La prophylaxie anti-VIH est efficace pour les couples sérodiscordants

Jim Kling

Auteurs et déclarations

20 mars 2012

Nouveau pas dans la prophylaxie pré-exposition au VIH : le traitement du partenaire sain

En cas de discordance sérologique pour le VIH, traiter le partenaire sain par antirétroviral diminue le risque d'infection
20 mars 2012

Seattle, Etats-Unis —Le risque de contamination est réduit pour les femmes et les hommes traités de façon prophylactique par ténofovir seul ou associé à de l'emtricitabine et dont le partenaire est séropositif pour le VIH selon une étude présentée par le Dr Jared Baeten (Seattle, Etats-Unis) au cours de la 19e conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI 2012).

Ce travail a été conduit sur 4 758 couples hétérosexuels vivant au Kenya ou en Ouganda. Les couples inclus ne comportaient qu'un seul partenaire dont l'infection par le VIH 1 avait été confirmée par sérologie. Dans 62 % des cas, c'était la femme qui était atteinte.

Dans cette étude, le partenaire séropositif n'était pas traité car il n'était inclus que si son taux de CD4 était supérieur à 350 (seuil retenu pour un éventuel traitement dans les recommandations nationales). Il s'agit d'une première étude de ce type, puisque jusqu'à présent, les patients infectés étaient traités dans les études de prévention pré-exposition.

Adhérence 97 %, diminution du risque 67 à 75 %

Le partenaire séronégatif a reçu soit du ténofovir, soit une association emtricitabine/ténofovir, soit, enfin, un placebo. Le traitement était prescrit en dose unique quotidienne pour une durée totale de 3 années au cours desquelles il bénéficiait d'un suivi clinique et virologique.

« L'adhérence au traitement estimée par l'examen des piluliers a été très bonne (97 % dans les deux groupes). Au cours de la période étudiée, 82 nouvelles infections par le VIH1 ont été détectées : 52 dans le groupe placebo, 17 dans le groupe ténofovir (67 % de réduction du risque, IC 44-81 %, p<0,001) et 17 dans le groupe emtricitabine/ténofovir (75 % de réduction du risque, IC 55-87 %, p<0,001). Le risque d'infection n'était pas corrélé à la charge virale du partenaire infecté», a analysé le Dr Baeten.

Peu de résistances induites

Cette baisse du risque a été observée dans les deux sexes et elle n'était pas statistiquement différente. Aucune différence n'a, non plus, été notée en terme d'effets indésirables dans les trois groupes.

Le nombre de cas de résistance était limité en fin d'étude : au total, seulement deux patients séropositifs en début d'étude ont développé des résistances (dont une mutation K65R et une M184V). Parmi les partenaires infectés au cours de l'étude, aucune mutation de ce type n'a été rapportée.

Le bras placebo a été suspendu en raison des résultats intermédiaires en juillet 2011.

Les auteurs soulignent que l'inclusion dans l'étude ne s'est pas accompagnée d'une majoration des comportements sexuels à risque et que les couples avaient tendance à utiliser de plus en plus fréquemment des préservatifs au fur et à mesure de l'étude.

Au cours de la CROI 2012, une autre étude sur ce thème et menée en Afrique du Sud a été présentée. Ses résultats diffèrent totalement de ceux présentés par le Dr Beaten, en raison principalement d'une mauvaise adhérence au traitement des personnes non-infectées. Il semblerait donc que cette dimension soit particulièrement importante dans l'obtention d'une efficacité, comme pour d'autres actions de prévention telle que le port du préservatif.

Bref, la prévention est possible, si on s'en donne les moyens. Reste que l'idée de soumettre des personnes saines à un traitement antirétroviral pose question en termes à la fois financier et d'implications sur la santé des individus.

Le Dr Baeten n'a pas déclaré de conflit d'intérêt.

Article publié originellement sur Medscape.com le 7 mars, traduit et adapté par Isabelle Catala.

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