A l'hôpital, le bruit nuit au bon sommeil des patients

Jennifer Garcia

Auteurs et déclarations

12 janvier 2012

Enquête dans un hôpital de Chicago sur le bruit nocturne et le sommeil des patients

Une étude menée à Chicago constate que les niveaux sonores des chambres d'hôpital entrainent des manques de sommeil possiblement délétères à la bonne récupération des patients.
12 janvier 2012

Chicago, Etats-Unis - Des niveaux de bruit supérieurs à ceux recommandés dans les chambres des patients hospitalisés sont associés à un manque de sommeil et pourraient altérer la récupération des malades. Ces résultats, publiés dans les Archives of Internal Medicine sont issus d'une enquête menée dans un hôpital de Chicago mais ils pourraient fort bien s'appliquer à certains services hospitaliers français. [1]

« Outre l'importance du sommeil pour une bonne récupération, le bruit à l'hôpital est susceptible d'entrainer un manque de sommeil et son cortège d'effets négatifs » écrivent Jordan Yoder, étudiant en sciences à la Pritzker School of Medicine, Université de Chicago et ses collègues. L'OMS recommande un niveau sonore maximal de 30 dB dans les chambres des patients, sachant que le niveau sonore peut atteindre 67 dB dans les unités de soins intensifs ou 42 dB dans les services de chirurgie. Le but de cette étude a donc été de mesurer le niveau sonore et la durée du sommeil chez les patients adultes dans les services médicaux du centre médical de l'Université de Chicago.

Entre avril 2010 et mai 2010, 106 patients ont été inclus dans l'étude. Les patients étaient âgés de plus de 50 ans (âge moyen = 66 ans), ceux qui présentaient un trouble du sommeil connu ou une atteinte cognitive, qui étaient en chambre d'isolement ou hospitalisés depuis plus de 72 heures ont été exclus. Les patients de l'étude étaient majoritairement d'origine afro-américaine pour 63% d'entre eux, et les femmes représentaient 51% de la population.

La qualité du sommeil a été évaluée grâce à l'index de qualité du sommeil de Pittsburgh, et l'envie de dormir a été estimée par l'échelle d'Epworth. Des enregistreurs sonores ont permis d'enregistrer les niveaux sonores des chambres, et les données objectives de sommeil obtenus grâce à un monitoring au poignet. L'association entre bruit nocturne et durée du sommeil et efficacité a été évaluée statistiquement, en utilisant des modèles de régression linéaire.

Des pics sonores semblables à ceux d'une tronçonneuse

Sur la période étudiée de 155 jours, les chercheurs ont trouvé des niveaux de bruit nocturne supérieurs aux recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (MS) concernant les niveaux maximum (niveau de bruit moyen maximum, 69,7 dB; intervalle de confiance de 95 % [IC], 68,1-71,3 dB). De plus, dans la majorité des cas (94 % des nuits), les recommandations pour les niveaux de bruit étaient dépassées moyens (niveau de bruit moyen, 38,2dB; 95% IC, 36,9-39,4 dB) et les pics sonores approchaient ceux atteints par une tronçonneuse (80,3 dB; 95% IC 95%, 78,5-82,2). Parmi les sources de bruit les plus fréquemment rapportées par les patients figuraient : les discussions du personnel (65%), les voisins de chambre (54%), les alarmes (42%), les interphones (39%) et les téléavertisseurs « pagers » (38%).

Dans l'étude, 42 % des patients hospitalisés ont rapporté que le sommeil était interrompu par le bruit. Ils ont aussi déclaré dormir significativement moins longtemps à l'hôpital que d'habitude (314 minutes vs 382 minutes; P=0,002). Le sommeil s'est révélé aussi moins réparateur, avec une efficacité réparatrice évaluée à 73% (IC 95%, 70,3%-76,4%).

Les patients exposés au niveau sonore nocturne le plus élevé (50 dB en moyenne) dormaient en moyenne 76 minutes de moins (IC 95%, - 134 à - 18 min) par rapport à ceux qui avaient les nuits avec le niveau de bruit le plus faible (43 dB en moyenne).

Les résultats de l'étude démontrent que les niveaux sonores à l'hôpital peuvent être délétères pour la qualité du sommeil et son action récupératrice, néanmoins il est possible d'agir. « Les hôpitaux devraient intervenir pour réduire les niveaux sonores nocturnes afin d'améliorer le sommeil des patients, cela pourrait améliorer la satisfaction des patients et leur état de santé ».

L'étude a bénéficié de différents fonds publics et les auteurs n'avaient pas de conflits d'intérêt.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 9 janvier 2012; et adapté par Stéphanie Lavaud.

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