La grossesse : un moment privilégié pour repérer les femmes à risque cardiovasculaire

Adélaïde Robert-Géraudel

Auteurs et déclarations

5 mars 2012

Complications de la grossesse et risque cardiovasculaire ultérieur

Le suivi pendant 18 ans des femmes de la cohorte ALSPAC montre que plusieurs complications chez la femme enceinte sont associées à l'apparition ultérieure de facteurs de risque cardiovasculaire.
5 mars 2012

Avon/Bristol, Royaume-Uni - Plusieurs complications au cours de la grossesse augmentent de manière indépendante les unes des autres le risque cardiovasculaire ultérieur, selon l'étude longitudinale britannique ALSPAC[1].

Une prééclampsie et un diabète pré-gestationnel sont ainsi respectivement associés à une hausse de 31% et de 56% du score de risque de Framingham à 10 ans.

Le Dr Abigail Fraser (université de Bristol, Royaume-Uni) et ses collègues, ont exploité les données de 1 663 femmes d'une vaste cohorte de parents et d'enfants résidents à Avon suivie de manière prospective depuis 1991-1992.

Parmi elles, 35,8% ont présenté au moins une complication au cours de la grossesse. Au cours du suivi, 1,3% ont développé une maladie cardiovasculaire.

Le risque de survenue d'un événement cardiovasculaire à 10 ans, évalué à partir du score médian de Framingham, était ainsi de 3%, ce qui est faible, mais normal, étant donné l'âge moyen de la cohorte concernée (48 ans).

Les chercheurs ont évalué le lien entre les complications survenues au cours de la grossesse avec différents facteurs de risque mesurés 18 ans plus tard.

Le risque lié au diabète gestationnel passe par le risque de diabète de type 2

Dans un modèle ajusté à différents facteurs confondants (cf. tableau), les femmes ayant présenté une glycosurie, un diabète gestationnel ou pré-gestationnel au cours de leur grossesse présentaient un sur-risque cardiovasculaire à 10 ans respectivement de 10%, 26% et 56%. Cependant ce sur-risque n'est statistiquement significatif que pour le diabète pré-gestationnel.

Le principal facteur de risque ultérieur associé à ces complications est une glycémie plus élevée. Le diabète gestationnel et la glycosurie sont également associés à une hausse du taux d'insuline et de pro-insuline, et la glycosurie à une hausse du taux de triglycérides.

Si l'on calcule le score de risque de Framingham sans tenir compte du diabète, les femmes ayant eu un diabète gestationnel ne présentent plus de sur-risque (OR=0,88, 95%CI 0,67-1,16). Cela montre que le risque cardiovasculaire auquel elles sont exposées provient principalement du sur-risque de diabète de type 2 conféré par le diabète gestationnel.

La prééclampsie, un bon marqueur de risque cardiovasculaire

L'hypertension gravidique et la prééclampsie étaient associées à un sur-risque cardiovasculaire de 27% et 31%.

Ces complications étaient associées 18 ans après à un indice de masse corporelle (IMC) et un poids plus élevés, à des taux d'insuline et de triglycérides plus élevés ou encore à un taux de HDL-cholestérol plus faible.

La prééclampsie semble être tout particulièrement un bon marqueur de risque cardiovasculaire ultérieur.

En effet, « si le lien entre la prééclampsie et la pression artérielle ultérieure est semblable à celui qui existe entre l'hypertension gravidique et la pression artérielle ultérieure, le lien vis-à-vis des autres facteurs de risque est plus fort pour la prééclampsie que pour l'hypertension gravidique », remarquent les auteurs.

De plus, « nos résultats suggèrent que la prééclampsie est un marqueur plus fort du risque cardiovasculaire que ne l'est le diabète gestationnel dans la mesure où elle est associée à un plus grand nombre de facteurs de risque cardiovasculaire ». Le diabète gestationnel n'est quant à lui associé qu'à une plus forte glycémie ultérieure.

Pas de risque directement lié à la prématurité

Un poids excessif pour l'âge gestationnel (LGA, large for gestational age) était associé à des valeurs plus élevées de tour de taille et de glycémie tandis qu'un petit poids de naissance (SGA, small for gestational age) ou un accouchement prématuré étaient associés à une plus forte pression artérielle ultérieure.

Là encore, ces données sont cohérentes avec le fait qu'un retard de croissance intra-utérin et un accouchement prématuré sont souvent associés à une insuffisance placentaire liée à l'hypertension.

Cependant, seul le petit poids de naissance est associé à un sur-risque cardiovasculaire à 10 ans significatif de 10%. Le lien avec un poids excessif n'est plus significatif après ajustement aux différents facteurs confondants comme le diabète, ce qui est cohérent avec le lien entre le risque de LGA et le statut glycémique de la mère, soulignent les auteurs.

Hypertension, diabète et petit poids de naissance sont ainsi tous trois associés à un risque ultérieur d'événements cardiovasculaires, mais par des mécanismes différents. Ils sont en effet associés à des facteurs de risque distincts et leur risque cardiovasculaire calculé n'est pas altéré après ajustement mutuel.

Ainsi, une grossesse semble être une bonne occasion d'identifier les femmes pour lesquelles des interventions spécifiques sont susceptibles de réduire leur risque de développer une maladie cardiovasculaire.

Risque d'événements cardiovasculaires à 10 ans selon le score de Framingham, dans un modèle ajusté à l'IMC pré-grossesse, à l'éducation, à la parité et au tabagisme au cours de la grossesse.


Ni diabète, ni glycosurie
Diabète gestationnel ou Glycosurie
Diabète pré-gestationnel
1
NS
1,56 (1)
Pression artérielle normale
Hypertension gravidique
Prééclampsie
1
1,27 (2)
1,31 (2)
AGA (appropriate for gestational age)
SGA (small for gestational age)
LGA (large for gestational age)
1
1,10 (3)
NS

(1) L'ajustement supplémentaire à l'hypertension gravidique, à une naissance prématurée ou à la taille pour l'âge gestationnel ne modifie pas les résultats.

(2) L'ajustement au diabète ne modifie pas les résultats.

(3) L'ajustement au diabète, à l'hypertension et à la prématurité rend ce résultat non significatif.

 


Quelques définitions utilisées dans cette étude

Prééclampsie : PAS = 140 mmHg ou PAD = 90mmHg, sur au moins deux mesures, après 20 semaines de grossesse, avec protéinurie (au moins 30 mg/dL).

Hypertension gravidique : PAS = 140 mmHg ou PAD = 90mmHg, sur au moins deux mesures, mais sans protéinurie.

Glycosurie : ++ (= 2,5 g/L) à au moins deux reprises à n'importe quel moment de la grossesse.

Petit poids de naissance (SGA : small for gestational age) : poids inférieur au 10ème percentile de la cohorte.

Poids normal (AGA : appropriate for gestational age) : poids compris entre le 10ème et le 90ème percentile de la cohorte.

Gros poids de naissance (LGA : large for gestational age) : poids supérieur au 90ème percentile de la cohorte.

Naissance prématurée : naissance avant 37 semaines d'aménorrhée.


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