Des nouvelles preuves de l'effet diabétogène du bisphénol A

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

23 février 2012

Trois nouvelles études confirment le lien entre bisphenol A et diabète

Trois nouvelles études confirment le lien entre bisphénol A et diabète incitant le Réseau Santé Environnement à demander une adoption accélérée de la loi BPA.
23 février 2012

Paris, France-Trois études récentes confirment que le bisphénol A (BPA) favoriserait le diabète de type 2 chez l'homme, d'après un communiqué de presse du Réseau Santé Environnement (RES)[1].

Le bisphénol A est utilisé dans de nombreux produits parmi lesquels les scellants dentaires, les contenants alimentaires (conserves, petits pots, canettes, bouteilles d'eau, etc.), l'équipement médical, et le papier « thermique » des tickets de caisses. Toutes les personnes des pays industrialisés y sont potentiellement exposées.

Après l'interdiction en 2010 du Bisphénol A dans les biberons, les députés ont voté, en octobre 2011, son interdiction pour tous les ustensiles et conditionnements alimentaires à partir de janvier 2014, et de 2013 pour les contenants alimentaires de produits destinés aux enfants de moins de 3 ans. Mais, la loi n'est pas encore passée devant le Sénat. « Au vu de ces nouvelles études, le RES presse instamment le gouvernement d'inscrire la loi BPA sur l'agenda du Sénat pour son adoption rapide avant la fin des sessions parlementaires », indique le communiqué.

Jusqu'ici, le perturbateur endocrinien a été associé à une baisse de fertilité chez l'homme [2]], à l'augmentation des kystes ovariens chez les femmes [3]] et à une puberté précoce chez les filles [4]]. En parallèle, des études ont montré un lien de causalité entre le bisphénol A et le cancer de la prostate [5]], le cancer du sein [6]], l'obésité [7]], les dysfonctionnements thyroïdiens [8]] ainsi que des troubles du comportement [9]. Le BPA aurait aussi des effets négatifs sur le développement du cerveau des foetus et des nouveau-nés[10]] et sur le système cardiovasculaire [11] []

En ce qui concerne le diabète, un lien entre le dysfonctionnement du système de régulation de la glycémie et le bisphénol A a été rapporté dans plusieurs études [1] [2]][7].

Trois nouvelles études confirment le lien entre BPA, diabète et obésité

Depuis fin 2011, trois nouvelles études ont apporté des preuves supplémentaires de l'effet diabétogène du bisphénol A.

Une étude épidémiologique publiée en février et menée en Chine auprès de 3390 adultes âgés d'au moins 40 ans a trouvé une association significative entre une imprégnation forte en Bisphénol A et l'obésité (RR=1,5, IC 95%), l'obésité abdominale (RR=1,28, IC 95%) et l'insulino-résistance (RR=1,37, IC 95%) [13].

Une autre étude, encore plus récente, a été publiée dans la revue PLoS ONE par l'équipe du Dr Angel Nadal (l'Université Miguel Hernandez Elche, Alicante, Espagne), spécialiste des relations entre le bisphénol A, le diabète et l'obésité [1][4].

Ce travail montre qu'au niveau d'imprégnation en BPA correspondant à celui de la population humaine en général, la libération d'insuline chez l'homme est supérieure à celle induite chez la souris (sur le plan physiopathologique, l'hyperinsulinémie réactionnelle contribue au diabète de type 2). L'homme serait donc plus sensible au BPA que la souris.

Parallèlement, elle suggère que le BPA se comporte comme un puissant estrogène agissant sur le récepteur aux oestrogènes des cellules bêta de Langerhans et que les résultats chez la souris peuvent être extrapolés à l'homme.

Les auteurs concluent que le BPA doit être considéré comme un facteur de risque de troubles métaboliques chez l'homme.

Enfin, une étude publiée en décembre et menée aux Etats Unis sur la population du grand programme NHANES (National Health and Nutritional Examination Survey) 2003-2008 a montré que les diabétiques ont un niveau d'imprégnation plus élevé en bisphénol A [15]. L'association diabète-BPA a été retrouvée chez les personnes de poids normal ou en surpoids, indépendamment des facteurs de risque traditionnels du diabète.

«Compte-tenu de son utilisation dans le monde entier, le bisphénol A apparaît de plus en plus impliqué dans l'épidémie mondiale de diabète, au côté des facteurs classiques que sont alimentation et sédentarité », conclut le RES qui rappelle qu'en 1995, le diabète touchait 30 millions dans le monde, qu'aujourd'hui il affecte près de 220 millions de personnes et que les prévisions sont de 366 millions d'ici 2030.

Si le RES presse le gouvernement de faire adopter rapidement la loi sur l'interdiction du bisphénol A dans les contenants alimentaires, il demande également aux autorités sanitaires françaises de « déployer plus de fermeté auprès de la Commission européenne et de l'agence européenne, l'EFSA, pour que l'interdiction se généralise à l'échelle européenne. »

 

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