Le registre CASSANDRE confirme les particularités féminines du SCA

Muriel Gevrey

13 janvier 2012

13 Janvier 2012

Paris, France. Lors des XXII èmes Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie, le Dr Catherine Szymanski (Boston, Massachusetts, Etats-Unis) a confirmé avec l'observatoire CASSANDRE (Causes, Analyse de la Sous-évaluation des Syndromes coronaires Aigus et des Disparités en France chez les fEmmes) que la symptomatologie des SCA féminins est atypique avec une douleur thoracique ayant une irradiation plus volontiers dorsale, une dyspnée et des palpitations plus fréquentes [1]. Côté traitement, l'aspirine et la morphine sont moins prescrites que chez les hommes. Idem pour les héparines de bas poids moléculaires et les thrombolytiques mais il n'y a pas de différences en terme de pratique de coronarographie et d'angioplastie.

Dr Catherine Szymanski

Mené par le groupe des cardiologues en formation de la SFC
, l'observatoire CASSANDRE a été conduit dans 39 centres qui ont participé à cette étude prospective observationnelle en juillet et en septembre 2011. « Le but est de caractériser cette population de femmes françaises ayant eu un SCA et le recrutement a concerné des hommes et des femmes hospitalisés en unités de soins intensifs de cardiologie » a précisé le Dr Szymanski. 246 patients ont été recrutés en Juillet et 56 en Septembre.

Parmi ces 302 patients, 31,5 % étaient des femmes âgées en moyenne de 70 ans. Les hommes formaient 68,5 % de l'effectif avec un âge moyen de 61 ans. Les femmes sont plus souvent hypertendues (70 % versus 35 %) et diabétiques (31 % vs 20 %) et elles sont plus fréquemment obèses (52 % contre 38 %).

Diagnostics différentiels plus souvent évoqués

Sur le plan clinique, les douleurs thoraciques de SCA augmentent à l'inspiration pour 8% des femmes alors que seulement 2 % des hommes signalent cette particularité sémiologique (p = 0,048). « C'est notamment pour cette raison que l'on peut évoquer d'autres diagnostics différentiels » a indiqué le Dr Szymanski. L'irradiation dorsale est soulignée par 23 % des femmes contre 9 % des hommes (p = 0,028). La fatigabilité est également plus souvent évoquée par les femmes contre 12 % des hommes. Les palpitations se conjuguent davantage au féminin avec 11 % des femmes contre 3 % des hommes (p = 0,0175). La dyspnée concerne 36 % des femmes contre 25 % des hommes. 13,8 % des femmes souffrent d'insuffisance cardiaque concomitante contre 5,6 % des hommes (p = 0,0168).

Le SAMU est appelé par 57 % des hommes et seulement 45 % des femmes. 21 % des patientes n'arrivent dans la filière de soins que dans un délai de 180 minutes alors que 36 % des hommes sont admis dans les trois heures suivant le début des symptômes (p = 0,0309).

Moins de traitement médical mais reperfusion identique

Le traitement médical est moins intensif chez la femme. 79 % des femmes reçoivent de l'aspirine tandis que 90 % des hommes en prennent. 14 % sont sous morphine alors que la proportion est doublée chez leurs homologues masculins. Les HBPM sont présentes dans 32 % des SCA féminins comparativement à 45 % des SCA masculins. La thrombolyse est effectuée dans 5 % des cas féminins contre 15 % des SCA masculins. En revanche, la revascularisation percutanée est identique dans les deux groupes.

Distorsion perceptive

« Les femmes sont moins souvent suivies par un cardiologue mais ont plus souvent tendance à consulter leur généraliste » a précisé le Dr Szymanski. 38 % des femmes consultent plus de 10 fois par an leur médecin traitant. La perception de l'infarctus et de sa gravité laisse à désirer : 40 % des hommes et 31 % des femmes pensent que l'IDM est moins grave chez la femme. 55 % des hommes et 57 % des femmes savent que le diabète augmente le risque d'infarctus. Plus étonnant, 15 % des hommes et 27 % des femmes pensent que fumer n'augmente pas le risque d'IDM !

Le Dr Szymanski ne déclare aucun conflit d'intérêt.

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