SEP : la France s'aligne sur l'Europe pour le traitement par Gilenya 

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

4 mai 2012

La France s'aligne sur l'Europe pour la surveillance cardiovasculaire du Gilenya

A son tour, l'Afssaps, nouvellement ANSM, précise la surveillance cardiovasculaire à mener lors de l'instauration du traitement par Gilenya (fingolimod) chez les patients souffrant de SEP.
xx mai 2012

Saint-Denis, France - Les recommandations de l'Afssaps, concernant le fingolimod (Gilenya®, Novartis), le premier immunosuppresseur oral indiqué dans le traitement de la sclérose en plaques (SEP) rémittente-récurrente, s'alignent sur celles de l'Europe [1].

L'Agence Européenne des Médicaments (EMA) et la Food & Drug Administration (FDA) ont initié la réévaluation du fingolimod après la notification d'événements cardiovasculaires chez des patients traités par Gilenya®, et en particulier du décès d'une patiente aux Etats-Unis, en décembre 2011, dans les 24 heures suivant la première administration.

Le 19 avril, le Comité pour l'utilisation de médicaments chez l'homme (Committee for Medicinal Products for Human Use, CHMP) de l'EMA a finalisé son évaluation du rapport bénéfice-risque du fingolimod et a émis des recommandations visant à limiter ces risques cardiovasculaires [2].

La principale différence entre les recommandations européennes et françaises était que l'agence française appelait, depuis janvier 2012, à un renforcement de la surveillance cardiovasculaire de tous les patients durant les 24 heures suivant la première prise de fingolimod [3] alors que l'EMA recommande une surveillance pendant 6 heures.

Une surveillance de 6 heures pour tous les patients

Dans une lettre aux professionnels de santé, l'Afssaps indique que chez tous les patients traités, la surveillance doit désormais inclure :

  • Un ECG 12 dérivations et une mesure de la pression artérielle avant l'administration de la première dose et 6 heures après ;

  • Une mesure de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque toutes les heures pendant les 6 heures suivant l'administration de la première dose.

Pendant les 6 premières heures de traitement, une surveillance électrocardiographique continue en temps réel est recommandée.

« Si la fréquence cardiaque du patient à la fin de la période d'observation de 6 heures suivant l'administration de la première dose est à sa valeur la plus basse, la période de surveillance doit être prolongée d'au moins 2 heures, et ce, jusqu'à l'augmentation de la fréquence cardiaque », précise l'Afssaps.

Quels critères de prolongation de la période de surveillance ?

Le texte stipule que « chez les patients ayant présenté des troubles cardiaques cliniquement importants au cours des 6 premières heures, la période d'observation doit être prolongée, au moins jusqu'au lendemain et jusqu'à complète résolution. »

Les critères recommandés pour décider d'une prolongation de la période de surveillance sont les suivants :

  • Apparition à tout moment au cours de la période de surveillance suivant l'administration de la première dose d'un bloc auriculo-ventriculaire du troisième degré.

  • Persistance à la fin de la période de surveillance suivant l'administration de la première dose :

- d'une fréquence cardiaque inférieure à 45 battements par minute,

- d'un intervalle QTc = 500 ms,

- d'un bloc auriculo-ventriculaire du second degré de type Mobitz I (Wenckebach) d'apparition récente ou d'un bloc auriculo]ventriculaire de degré supérieur.

Gilenya® déconseillé chez les patients à risque

Parallèlement, les recommandations préconisent de déconseiller le fingolimod chez les patients présentant :

  • un bloc auriculo-ventriculaire du second degré de type Mobitz II ou de degré supérieur, une maladie du sinus ou un bloc sino-auriculaire ;

  • un allongement significatif de l'intervalle QT (QTc > 470 ms chez la femme ou > 450 ms chez l'homme) ;

  • des antécédents de bradycardie symptomatique ou de syncopes à répétition, une cardiopathie ischémique connue, une maladie cérébrovasculaire, des antécédents d'infarctus du myocarde, une insuffisance cardiaque congestive, des antécédents d'arrêt cardiaque, une hypertension artérielle non contrôlée ou une apnée du sommeil sévère.

Mais aussi chez les patients recevant les médicaments antiarythmiques ou bradycardisants suivants :

  • antiarythmiques de classe Ia (par exemple quinidine, disopyramide) ou de classe III (par exemple amiodarone, sotalol) ;

  • bêta-bloquants ;

  • inhibiteurs calciques bradycardisants (par exemple vérapamil, diltiazem ou ivabradine) ;

  • autres médicaments susceptibles de diminuer la fréquence cardiaque (par exemple : digoxine, anticholinestérasiques ou pilocarpine).

« Chez ces patients, le traitement par Gilenya® ne doit être envisagé que si les bénéfices attendus sont supérieurs aux risques potentiels. De plus, il convient de demander l'avis d'un cardiologue avant l'instauration du traitement par Gilenya® afin d'évaluer la possibilité d'une alternative par un traitement non bradycardisant. En cas d'initiation d'un traitement par Gilenya® chez ces patients, une surveillance prolongée, au moins jusqu'au lendemain, doit être instaurée », indique l'agence.

Le risque de bradycardie associé au traitement par Gilenya®, en particulier dans les heures suivant la première administration, a été identifié dès les essais cliniques qui ont conduit à l'autorisation de mise sur le marché. Il est probablement secondaire à une action directe sur la cellule musculaire de l'oreillette.

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