La prédisposition génétique au cancer BRCA1 pourrait majorer le risque cardiaque

Elodie Biet

Auteurs et déclarations

11 janvier 2012

Le produit du gène BRCA1 participerait non seulement à la protection de l'organisme contre les cancers du sein et de l'ovaire, mais aussi à la régulation de la fonction cardiaque. 12 janvier 2012

Toronto, Canada - S'il est depuis longtemps établi que les formes mutées des gènes BRCA1
et BRCA2
sont associées à une augmentation du risque de développer un cancer du sein ou de l'ovaire, personne n'avait jusqu'ici imaginé que ces anomalies génétiques pouvaient aussi prédisposer à l'insuffisance cardiaque. C'est pourtant ce que suggèrent des travaux canadiens [1], conduits par le Dr Subodh Verma et ses collègues de l'hôpital St Michael de Toronto.

Les résultats obtenus par ces chercheurs au cours d'expériences conduites chez la souris et sur des tissus humains indiquent en effet que la protéine codée par le gène BRCA1 agit non seulement comme un suppresseur de tumeur, mais aussi comme un protecteur du tissu cardiaque. Son activité serait notamment essentielle à la réparation des lésions induites au cours d'une ischémie cardiaque.

Des conséquences pour le choix des traitements anti-tumoraux

Cette découverte pourrait conduire au développement de nouvelle stratégie de traitement de l'insuffisance cardiaque, visant à renforcer l'activité réparatrice dépendante de BRCA1/2. Dans un premier temps, elle pourrait surtout conduire à une modification de la prise en charge des patientes porteuses d'une mutation BRCA1/2, prenant en compte leur sur-risque cardiaque. Ces patientes sont vraisemblablement encore plus susceptibles que les autres à la cardiotoxicité des traitements anti-tumoraux : chez la souris, la mutation du gène BRCA1 conduit en effet à un doublement du risque d'insuffisance cardiaque induit par la doxorubicine. Le Dr Christine Brezden-Masley (Hôpital St Michael, Toronto, Canada), coauteur de l'étude, a confié que les données accumulées ont d'ores et déjà changé sa pratique : « Lorsqu'une patiente présente la mutation, je dois maintenant réfléchir à la dose de doxorubicine que je vais lui administrer ou penser à un traitement alternatif » [2].

Quand un suppresseur de tumeur devient un protecteur des cardiomyocytes

Le dysfonctionnement de la protéine BRCA1 est associé à un risque de 50 à 85 % de développer un cancer du sein et de 12 à 60 % de développer un cancer de l'ovaire. BRCA1 est, en effet, un suppresseur de tumeur assurant la stabilité du génome : elle participe à de multiples mécanismes cellulaires impliqués dans la réparation des dommages à l'ADN. Or, les altérations du système de réparation de l'ADN sont, non seulement, impliquées dans le développement de cancers, mais aussi dans celui d'autres pathologies chroniques, notamment dans celui de maladies cardiovasculaires : les cassures double-brin de l'ADN induites par l'ischémie et l'apoptose qui peut en résulter si ces dommages ne sont pas réparés sont considérés par certains comme un mécanisme clé de la mort cellulaire conduisant à l'insuffisance cardiaque.

Ces données ont conduit le Dr Verma et ses collègues à formuler l'hypothèse selon laquelle la protéine BRCA1 devait jouer un rôle dans la survie des cardiomyocytes : la perte de cette protéine pourrait conduire à une augmentation des dommages à l'ADN induits par l'ischémie et l'apoptose, entraînant alors un risque important d'insuffisance cardiaque. Ils ont testé cette hypothèse chez des souris déficientes pour le gène BRCA1.

Un taux de décès post-infarctus multiplié par 3 à 5

Leurs expériences ont montré que l'absence de protéines BRCA1 fonctionnelles dans les cardiomyocytes augmente la susceptibilité à l'infarctus, la toxicité cardiaque induite par des molécules génotoxiques telle que la doxorubicine, ainsi que les dysfonctions cardiaques. Chez les souris mutées, le taux de décès liés à un infarctus du myocarde est multiplié par 3 à 5.

Dans les tissus humains, l'ischémie provoque une élévation du nombre de cassures double-brin de l'ADN des cardiomyocytes ainsi qu'une synthèse accrue de BRCA1 permettant leur réparation. Pour Verma et coll., ces observations indiquent que la protéine BRCA1 joue un rôle important dans la régulation de la structure et de la fonction cardiaque humaine. En l'absence de cette protéine, le risque d'insuffisance cardiaque augmenterait, en particulier suite à une ischémie ou un stress génotoxique.

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêts en rapport avec le sujet.

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