Diabète et obésité de la mère augmentent le risque d'avoir un enfant autiste

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

12 avril 2012

Un lien entre autisme, diabète et obésité maternelle selon une étude cas-témoin

Une étude américaine montre pour la première fois une association étroite entre le statut métabolique maternel et le risque de donner naissance à un enfant autiste ou présentant un retard de développement.
12 avril 2012

Davis, Etats-Unis - Les chercheurs de l'Institut UC Davis MIND (Medical Investigation of Neurodevelopmental Disorders), financés par les National Institutes of Health (NIH), viennent d'établir des liens étroits entre le diabète et l'obésité maternelle et le risque d'avoir un enfant atteint d'autisme ou d'un autre trouble neurologique. Ces résultats publiés dans la revue Pediatrics révèlent ainsi que les mères atteintes d'obésité ont un risque multiplié au moins par 2 d'avoir un enfant atteint de troubles autistiques. [1]

60 % des femmes américaines en âge de procréer en surpoids

« Aux Etats-Unis, près de 60 % des femmes en âge de procréer (c'est-à-dire dans la tranche 20-39 ans) sont en surpoids, un tiers d'entre elles sont obèses, et 16% présentent un syndrome métabolique. De plus, des études récentes montrent que 1,1% des grossesses se compliquent d'hypertension chronique et, qu'en Californie, 1,3 % des femmes enceintes ont un diabète de type 2 et 7,4 % autres présentent un diabète gestationnel » observent les auteurs de l'étude en introduction.

C'est donc dans ce contexte de prévalence élevé de désordres métaboliques maternelles - associés à des retards de développement dans certaines études _ que les chercheurs californiens se sont intéressés à l'existence de troubles neurologiques potentiels chez les enfants nés de mères obèses.

L'essai a inclus 1004 enfants âgés de 2 à 5 ans (517 présentant des troubles autistiques, 172 un retard de développement et 315 ont servi de contrôles) issus de l'étude de population, versus cas-témoins, intitulée CHARGE (Childhood Autism Risks from Genetics and the Environment). L'essai a porté sur la période s'étalant entre janvier 2003 et juin 2010 et s'est déroulée en Californie.

Les chercheurs ont réuni les données sur les conditions métaboliques des mères, ayant un diabète de type 2 ou un diabète gestationnel. Par ailleurs, les diagnostics de troubles autistiques des enfants ont été confirmés par les échelles ADIR et OAD (Autism Diagnostic Interview-Revised et Autism Diagnostic Observation Schedules).  

20% de mères d'enfants avec des troubles neurologiques étaient obèses vs 14,3% dans le groupe contrôle

Au final, les résultats montrent que la proportion de mères présentant un diabète de type 2 et/ou un diabète gestationnel était de 9,3% dans le groupe des troubles autistiques (TA) et de 11,6% dans le groupe retard de développement (RD) versus 6,4% dans le groupe contrôle. Après ajustement des co-variables, les mères souffrant de diabète avaient 2,3 fois plus de risque d'avoir un enfant avec un RD, en revanche, le lien avec les TA n'ont pas atteint la significativité.

Pour ce qui est de l'hypertension, sa prévalence a été retrouvée basse dans les 3 groupes, mais elle était toutefois plus fréquente chez les mères avec des enfants présentant des troubles neurologiques (3,7 % pour les TA, 3,5% pour le RD versus 1,3 % dans le groupe contrôle). Mais après ajustement sur les co-variables, cette association entre hypertension maternelle et troubles neurologiques ne ressortait pas d'un point de vue statistique. Il est, en revanche, apparu clairement que le risque d'avoir un enfant atteint de troubles neurologiques (TA ou RD) est significativement augmenté parmi les femmes obèses puisque 20% de mères avec des enfants présentant de tels troubles étaient obèses contre 14,3% dans le groupe contrôle.

De même, la prévalence de troubles métaboliques était plus élevée dans le groupe TA (28,6%) et dans le groupe RD (34,9%) comparés au groupe contrôle (19,4%), avec des risques relatifs ajustés de 1,61 (95% CI:1,10-2,37) and 2,35 (95% CI: 1,43-3,88).

Enfin, les enfants non autistes nés de mères diabétiques présentent des déficits plus importants dans la compréhension du langage et la communication que les enfants atteints d'autisme nés de mères en bonne santé.

En résumé, les auteurs observent que l'hypertension et l'obésité sont plus souvent retrouvées chez les mères d'enfants présentant des troubles neurologiques, de type autistique ou retard de développement, par rapport au groupe contrôle. De plus, le diabète en particulier, est associé à des déficits plus importants dans la communication verbale chez les enfants présentant des troubles autistiques.

Parmi les enfants sans troubles autistiques, les troubles métaboliques maternels ont tout de même été associés à des anomalies en termes de langage et compréhension, de motricité, de communication et de socialisation. « Ces résultats reliant le diabète à des anomalies de développement cognitif et de langage ont été retrouvés dans certaines études, mais pas dans toutes » relèvent les auteurs.

La piste de l'inflammation induite par les troubles métaboliques

Dans la discussion de l'étude, les chercheurs notent que le manque de confiance quant aux données médicales rapportées par les participantes elles-mêmes constitue une limite de l'étude mais ils mentionnent que, pour les 56% de femmes pour lesquelles le dossier médical était disponible, les 2 sources de données se sont révélées concordantes. En dépit de cette limitation, les auteurs affirment « être confiants dans leurs résultats. »

Parmi les explications possibles à l'augmentation du risque de troubles neurologiques les chercheurs avancent l'hypothèse que le défaut de régulation du glucose accompagnant les grossesses des femmes diabétiques, voire prédiabétiques, affecte le développement fœtal.

« Une exposition fœtale prolongée à des taux de glucose élevés résulte en une hyperinsulinémie chronique du fœtus le conduisant à augmenter sa consommation d'oxygène et son métabolisme, induisant, de fait, une hypoxie chronique des tissus intra-utérins. Pourrait s'y ajouter un déficit fœtal en fer, l'un et l'autre étant susceptible d'altérer le développement neuronal, en particulier les processus de myélinisation, de connectivité neuronale et induire des aberrations au niveau des neurones de l'hippocampe ».

Les auteurs évoquent aussi le possible passage placentaire d'interleukine 6 d'origine maternelle, potentiellement délétère sur le développement cérébral normal, comme l'ont montré des études sur des modèles animaux. Sachant que des taux augmentés de cette interleukine et d'autres cytokines pro inflammatoires sont favorisées par des troubles métaboliques de type diabète et obésité.

Le Dr Hansen a reçu une subvention de Autism Speaks, une organisation qui soutient notamment la recherche scientifique sur l'autisme, les autres chercheurs n'ont pas rapporté de lien d'intérêt en rapport avec ce travail. L'étude a bénéficié d'un soutien financier des National Institutes of Health (P01 ES11269 and R01 ES015359) et de l'Agence américaine de protection environnementale au travers de la science ( the US Environmental Protection Agency through the Science).

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