Et si la polyarthrite rhumatoïde était d'origine infectieuse ?

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

16 janvier 2012

Un lien possible entre polyarthrite rhumatoïde et bactéries digestives

De nouveaux arguments de biologie moléculaire laissent à penser que polyarthrite rhumatoïde et bactéries digestives pourraient être liées
16 janvier 2012

Paris, France — A l'occasion du 24e congrès Français de Rhumatologie, Les Prs Thierry Schaeverbeke (Bordeaux) et Alain Cantegrel (Toulouse) se sont penchés sur le lien possible entre infection bactérienne et déclanchement d'une polyarthrite rhumatoïde [1]. Une hypothèse ancienne remise au goût du jour par les nouveaux outils de biologie moléculaire.

« L'implication des agents infectieux dans la physiopathologie des maladies rhumatismales - et notamment de la PR - a été suspectée depuis le 19e siècle », explique le Dr Schaeverbeke. Pour autant, aucune preuve ne permettait jusqu'à présent de confirmer cette hypothèse.

Les nouveaux outils de biologie moléculaire qui permettent d'analyser facilement la composition bactérienne de la flore buccale et intestinale pourraient permettre de disposer de nouvelles pistes qui préciseraient le lien entre infection et PR ou SPA.

Aux phases préclinique et clinique

Trois hypothèses - qui ne s'opposent pas entre elles - pourraient jouer un rôle en particulier dans la phase préclinique de la maladie :

  • Une implication directe des bactéries issues du tractus digestif, et en particulier au niveau buccal par le biais de parodontites, dans les phénomènes de citrullination

  • Une implication de la flore bactérienne intestinale dans la rupture de tolérance

  • Un rôle potentiel de la translocation bactérienne vers l'articulation

L'implication des bactéries buccales ou intestinales pourrait être essentielle dans la phase pré-clinique de la maladie, notamment en favorisant l'apparition d'anticorps anti-CCP qui peuvent précéder de plusieurs années les manifestations articulaires. La translocation des bactéries vers les sites articulaires pourrait quant à elle favoriser les manifestations cliniques. Ces signes cliniques pourraient aussi être liés à la migration articulaire de lymphocytes T et B auto-réactifs.

Bactéries et citrullination

« La citrulline joue un rôle essentiel dans les phénomènes dysimunitaires précoces de la PR et le dosage des anticorps anticitrulline (anti-CCP) est en passe de devenir un marqueur de la maladie et de son intensité. La citrulline résulte d'une transformation de l'arginine issue de protéines qui en sont particulièrement pourvues, par une enzyme, la peptidyl arginine déiminase (PAD). Or certaines bactéries de la flore buccale - et en particulier Porphyromonas gingivalis, l'agent majeur des parodontites - produisent de grandes quantités de PAD », explique le Dr Cantegrel.

De là à penser qu'il pourrait exister un lien entre ces deux pathologies… Une hypothèse un peu hasardeuse si elle n'était pas corroborée par d'autres données physiopathologiques. Une corrélation a en effet été retrouvée entre un taux élevé d'anticorps anti-CCP et l'incidence des parodontites associées à une PR. En outre, le traitement de la parodontite améliore les scores d'activités de la PR et diminue le taux de TNF circulant.

Une étude présentée en 2011 à l'ACR [2] a souligné la surreprésentation de P. gingivalis dans la flore buccale des patients polyarthritiques et a montré pour la première fois une abondance particulière de Prevotella - une autre bactérie qui produit de la PAD - dans la flore digestive des patients atteints de PR récente.

L'existence d'infection chronique du parodonte pourrait donc induire la formation d'anticorps anti-CCP systémiques qui, au sein des articulations, formeraient des complexes immuns qui entraineraient les manifestions articulaires de la maladie.

Bactéries et rupture de tolérance

L'équilibre bactérien intestinal est nécessaire à la digestion, à l'apport d'acides aminés essentiels et à « l'éducation » du système immunitaire en développant la population des lymphocytes T régulateurs impliqués dans la tolérance.

Dans des modèles animaux dont la flore intestinale est constituée exclusivement de Bacteroides fragilis, la résistance à l'arthrite expérimentale est particulièrement notable, mais l'incidence des maladies liées à la prolifération d'entéropathogènes est plus élevée. A l'inverse, chez les animaux dont le tube digestif ne contient que des bactéries filamentaires, l'incidence de l'arthrite expérimentale est plus importante et le taux de lymphocytes TCD4 et Th17 est majoré.

Pour le Dr Schaeverbeke, « une sur-représentation de bactéries filamentaires ou une sous-représentation de Bacteroides fragilis, inducteurs de tolérance, pourrait favoriser la survenue d'une PR ».

Translocation bactérienne vers l'articulation

L'analyse de l'ADN de différents micro-organismes dans le sang et le liquide synovial de patients atteints de PR a permis de détecter des traces de P. gingivalis chez certains patients. « Cette détection ne signifie pas pour autant que des bactéries viables étaient présentes dans l'articulation : elles pourraient être le témoin de la présence de débris bactériens véhiculés par les macrophages. Quoi qu'il en soit, la présence de germes ou de constituants bactériens dans l'articulation pourrait être directement responsable du déclanchement ou de la pérennisation de l'arthrite », conclut le Dr Schaeverbeke.

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