L'infarctus de la grossesse souvent plus grave et de cause atypique

Aude Lecrubier

28 mars 2012

Chicago, Etats-Unis -Les infarctus du myocarde (IDM) pendant la grossesse tendent à être plus sévères, sont sources de plus de complications et surviennent pour des raisons différentes de celles observées chez les femmes qui n'attendent pas d'enfant, selon une étude présentée au 61ème congrès de l'American College of Cardiology. Ces données suggèrent que la prise en charge classique des IDM n'est peut-être pas toujours la meilleure pour la femme enceinte [1].

« Cette étude est une nouvelle étape qui permet de mieux comprendre les causes des infarctus du myocarde pendant la grossesse et leur possible prise en charge », a indiqué l'auteur principal de l'étude, le Dr. Uri Elkayam, (University of Southern California, Los Angeles, Etats-Unis) en conférence de presse [2].

Les changements induits par la grossesse, et notamment le bouleversement hormonal et l'augmentation du débit sanguin, peuvent augmenter les risques d'IDM pendant la grossesse et jusqu'à 12 semaines après l'accouchement. Bien que la probabilité de faire un infarctus pendant la grossesse soit très faible, estimée à 1 sur 16 000 accouchements, le risque est toujours trois à quatre fois supérieur chez les femmes enceintes comparées aux femmes du même âge qui n'attendent pas d'enfant, selon le Dr Elkayam. Et, plus les femmes retardent leur première grossesse, plus l'incidence des IDM devrait augmenter.

Des infarctus plus graves

L'étude menée par le Dr Elkayam est l'extension de deux précédentes enquêtes de la même équipe. Elle a analysé 150 cas d'IDM survenus en cours de grossesse depuis 2005 afin de mieux comprendre ce qui les déclenche et comment ils sont traités.

L'analyse a montré que la plupart des femmes ne présentaient pas de facteurs de risque cardiovasculaire classiques (hypertension, diabète, cholestérol élevé) alors qu'elles avaient tendance à souffrir d'IDM plus sévères. Le taux de mortalité de ces femmes était de 7%, deux à trois fois plus que ce qui est attendu chez les femmes du même âge qui ne sont pas enceintes. En outre, chez la plupart de ces femmes, les IDM étaient induits par des mécanismes différents de ceux observés chez les femmes qui ne sont pas enceintes.

« En dépit des avancés dans la prise en charge des infarctus du myocarde, nous avons trouvé que les taux de complications sévères comme l'insuffisance cardiaque, le choc cardiogénique et la mortalité maternelle et foetale restent élevés chez les femmes enceintes comparées aux autres. Tous les efforts devraient donc être mis en place pour réaliser un diagnostic précoce et administrer le traitement le plus approprié de l'IDM aigu », a indiqué le Dr Elkayam.

La dissection coronaire au premier plan

Bien que l'athérosclérose soit la cause d'IDM la plus fréquente dans la population générale, elle n'est observée que chez un tiers des femmes enceintes. Chez ces dernières, la cause la plus fréquente d'IDM était la dissection coronaire, un phénomène très rare chez les femmes qui n'attendent pas un enfant. D'après les auteurs, les femmes enceintes ou en post-partum sont plus sujettes à la dissection coronaire en raison de la fragilité des parois de leurs artères coronaires. En outre, les chercheurs ont montré que la dissection coronaire pourrait être aggravée par l'utilisation de thérapies préconisées par les recommandations générales comme le traitement thrombolytique.

« Nous avons des recommandations claires pour traiter l'infarctus du myocarde dans la population générale. Ces recommandations, ne sont toutefois pas toujours applicables aux femmes enceintes victimes d'infarctus du myocarde, et pourraient causer plus de mal que de bien. Il est donc important d'identifier la cause de l'infarctus du myocarde de la femme enceinte avant de décider du traitement à mettre en place » a souligné le Dr Elkayam.

Selon le cardiologue, une angiographie coronaire est recommandée pour identifier le mécanisme sous-jacent et orienter le traitement chez les patientes à haut risque qui nécessitent une revascularisation en urgence.

En revanche, dans plusieurs cas, la dissection coronaire a été induite par l'angiographie ou l'angioplastie coronaire et a provoqué un décès, une angioplastie plus poussée, ou un pontage. Pour cette raison, le Dr Elkayam recommande que les femmes stables ou à faible risque soient traitées de façon classique.

Pour terminer sur une note positive, l'orateur a signalé que depuis la première enquête de l'équipe avant 2005, la mortalité maternelle a baissé de 16% à 7 % après 2005.

A l'avenir, le chercheur californien espère qu'un registre national sera mis en place pour mieux évaluer les infarctus du myocarde chez les femmes enceintes et établir les protocoles optimaux qui permettront d'améliorer les résultats.

Rappelons qu'en Europe, l'European Society of Cardiology a émis en septembre 2011 de nouvelles recommandations sur la prise en charge des cardiopathies chez les femmes enceintes qui précisent la conduite à tenir en cas d'infarctus du myocarde à la phase aiguë [3]. Ces recommandations ont été endossées par l'European Society of Gynecology, et l'Association for European Paediatric Cardiology.

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