Premières données du registre français OFSETT des TakoTsubo

Stéphanie Lavaud

8 février 2012

Paris, France— Lors des XXIIèmes Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie, le Dr Jean-Jacques Dujardin (Centre hospitalier de Douai) a présenté les résultats préliminaires d'OFSETT (Observatoire Français des SyndromEs de Tako Tsubo), une étude observationnelle, multicentrique, rétrospective et prospective de la maladie de Tako Tsubo réalisée dans 30 centres de coronarographie des Centres Hospitaliers Généraux. Il s'agit du registre le plus important et le plus récent à ce jour en France [1].

Une pathologie spécifique de la femme ménopausée

Appelé ainsi en raison de l'analogie avec un piège à poulpe japonais, le TakoTsubo survient classiquement dans un contexte de stress mental ou physique. Lors de sa phase aiguë, il se caractérise par une déformation typique, en forme de ballonisation apicale du ventricule gauche en systole. Le tableau clinique et l'ECG évoquent un infarctus du myocarde aigu, sans occlusion ni sténose significative des artères coronaires, s'accompagnant d'un trouble aigu et réversible de la cinétique ventriculaire gauche. Les critères diagnostiques sont ceux de la Mayo Clinic[2], à savoir :

1. Un trouble de cinétique VG sans concordance vasculo-coronaire ;

2. La présence (non obligatoire) d'un facteur de stress ;

3. L'absence d'occlusion coronaire ou de rupture de plaque ;

4. Un sus-décalage de ST et/ou onde T inversée ;

5. Une élévation modérée de troponine ;

6. L'absence de signe de phéochromocytome ou de myocardite.

En termes d'épidémiologie, les TakoTsubo représentent 1 à 2 % des syndromes coronaires aigus au niveau mondial, 80 % sont retrouvés chez des femmes ménopausées de plus de 55 ans. En France, la prévalence était jusqu'à présent mal connue mais estimée à 1% des SCA au total, et à 3,8 % des SCA si l'on se limite à la seule population féminine.

Un profil symptomatologique et biologique qui diffère de l'infarctus

Dr Jean-Jacques Dujardin

 « Bien qu'il existe déjà, à l'échelle mondiale, des registres d'une centaine de personnes, et notamment un registre allemand paru en 2011 [3]
, il n'y avait pas d'équivalent en France. D'où la mise en place de OFSETT pour obtenir des données épidémiologiques françaises, analyser les éléments diagnostiques et les circonstances de survenue, ainsi que les modes de prise en charge thérapeutiques », a expliqué le Dr Dujardin, en précisant que l'étude a été menée à la fois sur le mode rétrospectif (sur 5 ans) et prospectif (1 an). « Au final, sur les 30 centres sélectionnés, 15 ont été actifs en termes d'inclusion. »

Les 117 patients (de plus de 18 ans) inclus au 12 décembre 2011 dans OFSETT, se répartissaient de la façon suivante : 68 ont participé à l'étude rétrospective et 49 à l'étude prospective, à raison de 13 hommes et 104 femmes, soit 88 % de femmes. « Un chiffre en accord avec celui retrouvé dans les autres études » a précisé le Dr Dujardin. La moyenne d'âge était de 71,7 ans (+ 12), avec une prédominance des femmes de plus de 50 ans (93,2 %).

« En termes d'antécédents, deux critères ressortent : des antécédents psychiatriques dans la population masculine (30 % vs 7,6% chez les femmes, p = 0,023), et un historique de ballonisation chez les femmes (75% versus 33% chez les hommes, p = 0,009) » relève le Dr Dujardin. Sinon, avec 52,2% d'hypertension - des chiffres, là encore, proches de ceux retrouvés dans d'autres études -, on retrouve un profil de patientes âgées hypertendues mais pas de facteurs de risque particuliers. »

 
En termes d'antécédents, deux critères ressortent : des antécédents psychiatriques dans la population masculine, et un historique de ballonisation chez les femmes — Dr Jean-Jacques Dujardin (Douai)
 

Les données de laboratoire font apparaitre une troponine peu élevée (7,87 ng/mL), mais un ratio BNP/troponine de 128, donc relativement augmenté, lui. L'ECG à l'admission a montré les caractéristiques suivantes : onde T inversée chez 73 % des patients d'OFSETT (versus 63% dans les autres études), élévation du segment ST chez 42,5 % des patients (versus 64%). Une onde Q a été retrouvée chez 28,8% des patients.

La quasi-totalité des patients (98,8%) a subi une coronarographie, et 84% une ventriculographie. Aucun décès n'a été enregistré et l'atteinte de la fonction ventriculaire gauche correspondait à une FEVG de 45,6 + 10,4% en moyenne à l'angiographie et de 41,9 + 12,7% à l'échographie. Concernant les autres examens, aucun coroscanner n'a été pratiqué. En revanche 23 IRM et 5 scintigraphies ont été rapportées.

Les facteurs déclenchants étaient connus dans la moitié des cas, « essentiellement des stress mentaux (60,9%) comme des décès ou des conflits », a encore indiqué le Dr Dujardin.

Un traitement empirique mais logique

Quels ont été les traitements prescrits à l'admission ? Une thrombolyse dans 1% des cas, des dérivés nitrés dans 11% des cas, une héparine non fractionnée dans 11% des cas également, et un HBPM ou du fondaparinux dans 79% des cas. « Une prescription sans doute très logique en l'absence de recommandations. A l'admission, les patients sont pris en charge comme pour un infarctus du myocarde », a remarqué le Dr Dujardin.

 
A l'admission, les patients sont pris en charge comme pour un infarctus du myocarde - Dr Dujardin
 

La prescription de sortie comporte moins d'antiagrégants, d'aspirine et de statines comparativement aux traitements mis en route à l'admission. En revanche, les bêtabloquants sont maintenus, et les IEC renforcés. A noter que la prescription de neurotropes, présente à l'admission dans ¼ des cas, est maintenue au même niveau à la sortie. « Une prescription à mettre en lien avec la composante psychologique retrouvée dans le TakoTsubo : 24 % de neurotropes prescrits dans OFSETT. Cette prescription était de 21% dans l'étude du Johns Hopkins Hospital (Baltimore) pour les TakoTsubo versus seulement 5,4% dans les infarctus du myocarde », a indiqué l'orateur [4].

La publication de l'étude OFSETT est attendue pour le premier trimestre 2013.

Le registre OFSETT est un registre coopératif des Collèges des Hôpitaux Généraux proposé par le Collège National des Cardiologues des Hôpitaux (CNCH) avec le soutien logistique de la cellule des registres Société Française de Cardiologie. Le Dr Jean-Jacques Dujardin a déclaré n'avoir aucun conflit d'intérêt pour cette présentation.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....