Comment prescrire l'activité physique au patient diabétique

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

23 janvier 2012

Conseil pour mettre en place une activité physique chez le diabétique

Faire bouger les patients diabétiques participe à la prise en charge de la pathologie. Les conseils concrets du Dr Philippe Blanc pour une pratique sportive sans risque d'aggravation des complications.
23 janvier 2012

Paris, France — C'est démontré : l'exercice améliore les anomalies du syndrome métabolique. Augmentation de la sensibilité à l'insuline, diminution de la masse grasse, modification du profil lipidique et augmentation de la fibrinolyse sont autant de modifications physiologiques bénéfiques qui montrent clairement que l'activité physique doit faire partie de la prise en charge du diabète. Pourtant, en pratique, faire bouger les patients diabétiques ne va pas toujours de soi. Encore faut-il que le médecin « prescrive » un sport qui ne présente pas de risque pour son patient. Les règles en la matière et les conseils à délivrer au patient ont fait l'objet d'une présentation du Dr Philippe Blanc (Centre de rééducation cardiaque Sainte-Clothilde, La Réunion) lors des XXIIes Journées européennes de la Société Française de Cardiologie[1].

Votre patient diabétique souhaite reprendre une activité sportive ? Parfait, mais laquelle ? « Il y a des risques potentiels à l'activité physique chez le diabétique, en particulier, l'exacerbation de certaines complications », prévient le Dr Blanc. Quels sont ces risques ? Comment les minimiser ? Pour répondre à ces questions, le Dr Blanc propose une démarche en 4 étapes :

  1. faire une évaluation médicale du patient,

  2. lui donner les règles de bonne conduite,

  3. lui faire reprendre le sport progressivement,

  4. puis lui donner une prescription individuelle avec le sport qu'il aura choisi.

L'évaluation médicale

Le temps de l'évaluation est très important. « En effet, le diabétique est un patient cardiovasculaire, avec un risque de coronaropathie, d'artérite des membres inférieurs et d'accident vasculaire cérébral. Il faut donc faire un bilan à ce niveau-là », indique le Dr Blanc.

Le test d'effort est conseillé chez les sujets de plus de 40 ans, et chez ceux qui présentent plus de 2 facteurs de risque. « Le test d'effort est important car il permet non seulement de voir des anomalies mais d'évaluer la performance et de pouvoir donner des conseils » précise le cardiologue.

Chaque complication du diabète doit ensuite être passée en revue. Par exemple, la rétinopathie peut poser un problème. « Il faut penser aux hémorragies du vitré et aux décollements rétiniens, qui peuvent survenir dans les sports de haute intensité. Ceux, comme la boxe et le jogging, qui élèvent la pression artérielle seront alors déconseillés. »

« De même pour le pied du diabétique. L'examen du pied est un préalable nécessaire, avec éventuellement un test au mono-filament. En ce qui concerne le rein, pas de réel souci si ce n'est l'aggravation possible de la protéinurie lors d'exercices physiques qui comportent une élévation de la pression artérielle… »

« Par ailleurs, le patient diabétique est souvent âgé, souvent obèse, présente de l'ostéoporose… », ajoute le Dr Blanc. « Pensez aussi à rechercher des problèmes articulaires, musculaires. Enfin, il est logique que le diabète ne soit pas trop déséquilibré et l'hypertension équilibrée avant de commencer un programme. »

Les règles de bonne conduite

« Quand le patient revient avec un bilan correct, on peut alors lui donner les règles de bonne conduite pour éviter les risques liés à l'activité physique. Il existe des règles générales édictées par le Club des cardiologues du sport [2] :

La première est un examen des pieds avant et après le sport, et un bon chaussage ;

La deuxième consiste à prévenir l'hypoglycémie mais aussi l'hyperglycémie. Pour cela, les consignes sont simples. Procéder à une glycémie capillaire avant l'exercice physique :

  • si le résultat est inférieur à 100 mg/dL, il faut conseiller une collation.

  • s'il est supérieur à 250 mg/dL, il faut contrôler les urines et renoncer à l'activité physique en présence de corps cétoniques.

Puis contrôler le dextro après l'exercice physique. En cas d'effort très prolongé, on peut demander à son patient de réaliser une glycémie toutes les heures ou toutes les 30 minutes ».

À conseiller à son patient :
  • ne pas faire d'exercice physique seul 

  • connaître les signes d'hypoglycémie et en informer son entourage 

  • ne pas faire d'exercice physique en fin d'après-midi (risque d'hyperglycémie nocturne)

Quid de l'insuline ?

Difficile de donner des recommandations car l'adaptation dépend de nombreux paramètres : du patient, de l'exercice physique, de l'insuline et de la glycémie avant exercice. En revanche, il faut souvent : primo, baisser la dose d'insuline et diminuer (voire arrêter) les sulfamides avant l'exercice et, secundo, augmenter la ration des glucides.


La reprise progressive

« Une fois le patient évalué et les règles de bonnes conduites dispensées et comprises, il faut recommander un entraînement très progressif », souligne le Dr Blanc.

« L'idée est de partir sur un programme de 3 semaines, à raison de 3 exercices par semaine comprenant chacun 3 phases : l'échauffement, l'activité physique et la récupération. Cette étape est importante car elle permet au patient de mieux se connaître, d'appréhender ses réactions vis-à-vis de l'exercice physique et au médecin de mieux comprendre l'adaptation insulinique de son patient (par le biais d'un carnet de bord) », note encore le Dr Blanc.

Le choix du sport

À ce stade, on peut choisir l'activité physique qui va minimiser au maximum les risques pour un patient diabétique. Ce choix va bien sûr dépendre du bilan initial, du test d'effort, des performances, mais aussi des goûts du patient — « sinon ce sera un échec » prévient le cardiologue. « Il faut aussi lui rappeler que bouger au quotidien, c'est toujours une bonne chose ». Quel que soit le sport choisi, il sera d'autant mieux pratiqué sur un fond d'endurance.

Sports recommandés :

  • les sports aérobies sont les plus indiqués : marche, vélo, natation, golf... Néanmoins le réentraînement musculaire doux permet lui aussi d'excellents résultats. « Si un patient veut faire de la musculation très douce, il ne faut pas lui interdire. »

Sports faisables mais nécessitant des précautions particulières :

  • sport d'endurance : nécessite un bon programme d'entraînement de base

  • sport d'eau : toujours délicat à cause du monitoring

  • sport d'équipe ou de raquette : possible mais les différentes intensités potentielles et le phénomène d'entraînement dû à l'équipe nécessitent une surveillance plus pointue.

Sports déconseillés :

  • sports à haute intensité et stressant : parachutisme, compétition (risque d'hyperglycémie)

  • sports où le monitoring est difficile (alpinisme, plongée sous-marine)

  • sports qui peuvent être fatals en cas d'hypoglycémie (risque de noyade, accident à motocyclette)

  • sports dangereux pour le diabétique : boxe (risque pour l'œil), musculation intensive (hypertension)

  • environnement problématique : environnement chaud, haute montagne (où l'insuline peut geler)

Toutefois, même pour les sports déconseillés, la contre-indication n'est pas formelle. La tendance est à l'ouverture, souligne le Dr Blanc. « Au final, sous réserve de précautions, le patient diabétique peut pratiquer tous les sports » affirme-t-il.

Le Dr Blanc a déclaré ne pas avoir de conflit d'intérêt en rapport avec cette présentation.

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