Le déclin cognitif peut débuter dès 45 ans 

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

11 janvier 2012

Analyse cohorte Whitehall sur l'âge début déclin cognitif menée par Inserm Villejuif

Une analyse de la cohorte britannique Whitehall II, menée par une équipe Inserm, constate que mémoire et capacité à raisonner peuvent décliner dès 45 ans.
11 janvier 2012

Villejuif, France - Le cerveau commence à décliner dès 45 ans et non vers 60 ans comme on le pensait jusqu'à présent. Ces résultats sont issus de l'analyse de la cohorte prospective de fonctionnaires britanniques Whitehall II, débutée en 1985 et qui a suivi plus de 7000 hommes et femmes, âgés de 45 à 70 ans, pendant 10 ans. Ce travail est publié par l'équipe Inserm U1018 d'Archana Singh-Manoux (directeur de recherche ; Hôpital Paul Brousse, Villejuif), dans le British Medical Journal[1].

Une cohorte âgée de 45 à 70 ans

On sait qu'il existe une relation inverse entre l'âge et les performances cognitives, en revanche « l'âge auquel le déclin cognitif commence est controversé » note le communiqué de l'Inserm qui rapporte ces travaux [2]. Le paradoxe est le suivant : d'un côté, peu d'arguments en faveur d'un déclin cognitifs avant 60 ans au vu d'études récentes, de l'autre, des corrélations entre ce déclin et la présence de plaques amyloïdes - lesquelles existent dans le cerveau du jeune adulte !

Comment résoudre ce dilemme ? En réalisant un suivi de cohorte sur une longue période. C'est tout l'intérêt de l'étude menée conjointement par les chercheurs de l'Inserm et ceux de l'University College of London qui ont utilisé les données médicales des 5 198 hommes et 2 192 femmes de l'étude de cohorte Whitehall II.

Agés de 45 à 70 ans au début de l'étude, ces sujets ont été suivis pendant 10 ans au cours desquels leurs fonctions cognitives ont été évaluées à 3 reprises. A chacune de ces visites, les personnes ont passé une série de tests permettant d'évaluer la mémoire, le vocabulaire, les capacités de compréhension orale et visuelle. Ce dernier test inclut le rappel d'une liste de mots commençant par « S » pour la fluidité verbale et le fait de pouvoir citer le plus grand nom d'animaux possibles (fluidité sémantique). Le niveau d'éducation était pris en compte dans l'analyse.

Qui est la cohorte Whitehall II ?

Démarrée en 1985, elle regroupe 10 308 fonctionnaires britanniques de la région de Londres dont 67 % d'hommes. Il y a 25 ans, toutes ces personnes âgées entre 35 et 55 ans ont été invités par courrier à participer à ce suivi longitudinal et 73 % d'entre elles ont accepté. Pour parer à toutes critiques concernant d'éventuels biais de représentativité, les auteurs précisent que « bien qu'il s'agisse de fonctionnaires, un large éventail d'emploi et de niveaux hiérarchiques étaient représentés avec des différences de salaire importantes. » Cependant, les chercheurs précisent dans la discussion que la cohorte ne saurait être représentative de la population générale du fait qu'il s'agit principalement d'employés de bureau avec un emploi stable et à une dominante masculine. Une sélection susceptible de sous-estimer le déclin cognitif à l'échelle de la population d'un pays.


Au final, « les résultats montrent que les performances cognitives (sauf pour les tests de vocabulaire) déclinent avec l'âge et ce d'autant plus rapidement que les gens sont âgés » indique l'étude. Le déclin est significatif dans chaque tranche d'âge, même dans la tranche la plus jeune des 45-49 ans.

Par exemple, au cours de la période de l'étude, le déclin des scores du raisonnement était de 3,6 % pour les hommes âgés de 45 et 49 ans et de 9,6 % chez ceux âgés de 65 à 70 ans. Les chiffres correspondants pour les femmes étaient respectivement de 3,6 % et 7,4 %.

Les auteurs soulignent que la preuve de ce déclin cognitif avant l'âge de 60 ans a des conséquences importantes.

« Déterminer l'âge auquel le déclin cognitif commence est important parce que des interventions comportementales ou pharmacologiques conçues pour changer les trajectoires de vieillissement cognitif sont probablement plus efficaces s'ils elles sont appliquées dès le début du déclin. » souligne Archana Singh-Manoux. Un défi d'autant plus crucial que l'espérance de vie ne cesse d'augmenter. Signe des temps, des changements de paradigme sont en cours. Ainsi, dans la prochaine édition du DSM, la 5ème, le terme « démence » pourrait laisser place aux expressions « trouble neurocognitif mineur » et « majeur », qui mettent plus en lumière l'effet de l'âge sur les capacités cognitives, soulignent les auteurs de l'étude.

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