Baclofène: des résultats encourageants à fortes doses avant un essai plus vaste

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

22 mars 2012

Baclofène, nouveaux résultats dans la dépendance à l'alcool

En attendant le lancement d'un grand essai, les résultats positifs d'une étude sur 132 patients relancent le débat sur l'intérêt du baclofène dans le traitement de l'alcoolisme.
22 mars 2012

Paris, France- La parution de l'étude des Drs Philippe Jaury (Paris Descartes) et de Renaud de Beaurepaire (Villejuif), dans la revue internationale Alcohol and Alcoholism, montre un taux d'abstinence ou de consommation d'alcool « à bas risque » chez 80 % des 132 patients inclus dans l'étude, 1 an après la prise de baclofène. Ces résultats militent en faveur de la mise en place d'essais de grande taille avec de fortes doses chez des buveurs « à haut risque », concluent les auteurs. Ils ont d'ailleurs entrainé une nouvelle vague médiatique de grande ampleur en faveur d'une reconnaissance de ce traitement controversé.

On se souvient que le cardiologue Olivier Ameisen est le premier à avoir lancé le débat autour de cette molécule, le baclofène, un relaxant musculaire indiqué depuis 1975 pour soigner les contractures musculaires involontaires. La première vague médiatique autour de ce traitement potentiel de l'alcoolisme a fait suite à la parution de son ouvrage à succès intitulé « Le dernier verre » (Ed. Denoël), dans lequel il racontait sa victoire sur l'alcoolisme grâce aux fortes doses de baclofène (jusqu'à 270 mg/jour) qu'il s'était auto-administrées. Depuis il milite pour la réalisation d'études contrôlées afin que l'utilisation de ce médicament dans le traitement de l'alcoolo-dépendance soit officiellement reconnu.

Qu'est-ce que le baclofène ?

Le baclofène, à l'origine commercialisé sous le nom de Liorésal® (Novartis), est un dérivé de l'acide gamma-aminobutyrique (GABA). Il appartient à la classe des myorelaxants. Le rationnel : le fait de stimuler les récepteurs GABA-B pourrait permettre de diminuer la libération de dopamine et donc le plaisir lié à la consommation d'alcool.

« Le baclofène ne rend pas abstinent, il rend indifférent à l'alcool, explique l'association AUBES, un réseau patients-médecins qui s'implique pour faire reconnaître le traitement. En d'autres termes, l'abstinent est toujours gouverné par la pensée de l'alcool, pour lutter contre. Il reste donc toujours dans un état pathologique. Alors que cette pensée « alcool » quitte le cerveau de l'indifférent, qui peut même parfois reboire un verre sans retomber dans l'addiction. Il n'est plus dans la pathologie, on peut donc parler de « guérison » ou de « rémission » sous traitement ».


Une étude préliminaire qui pose les bases d'un essai plus vaste

Les résultats de cette première étude avec le baclofène utilisé à fortes doses (129 + 71mg /jour) publié cette semaine dans la revue Alcohol Alcoholism sont pour le moins encourageants. Chez les 132 patients à "haut risque" (consommation moyenne d'alcool initiale = 182 + 92 g/jour) analysés dans l'étude, 80% (i.e. 58% des 181 patients inclus) étaient soit abstinents (n = 78) ou consommateurs de « bas risque » (n = 28) au 12ième mois de traitement. Des résultats prometteurs quand on connait les résistances et la controverse autour de ce traitement à fortes doses.

Tout l'intérêt de cette étude préliminaire est de poser les bases d'un essai plus vaste qui doit démarrer ce printemps sous l'égide de l'AP-HP, coordonné par le Dr Philippe Jaury. Il inclura 304 patients (la moitié sous baclofène, l'autre moitié sous placebo) ayant un problème avec l'alcool, recrutés dans des cabinets de ville.

« L'inclusion est prévue sur 6 mois, mais il en faudra probablement seulement 3, vu la demande » expliquait le Dr Jaury lors d'une présentation au Congrès international de Toxicomanie, Hépatite SIDA à Biarritz en octobre 2011. Le critère principal portera sur le nombre de patients abstinents à 1 an ou ayant une consommation normale (« médicalement correcte »), a défini l'orateur, « un nouveau paradigme » en matière de traitement de l'alcoolisme. Au vu des essais préliminaires, les doses moyennes devraient tourner aux environs de 120 à 130 mg/j.

Une large utilisation hors AMM

Lors de la Semaine Médicale de Lorraine, le Pr François Paille (médecin addictologue et alcoologue, Secrétaire général de la Fédération Française d'Addictologie (FFA), Président du Collège Professionnel des Acteurs de l'Addictologie Hospitalière (COPAAH), responsable de l'équipe de liaison en Alcoologie du CHU de Nancy) avait évoqué le baclofène lors de sa présentation des médicaments de la dépendance à l'alcool actuellement disponibles et en cours d'évaluation. Il avait rappelé que « l'Afssaps considère qu'il y a actuellement à peu près 20 000 prescriptions de baclofène en France ».

L'addictologue disait ne pas voir d'obstacle à utiliser le baclofène en cas d'échec des thérapeutiques validées, en 2ème ou 3ème intention hors AMM après une analyse soigneuse du rapport bénéfice/risque chez chaque patient, après une information soigneuse et écrite du patient, et après avoir inscrit la mention « non remboursable » sur l'ordonnance.

« L'inconvénient est qu'en contrepartie, nous n'avons pratiquement pas d'études qui permettent de valider le rapport bénéfice-risque de ce médicament, soulignait alors l'orateur dont le positionnement rejoignait celui de la Société Française d'Alcoologie : difficile en effet d'utiliser ce médicament en routine car la tolérance n'est pas parfaite. « Tant que nous sommes dans le cadre de cohortes très encadrées avec des patients très motivés, le risque est limité mais, le jour où le baclofène sera disponible à l'échelle de la population, j'ai peur d'observer une dérive des indications et des observances farfelues comme pour le Médiator®. Or, le risque d'effets indésirables est là » remarquait-il.

Les effets indésirables sont très fréquents à ces posologies très élevées (fatigue, somnolence, insomnie, nausées/vomissements, vertiges, altérations sensorielles, troubles sexuels, paresthésie, dépression, perte de poids). « Aucun, effet indésirable grave direct n'a été relevé, toutefois, des chutes ayant entraîné des décès ont été rapportées et il n'est pas impossible qu'elles aient été associées à la prise du médicament. L'effet le plus fréquent est un syndrome de sédation important aux posologies très élevées. Au-dessus de 150-200 mg, une activité classique comme la conduite automobile devient impossible », spécifiait alors l'addictologue.

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