La condition physique aurait plus d'effet que le poids sur la mortalité

Adélaïde Robert-Géraudel

19 décembre 2011

Columbia, Etats-Unis - Peu importe l'évolution de son poids : un homme qui maintient ou améliore sa condition physique diminue son risque de mortalité cardiovasculaire et de mortalité toute cause, selon une étude longitudinale américaine parue dans Circulation[1].

Duck-Chul Lee (Université de Caroline du Sud, Etats-Unis), et ses collègues ont examiné l'impact que pouvaient avoir les changements de poids et de condition physique, de manière indépendante et combinée, sur le risque de mortalité auprès de 14 345 hommes d'une quarantaine d'années.

Les contributions relatives de la capacité physique, de l'activité physique et de l'obésité sur la mortalité sont complexes et encore débattues, rappellent les auteurs.

Des données épidémiologiques jusqu'ici insuffisantes

Les études menées jusqu'à présent ne reliaient la mortalité à l'IMC ou à la condition physique que sur la base d'une seule mesure initiale de ces paramètres, sans étudier l'impact de leur changement.

Or, « la direction et l'amplitude de [ces] changements au cours du temps varie chez les individus, et peut influencer la mortalité », expliquent Duck-Chul Lee et ses collègues.

De plus, la plupart des travaux ne s'intéressaient pas à l'effet combiné de l'IMC et de la condition physique, mais les considéraient séparément.

L'étude publiée dans Circulation s'est déroulée en deux temps. Pour évaluer l'évolution de l'IMC et de la condition physique, les participants ont été examinés à deux reprises, à 6,3 ans d'intervalle. On note que la condition physique était évaluée lors d'une épreuve d'effort maximal sur tapis, et exprimée en équivalents métaboliques (MET).

Ensuite, pour évaluer l'impact de ces paramètres sur la mortalité cardiovasculaire et générale, la cohorte a été suivie durant 11,4 ans en moyenne. Durant ce suivi, 914 décès ont été enregistrés, dont 300 d'origine cardiovasculaire.

Mieux vaut gagner des METs que perdre en IMC

L'analyse multivariée, ajustée notamment à l'IMC, montre une baisse significative du risque de mortalité lorsque la condition physique est maintenue ou améliorée.

Mortalité CV et générale en fonction de l'évolution de la condition physique


Condition physique
Risque de mortalité toute cause
Risque de mortalité cardiovasculaire
Maintien vs déclin
30%
27%
Amélioration vs déclin
39%
42%

Selon ces résultats, chaque hausse d'un MET est associé à une baisse du risque de mortalité toute cause de 15% et du risque de mortalité cardiovasculaire de 19%.

De plus, les hommes qui restent bien conditionnés à l'effort, ou le deviennent, ont un moindre risque de mortalité que ceux qui sont déconditionnés et le restent.

A l'inverse, les changements d'IMC ne sont pas associés à la mortalité dans cette étude, après ajustement au changement de condition physique.

Les résultats suggèrent mme que le maintien ou l'amélioration de la condition physique pourrait compenser l'impact négatif d'une prise de poids en termes de mortalité.

 
L'effet à long terme du changement de condition physique […] est probablement au moins aussi important que [celui de] la perte de poids pour réduire les décès prématurés - Les auteurs
 

« Jusqu'à aujourd'hui, l'accent a été mis sur la perte de poids. Cependant, l'effet à long terme du changement de condition physique, qui résulte principalement d'une augmentation de l'activité physique, est probablement au moins aussi important que [celui de] la perte de poids pour réduire les décès prématurés. Une attention accrue doit être portée aux stratégies destinées à maintenir ou améliorer la condition physique », concluent les auteurs.

L'intérêt de la perte de poids remis en question

Cette étude vient réactiver les doutes suscités par des travaux antérieurs sur le réel intérêt de la perte de poids - et même de la perte de graisse - sur la réduction du risque de mortalité.

Les auteurs soulignent ainsi qu'une sous-analyse de leurs résultats indique que la variabilité du poids pourrait même être un facteur de risque de mortalité, indépendamment de l'IMC.

Ils rappellent également que l'effet de la perte de poids sur le risque de mortalité pourrait différer selon son origine : régime alimentaire ou activité physique.

Ces interrogations ne valent cependant que pour la population étudiée, à savoir des hommes d'origine européenne, de classe socio-économique moyenne ou supérieure, ne présentant en moyenne qu'un léger surpoids (90% présentaient un IMC = 30 kg/m²) et en assez bonne condition physique au départ.

« Ces résultats ne s'appliquent pas aux patients sévèrement obèses ou extrêmement déconditionnés à l'effort », soulignent encore les auteurs. Il est en effet possible que les modifications de l'IMC influencent davantage la mortalité chez ce type de patients.

Qu'est-ce que le MET ?

L'équivalent métabolique, ou MET pour Metabolic Equivalent of Task, est une unité qui estime le coût métabolique, à savoir la consommation d'oxygène, au cours d'une activité physique. Un MET équivaut à un métabolisme de repos (3,5 ml d'oxygène/kg/min).


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