L'Assurance maladie remet en cause le dosage du PSA chez les plus de 75 ans

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

10 avril 2012

CPAM, intérêt du dosage PSA chez les plus de 75 ans

L'assurance maladie, dans une étude récente, s'interroge sur la pertinence du dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA chez les plus de 75 ans.
10 avril 2012

Paris, France — Après la Haute Autorité de Santé ( HAS ) qui, dans un récent rapport, réfute la pertinence du dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA (prostate-specific antigen), c'est au tour de l'Assurance maladie d'émettre des doutes sur ce même dépistage pour un cancer qui reste, tout de même, le plus fréquent chez l'homme (71500 nouveaux cas diagnostiqués en 2010).

En effet, lors d'une conférence de presse organisée le 5 avril dernier, l'Assurance maladie s'est intéressée, à l'instar de la HAS, au dépistage par PSA et a présentée une étude visant « à évaluer les pratiques en matière de dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA, parmi les hommes de plus de 40 ans, et notamment de plus de 75 ans. » [1]

Mortalité stable

Première constatation : si l'incidence du cancer de la prostate a fortement augmenté ces dernières années, sa mortalité reste stable, soit 3% des décès masculins. Cette forte augmentation de l'incidence est donc principalement due à un dépistage plus fréquent : selon les données de l'Assurance maladie, plus des trois quarts des hommes de plus de 75 ans ont réalisé au moins un dosage de PSA entre 2008 et 2010.

La raison ? La mise à disposition au milieu des années 1980 du dosage PSA. Ainsi, 20 000 nouveaux cas étaient diagnostiqués au milieu des années 1990, et 71 500 en 2010. L'incidence du cancer de la prostate s'est néanmoins stabilisée au milieu des années 1990. Toujours est-il que la France affiche l'un des taux d'incidence les plus élevés parmi les pays occidentaux : 118/100 000 en France, contre 72/100 000  sur l'ensemble de l'Union européenne, et 84/100 000 aux Etats-Unis.

En revanche, si l'incidence est la plus élevée en France, le taux de mortalité hexagonale est comparable à celui de l'Union européenne _ respectivement 11/100 000 contre 12/100 000 _ et plus élevé que celui des Etats-Unis, soit 10/100 000.

Dépistage non recommandé chez les plus de 75 ans

Problème : les recommandations internationales préconisent de ne pas doser le PSA au titre du dépistage chez les hommes de plus de 75 ans. Or, en France, chaque année, 890 000 hommes de plus de 75 ans réalisent un dosage de PSA, soit 76% de cette classe d'âge. Ce taux - pour un dépistage qui n'est pas recommandé - est plus élevé que le taux de dépistage - recommandé, lui - du cancer du sein (61% en 2009/2010) et du cancer colorectal (31% pour les hommes, et 36% pour les femmes).

L'étude de l'Assurance maladie indique aussi que les pratiques en matière de dépistage varient énormément d'une région l'autre. Ainsi si le taux de dosage annuel PSA est de moins de 30% en Basse-Normandie, il dépasse les 50% en région Paca et en Aquitaine.

Ce dépistage trop important chez les plus de 75 ans est problématique, car il entraine un traitement, source d'une dégradation de la qualité de vie chez des patients, souvent non dénués de co-morbidités, puisque parmi les hommes ayant bénéficié d'un dépistage du PSA, 4 sur 10 était déjà atteints d'un cancer, 43% de la maladie de Parkinson, et 32% de la maladie d'Alzheimer. De plus « dans l'année suivant le dosage du PSA, 91 600 hommes ont eu une biopsie, examen qui n'est pas sans conséquence (risque d'hémorragie, d'infection ou de rétention urinaire) et 62 500 un traitement, suivi d'effets indésirables. »

Pertinence du traitement?

La pertinence du traitement du cancer de la prostate est mise en question par l'Assurance maladie, sachant que ce cancer est d'évolution lente : « présent chez de nombreuses personnes à partir d'un certain âge, il progresse très lentement et n'atteint pas le plus souvent un stade de développement provoquant des signes cliniques et, a fortiori, le décès ». Or, ce traitement, faut-il le rappeler, provoque chez un homme sur deux des problèmes d'incontinence, voire d'impuissance. D'où la question non dite que pose l'assurance maladie : faut-il continuer à dépister le cancer de la prostate par dosage du PSA  chez les plus de 75 ans, sachant que le traitement de ce cancer, pas toujours pertinent, entraînera dans la plupart des cas une dégradation de la qualité de vie ?

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