Plus fréquent et plus pathogène que l'on pensait : le virus de l'hépatite E

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

17 avril 2012

Les leçons de l'épidémie d'hépatite E dans la région Midi Pyrénées et le sud de la Grande-Bretagne

Tour d'horizon sur le tableau clinique, la présentation biologique, les traitements et les vaccins contre l'hépatite E
17 avril 2012

Londres, Grande-Bretagne — « En Europe, longtemps, le virus de l'hépatite E a été considéré comme l'apanage des jeunes adultes qui se rendaient en Asie ou en Afrique. Comparé à l'hépatite A pour sa transmission oro-fécale, il a comme particularité de donner des formes graves chez la femme enceinte (25 % de mortalité).

Mais aujourd'hui, sa prévalence est relativement élevée dans certaines régions, en particulier :

-en Midi Pyrénées : chez les plus jeunes donneurs de sang la prévalence est de 16 %, elle passe à 52 % chez les plus de 60 ans. La prévalence des cas aigus (prévalence des IgM dans le don de sang) est de 3,2 % chaque année,

-dans le sud de l'Angleterre : séroprévalence de 0,1 % chez les 20-30 ans et de 0,6 % pour les plus de 60 ans et 0,2 % de nouveaux cas par an dans le pays soit 130 000 infections.

« Ce virus est devenu l'une des causes majeures d'insuffisance hépatocellulaire aiguë en particulier chez des patients fragiles » explique le Dr Harry Dalton (Truro, Grande-Bretagne) à l'occasion d'une session sur l'hépatite E du congrès de l'ECCMID (European Congress of Clinical Microbiology and Infectious Diseases). [1][3]

Génotype 3 dominant chez l'homme en Europe

Ce virus à ARN a été découvert dans les années 1980 et on lui connaît 4 génotypes :1 et 2 qui ne concernent que les humains, 3 surtout, et 4, à un moindre degré, qui peuvent atteindre l'homme et être présents de façon asymptomatique chez l'animal.

Eu Europe, c'est le génotype 3 qui est le plus répandu. Il atteint surtout les hommes (3 hommes pour une femme), d'âge moyen 63,5 ans (de 35 à 92 ans). Cliniquement, les patients présentent dans 64 à 70 % des cas une jaunisse, et dans 30 à 40 % des cas, une anorexie, une léthargie, et des douleurs abdominales.

Les vomissements, la fièvre, les myalgies et le prurit ne concernent que 15 % des patients et les signes les plus rares sont la perte de poids, les céphalées, les arthralgies et des signes neurologiques.

Le bilan biologique retrouve généralement une cytolyse avec cholestase modérée. Si la plupart des patients guérit généralement sans séquelles dans les 4 à 6 semaines, 5 % des malades meurent en général d'une décompensation aiguë d'une insuffisance hépatocellulaire préalable ou d'une cirrhose.

Facteurs de risque, complications

Les facteurs de risque de décès sont l'âge, le sexe masculin, une consommation d'alcool de plus de 22 unités par semaine, une greffe d'organe, une maladie hématologique, une infection par le VIH et - cela reste à confirmer - le diabète. « Dans les pays développés, 13 000 décès pourraient être attribués chaque année au VHE », explique le Dr Jacques Izopert (Toulouse). [2][3]

Des complications extra-hépatiques ont aussi été rapportées : thrombocytopénie, pancréatite aiguë, néphropathie à VEH, glomérulonéphrite, complications neurologiques.

Mais les formes asymptomatiques sont aussi très fréquentes et en se fondant sur une épidémie survenue en milieu clos (un bateau de croisière en 2008), il est raisonnable de penser que près de 50 % des cas surviennent sans symptômes. D'autres formes sont prises à tort pour des hépatites médicamenteuses ou alcooliques et des études rétrospectives en Grande Bretagne ont montré que 13 % de ces diagnostics étaient en fait liés à une infection par un VHE. Il semblerait aussi que certaines maladies neurologiques (polyradiculopathies, Guillain-Barré, encéphalites) pourraient être en rapport avec le VHE.

Diagnostic, traitement, vaccination

Le diagnostic se fait par le dosage des IgM puis des IgG anti VEH et actuellement près d'une dizaine de tests sont sur le marché (tests antigéniques ou moléculaires). Des vaccins sont en cours d'étude clinique avec d'assez bons résultats préliminaires (95 % pour le vaccin candidat GSK en phase II, et 100 % pour le vaccin chinois en phase III). Le traitement proposé actuellement peut être soit l'interféron alpha pégylé soit la ribavirine, les deux permettent de faire totalement disparaître le VHE du corps.

Pourquoi certaines régions sont-elles plus atteintes que d'autres ? Il semblerait qu'il faille chercher la solution dans le contact avec les animaux (domestiques, d'élevage et sauvages) puisque le VHE sérotype 3 est une zoonose. Mais on trouve aussi du VEH dans l'environnement et ce sont ces virus qui pourraient contaminer la chaîne alimentaire. Pour le Dr Dalton, « un lien statistique entre la consommation d'alcool, de porc et les décès d'origine hépatique a été décrit depuis 1965. Le VHE pourrait être l'un des vecteurs en cause dans cette triade ».

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