Une association d'anti-oestrogènes comme nouveau standard pour les cancers du sein métastatiques?

Ron Zimmerman

Auteurs et déclarations

18 janvier 2012

Nouveau standard dans cancer du sein métastatique

L'anastrozole et du fulvestrant utilisés en association pourrait devenir le traitement standard pour les patientes atteintes d'un cancer du sein métastatique ER+.
18 janvier 2012

San Antonio, Etats-Unis- Les femmes atteintes d'un cancer du sein métastatique vivent plus longtemps si leur médecin associe l'administration d'anastrozole et celle de fulvestrant. C'est ce qu'indique une étude présentée lors du 34ème San Antonio Breast Cancer Symposium [1].

Les femmes prenant de l'anastrozole (Arimidex®, AstraZeneca) et du fulvestrant (Faslodex®, AstraZeneca) en association ont en effet vécu plus de 6 mois de plus que les femmes qui ont pris ces médicaments de manière séquentielle, selon cette étude.

« Cela va probablement conduire à un changement dans les standards de prise en charge » a déclaré un des coauteurs de ce travail, le Dr Kathy Albain, du Loyola University Medical Center (Chicago, Etats-Unis). Un autre coauteur, le Dr Rita Mehta de l'université de Californie (Irvine, Etats-Unis) a ajouté que les résultats de cette étude sont particulièrement intéressants parce que, depuis plus d'une décennie, « ces patientes n'ont bénéficié d'aucun nouveau traitement permettant d'augmenter leur survie globale ».

Déjà utilisés mais pas administrés ensemble

L'anastrozole est un inhibiteur de l'aromatase qui agit en diminuant la quantité d'œstrogènes présents dans l'organisme. Or, cette hormone a sur les tumeurs un effet similaire à celui d'un carburant. Le fulvestrant va quant à lui se lier aux récepteurs aux œstrogènes. Il bloque ainsi l'effet de l'hormone sur les cellules cancéreuses. L'anastrozole est administré par voie orale, le fulvestrant par voie intraveineuse. Les deux médicaments sont déjà utilisés dans le traitement du cancer du sein, mais ils ne sont généralement pas administrés ensemble.

Les chercheurs ont imaginé que ces deux modalités d'action devaient conduire à une grande efficacité lorsqu'on les combinait pour lutter contre un cancer hormono-dépendant. Les cancers du sein surexprimant les récepteurs aux oestrogènes représentent plus de la moitié des cancers du sein. La majorité des décès associés à la maladie surviennent chez les patientes appartenant à ce sous-groupe.

« L'idée est de supprimer non seulement l'oestrogène, mais aussi son récepteur : retirer les deux ensemble devraient être plus efficace que d'en retirer un seul à la fois » explique le Dr Mehta.

L'étude a inclus 707 femmes ménopausées présentant un cancer du sein métastatique positif pour les récepteurs hormonaux. Les patientes ont été réparties en deux groupes : la moitié des femmes a reçu le traitement standard, séquentiel, consistant en l'administration d'anastrozole puis, quand la maladie progresse, celle de fulvestrant. L'autre moitié du groupe d'étude a reçu les deux médicaments en association. Les doses d'anastrozole étaient les mêmes dans les deux bras de l'étude : 1 mg par jour. Dans le bras « association », les patientes ont en outre reçu une injection de 250 mg de fulvestrant tous les 28 jours, après une première série d'injections (500 mg le jour 1 et 250 mg au jour 14) permettant d'établir la concentration de base en fulvestrant retrouvée dans leur sang. Les patientes qui ont reçu le traitement standard ont survécu 43,3 mois (valeur médiane). Celle recevant l'association ont survécu 47,7 mois.

Un bénéfice réduit chez les femmes qui avaient pris du tamoxifène

L'association a donné un meilleur résultat chez les femmes qui n'avaient pas déjà été traitées par tamoxifène. Environ 60% des patientes de chaque bras de l'étude étaient naïves vis-à-vis du tamoxifène. Dans ce sous-groupe, les femmes ne prenant que l'anastrozole ont survécu 39,7 mois, contre 47,7 mois pour celles qui ont reçu l'association. Les auteurs de l'étude soulignent que l'effet d'une utilisation préalable du tamoxifène n'est pas clair. « Nous devons parvenir à mieux comprendre les autres facteurs pouvant intervenir, car l'administration préalable de tamoxifène pourrait être une fausse piste » explique le Dr Mehta. Elle suggère que la prochaine étape pour les chercheurs sera « d'évaluer l'association à des stades plus précoces de la maladie, afin de voir si elle peut conduire à une augmentation des taux de guérison à long terme ».

Les effets secondaires étaient similaires dans les deux groupes, bien que certaines femmes du groupe « association » aient subi les effets secondaires les plus sévères (un accident vasculaire cérébral et deux embolies pulmonaires).

Mais l'association de médicaments a déjà trouvé sa place dans la pratique clinique. Le Dr C. Kent Osborne, directeur du Dan. L. Duncan Cancer Center (Baylor College of Medicine, Houston, Etats-Unis), a déclaré à Medscape Medical News qu'il utilise déjà le fulvestrant en association avec des inhibiteurs de l'aromatase. « J'associe les deux car des études ont montré que [le fulvestrant] fonctionne mieux dans un environnement pauvre en œstrogènes ».

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 7 décembre 2011; adapté par Elodie Biet.

L'étude a été financée par le national Cancer Institute et Astra Zeneca. Le Dr Osborne n'a pas déclaré de conflit d'intéret..

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