrant que sa consommation est inversement corrélée à la mortalité (spécifique et de toute cause). [1].

L'étude montre, en effet, que les hommes consommant 2 à 3 tasses de café/j ont eu un risque de mortalité réduit de 10% sur les 13 années qu'a duré l'étude, comparé aux hommes qui n'en buvaient pas. Les femmes, elles, ont vu leur risque diminuer de 13%.

« Beaucoup d'attention s'est portée sur le fait que le café puisse augmenter le risque de maladies cardiovasculaires, surtout depuis que sa consommation a été associée avec une augmentation des taux de LDL cholestérol et des élévations à court terme de la pression artérielle » indiquent le chercheur Neal Freedman du service d'épidémiologie et de génétique du cancer (National Cancer Institute, Rockville, Maryland) et ses collègues.

Néanmoins les études antérieures montrent que cette conclusion n'est pas constante. Pour les auteurs de l'étude, cela pourrait s'expliquer par le design des essais (cas-contrôle versus études prospectives) ou par le fait que les variables confondantes, comme le tabac, n'ont pas été totalement contrôlées.

En plus de ces limitations potentielles, les auteurs notent, que le taux de mortalité étudié dans les études précédentes est relativement faible.

Une vaste étude portant sur plus de 200 000 hommes et 173 141 femmes

Afin de répondre sur ces 2 points, les chercheurs se sont intéressés à l'association entre consommation de café et mortalité spécifique et toute cause chez 229 119 hommes et 173 141 femmes qui ont rempli les questionnaires de la très vaste étude AARP Diet and Study du National Institutes of Health.

Au moment de rejoindre l'étude, les participants se sont vus remettre des questionnaires qui, parmi d'autres choses, leur demandaient, quelle était leur consommation de café. Les participants avaient entre 50 et 71 ans à l'entrée dans l'étude, ceux qui présentaient un cancer ou avaient des antécédents d'AVC ont été exclus.

Pendant les 13 années de l'étude (1995-2008), 33 731 hommes et 18 784 femmes sont décédés. En utilisant des modèles statistiques ajustés uniquement sur l'âge, les investigateurs ont d'abord trouvé que le risque de décès était plus élevé chez les buveurs de café comparativement aux non buveurs. Néanmoins, après ajustement sur le statut tabagique (les buveurs du café étant plus susceptibles de fumer), ainsi que sur d'autres variables confondantes, c'est le résultat inverse qui est apparu, à savoir un effet « protecteur » du café.

Une relation dose-dépendante

« Dans cette vaste étude de cohorte prospective américaine, nous avons pu observer une association dose-dépendante inversée entre la consommation de café et la mortalité totale, après ajustements des autres variables et notamment du tabac » écrivent les auteurs.

Plus précisément, les auteurs ont trouvé que les hommes qui consommaient 6 tasses de café et plus quotidiennement avaient 10% de risque en moins de décéder pendant la période de l'étude que les hommes qui n'en consomment pas. Chez les femmes, la réduction du risque était encore plus grande, évaluée à 15%.

Risques relatifs de mortalité chez les hommes buveurs de café comparativement aux non-buveurs :


  • Moins d'une tasse de café quotidienne : 0,99 (IC 95%, 0,95 - 1, 04)

  • 1 tasse par jour : 0,94 (IC 95%, 0,90 - 0, 99)

  • 2 à 3 tasses par jour : 0,90 (IC 95%, 0,86 - 0, 93)

  • 4 à 5 tasses par jour : 0,88 (IC 95%, 0,84 - 0, 93)

  • 6 et plus par jour : 0,90 (IC 95%, 0,85 - 0, 96)

Risques relatifs correspondant pour les femmes


  • Moins d'une tasse de café quotidienne : 0,99 (IC 95%, 0,96 - 1, 07)

  • 1 tasse par jour : 0,95 (IC 95%, 0,90 - 1, 01)

  • 2 à 3 tasses par jour : 0,87 (IC 95%, 0,83 - 0, 92)

  • 4 à 5 tasses par jour : 0,84 (IC 95%, 0,79 - 0, 90)

  • 6 et plus par jour : 0,85 (IC 95%, 0,78 - 0, 93)

En ce qui concerne la mortalité par cause spécifique, les chercheurs ont indiqué avoir observé une association inverse pour : les décès de cause cardiaque, faisant suite à un AVC, à des maladies respiratoires, des infections et à des accidents.

Pas de lien entre café et décès par cancer

« En revanche, aucune corrélation significative n'a été retrouvé entre consommation de café et mortalité par cancer chez les femmes » ont noté les chercheurs, et la significativité était limite chez les hommes. Sur les 13 402 décès dus au cancer, 880 morts se sont produits chez les hommes qui consommaient au moins 6 tasses de café quotidiennement (RR : 1,08, IC : 0,98 - 1,19 ; P = 0,02 comme tendance).

Les taux de mortalité étaient similaires entre les différents sous-groupes. Cela incluait les personnes qui n'avaient jamais fumé de même que celles qui se décrivaient à l'inclusion comme étant en bonne ou très bonne forme.

Les limites de ces résultats

Les auteurs du NEJM insistent néanmoins sur les limites de l'étude. L'une d'entre elles est que la consommation de café n'a été rapportée qu'à un seul moment (à l'entrée dans l'étude), donc il est possible que cette consommation ait évolué avec le temps. De plus, les chercheurs mentionnent qu'ils manquaient d'information sur la façon dont les participants préparaient leur café, et que les bénéfices ou les méfaits du café peuvent différer selon le mode de préparation de la boisson.

Pour autant, notent-ils, cette étude est plus vaste que les précédentes, et le nombre de décès (> 52000) est plus que doublé par rapport aux études précédentes.

« Nos résultats contrebalancent et réassurent quant aux inquiétudes sur les méfaits potentiels du café sur la santé » concluent-ils.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 16 mai 2012; adapté par Stéphanie Lavaud.

L'étude a été financée par le programme de recherche intramuros du National Institutes of Health, National Cancer Institute, Division of Cancer Epidemiology and Genetics. Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêts.

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