Cancer du sein : la HAS tente de relancer le dépistage organisé

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 février 2012

Recommandations HAS sur le dépistage du cancer du sein organisé et individuel

Alors que la moitié des femmes répondent au dépistage organisé, la HAS émet des recommandations visant lui donner un nouveau souffle. Les professionnels de santé.sont aussi concernés.
. 6 février 2012

Paris, France - Alors que les chiffres du dépistage organisé chez les femmes entre 50 et 74 ans restent très inférieurs à l'objectif cible de 80 %, et en pleine controverse sur le risque de surdiagnostic (et de surtraitement), la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié des recommandations visant à donner un nouveau souffle au dépistage organisé [1].

Souhaitant pour des raisons d'efficience, de coût et d'équité que ce mode de dépistage devienne progressivement la modalité unique, elle propose des pistes visant à convaincre à la fois les femmes d'adopter ce dépistage, et les professionnels de santé -médecins traitants et gynécologues en tête-, de le prescrire systématiquement. Pour autant, la HAS ne recommande pas, à ce stade, le déremboursement des mammographies réalisées dans le cadre du dépistage individuel.

Dépistage organisé, plus efficace et plus efficient

« Malgré le contexte de controverse autour de l'intérêt du dépistage du cancer du sein (qu'il s'agisse du risque lié aux irradiations répétées ou au surdiagnostic), le but de ces recommandations n'était pas de rediscuter les indications du dépistage du cancer du sein, a déclaré en préambule le Pr Jean-Luc Harousseau, président du collège de la HAS [2]. Il n'y a, à ce jour, pas de signal qui permette de remettre en cause la balance bénéfice/risque du dépistage chez les femmes de 50 à 74 ans. D'ailleurs, aucun pays n'a effectué de retour en arrière sur cette question.»

Le travail de la HAS a donc consisté à comparer les 2 systèmes de dépistage du cancer du sein sachant que la moitié seulement (52%) des 4,3 millions de femmes concernées chaque année opte pour le dépistage organisé (DO) et environ 10 % pour le dépistage individuel (DI).

La question était de savoir si « la coexistence est justifiée ou s'il est temps d'y mettre un terme » a résumé le Pr Harousseau. Au final, la réponse est sans équivoque : le dépistage organisé est d'une qualité supérieure au dépistage individuel, affirme haut et fort la HAS. Principal atout de cette modalité : des garanties supplémentaires pour les femmes en raison d'un cahier des charges très précis, avec un bénéfice avéré de la deuxième lecture qui permet le rattrapage de 9% des cancers, soit environ 1 300 chaque année, « voire 10 à 12% dans certains départements » ajoute le Dr Michel Deghaye, radiologue et membre du groupe de travail HAS.

Pour autant, il est difficile, à ce jour, d'évaluer ses effets sur la mortalité et la morbidité : mis en place en 2004, le DO est encore jeune en France et « 20 années de recul sont nécessaires pour une telle évaluation » a rappelé le Dr Agnès Buzyn, présidente de l'Institut National du Cancer.

Pas de déremboursement du dépistage individuel, pour l'instant…

Dans un réquisitoire à charge pour le dépistage individuel, Lise Rochaix, présidente de la Commission Evaluation Economique et de Santé Publique de la HAS, a rappelé que « le dépistage individuel ne veut pas dire dépistage individualisé, il n'est pas taillé sur mesure » et qu'il n'est évalué ni pour son efficacité, ni pour son efficience. Enfin la HAS relève que le dépistage individuel s'accompagne fréquemment d'échographies « en excès » susceptibles de générer des sur-diagnostics voire des sur-traitements.

Pour autant, à ce stade, la HAS préconise que les femmes gardent leur libre arbitre, d'une part, celui de se faire dépister ou non et, d'autre part, celui du choix de la modalité de dépistage. Le déremboursement des mammographies réalisées dans le cadre du DI n'est donc pas à l'ordre du jour, « par crainte d'une démobilisation des femmes, qu'elles ne se fassent plus dépister du tout » a reconnu le Pr Harousseau…Mais pour combien de temps encore, quand on sait que le scénario plébiscité par la HAS -un basculement du DI vers le DO-  permettrait, non seulement, de dépister 283 femmes supplémentaires, « mais aussi une réduction des coûts tous financeurs de 3 millions d'euros » a précisé la présidente de la Commission Evaluation Economique et de Santé Publique de la HAS.

Des mesures pour inciter le dépistage organisé

Parmi les mesures incitatives fortes à mettre en œuvre pour inciter au dépistage organisé, figure le renforcement de la place des professionnels de santé, en premier lieu les médecins généralistes, les gynécologues et les radiologues. « L'idée est de les rendre acteurs du programme de DO, à travers une association plus étroite aux étapes d'invitation et de suivi des résultats de dépistage » a expliqué Stéphanie Barré, chef de projet Evaluation Economique et de Santé Publique de la HAS.

Par exemple, la HAS préconise que les médecins généralistes prescrivent plus systématiquement des mammographies de dépistage organisé que de dépistage individuel ou bien encore qu'ils soient informés du résultat de la mammographie de leurs patientes. Autre levier logique d'incitation au DO : une meilleure information des femmes avec notamment des messages plus adaptés à leurs caractéristiques et à leurs habitudes vis-à-vis du dépistage (non participantes, pratiquant le DI, etc.). Enfin, dernier argument incitatif, la HAS recommande la prise en charge à 100% de l'échographie immédiate (quand elle est nécessaire), ce qui n'est pas le cas actuellement. A noter que 22% des mammographies de DO sont suivies d'une échographie, contre 40% pour le dépistage individuel.

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