L'utilisation prolongée des IPP augmente le risque de fractures de hanche

Ricki Lewis

Auteurs et déclarations

2 février 2012

L'utilisation prolongée des IPP associée à un sur-risque de fractures de hanche post-ménopausiques

Une analyse de l'étude de cohorte prospective Nurses' Health Study montre un risque accru de fractures de hanche dès 2 ans d'utilisation des IPP chez les femmes ménopausées.
2 février 2012

Chicago, Illinois - Une nouvelle étude confirme l'association entre l'utilisation prolongée des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et le risque accru de fractures de hanche chez les femmes ménopausées, en particulier chez celles qui fument [1].

En théorie, les IPP pourraient inhiber l'absorption calcique, interférer directement avec la fonction ostéoclastique ou induire une hypergastrinémie provoquant une baisse de la densité minérale osseuse associée à une hyperparathyroïdie.

L'utilisation des IPP a augmenté fortement depuis qu'ils sont disponibles sans ordonnance en pharmacie (en 2003 pour les Etats-Unis, en 2009 pour la France).

Bien que leur utilisation à court terme soit bien tolérée, en mai 2010, la Food and Drug Administration (FDA) a émis une alerte sur un lien possible entre l'utilisation prolongée des IPP et le risque de fractures de hanche. L'agence américaine a donc demandé des informations complémentaires.

La nouvelle étude, publiée en ligne le 31 janvier 2012 dans le British Medical Journal apporte des informations sur près de 80 000 femmes supplémentaires participant à la Nurses' Health Study (NHS).

Entre 2000 et 2008, le Dr Hamed Khalili et coll. (Massachusetts General Hospital, Boston, Etats-Unis) ont constaté que l'utilisation des IPP a triplé chez les 79 899 participantes (6,7% à 18,9%). Les chercheurs ont observé 893 fractures de hanche sur un suivi de 565 786 personnes-année. Le risque absolu de fracture de hanche chez les utilisatrices d'IPP depuis au moins 2 ans était de 2,02 événements pour 1000 personnes-année contre 1,51 événement pour 1000 personnes-année chez les non-utilisatrices.

Le risque relatif de fractures de hanche chez les femmes qui ont utilisé les IPP pendant au moins deux ans augmentait de 35% après ajustement pour l'âge (RR=1,35, IC 95%). L'association restait significative après ajustement pour l'indice de masse corporelle, le niveau d'activité physique, les apports en calcium et l'utilisation d'autres traitements pouvant modifier le risque de fractures comme les bisphosphonates, les diurétiques thiazidiques, les corticoïdes et les traitements hormonaux substitutifs.

Le risque de fracture de hanche a été directement corrélé à la durée d'utilisation des IPP. « Comparés aux non-utilisatrices, après ajustement, les risques relatifs de fractures étaient de 1,36 après deux ans d'utilisation, d'1,42 après 4 ans d'utilisation et de 1,55 après 6 à 8 ans d'utilisation », ont noté les auteurs. En revanche, le risque redevenait normal lorsque les femmes cessaient de prendre des IPP pendant au moins deux ans.

La raison pour laquelle les IPP étaient utilisés n'a pas affecté le risque fracturaire.

Le tabac est un facteur de risque de fracture chez les utilisatrices d'IPP

Les chercheurs ont noté que la relation entre l'utilisation des IPP et le risque de fracture différait en fonction des antécédents de tabagisme. Le risque de fracture a augmenté de plus de 50 % chez les femmes fumeuses ou anciennes fumeuses (RR après ajustement : 1,51, IC 95%). En revanche, les auteurs n'ont pas trouvé d'association entre l'utilisation des IPP et le risque fracturaire chez les femmes qui n'avaient jamais fumé (RR après ajustement : 1,06, IC 95%).

Les chercheurs suggèrent donc que l'inhibition de l'absorption calcique due au tabac pourrait agir de manière synergique avec les IPP et augmenter le risque de fractures.

D'après les auteurs, les points forts de l'étude sont son schéma prospectif, sa taille, et l'analyse pour différents facteurs confondants. En revanche, une des limites est que l'étude n'a pas évalué les différents types d'IPP et leurs dosages.

Les chercheurs concluent que « l'utilisation régulière d'IPP est associée à un risque accru de fractures de hanche chez les femmes ménopausées, avec une association particulièrement forte pour les femmes qui ont utilisé les IPP de façon prolongé et qui ont déjà fumé ».

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 31 janvier 2012; adapté par Aude Lecrubier.

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêts

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