Les restrictions de conduite automobile chez les porteurs de DAI précisées

Dr Walid Amara

Auteurs et déclarations

15 décembre 2011

Conduite automobile chez les porteurs de DAI

Pas de délai pour la conduite automobile (non professionnelle) après l'implantation d'un DAI ou après un choc inapproprié, et délai de 2 ou 4 mois après un choc approprié, conclut une étude néerlandaise.
15 décembre 2011

Leyde, Pays-Bas — Quelle attitude avoir vis-à-vis du risque lié à la conduite automobile chez le porteur de défibrillateur ? Des recommandations européennes ont été émises, et à l'échelon national, la Prévention Routière s'est prononcée sur la question (voir encadré ci-dessous). On manque cependant d'études sur le risque de survenue de chocs durant la conduite. Une étude néerlandaise, publiée dans l'European Heart Journal, avance des résultats plutôt rassurants pour les conducteurs non professionnels [1].

Naturellement, « un objectif de zéro pourcent de risque ne pourra jamais être atteint et la société devra accepter un certain degré de risque », notent les auteurs.

La première étape du travail a donc consisté à définir un seuil de risque, qualifié « d'acceptable », la seconde, à évaluer les contextes où la probabilité d'évènement est inférieure à ce seuil.

« Nous avons inclus l'ensemble de la population de la région de Leyde (Leiden) qui comprend un million et demi de personnes. Toutes les implantations de DAI effectuées dans notre région sont incluses dans un registre. Nous avons analysé l'ensemble des patients implantés entre janvier 1996 et septembre 2009 », expliquent les auteurs.

Le critère primaire de jugement était la survenue d'un premier choc (approprié ou non).

Par ailleurs, chez les patients ayant subi un premier choc, le délai de survenue d'un 2ème choc a été analysé.

La formule canadienne de calcul du risque

Pour évaluer le risque d'accident de la circulation, les auteurs ont utilisé une formule proposée par la conférence de consensus de la Canadian Cardiovascular Society.

RH = TC x V x ICS x AC

TC : temps de conduite (en % de la journée).

V : type de véhicule (V=1 pour conducteur professionnel et 0,28 pour un conducteur à titre privé)*.

AC : risque de lésion ou décès lors de la survenue de l'accident cardiovasculaire. Ce risque est estimé à 2% au maximum dans les séries.

ICS : risque annuel d'incapacité par mort subite. C'est ce facteur qui a été évalué dans cette étude en incluant les chocs appropriés ou pas. Concernant le défibrillateur, le risque est calculé par l'incidence cumulée des chocs multipliée par la proportion de patients présentant une syncope (31%).

Au Canada, le risque acceptable de décès ou de lésion pour les autres est estimé à 5 pour 100.000 (0,005%). C'est ce risque qui a été repris comme seuil de risque acceptable dans l'étude néerlandaise.

Les données de la prévention primaire

L'analyse porte sur 2786 patients implantés, dont 62% en prévention primaire et 38% en prévention secondaire.

Chez les patients implantés en prévention primaire, 190 chocs appropriés (10%) ont été recensés, sur un suivi de 784 jours, avec un délai moyen de survenue de 417 jours. Chez ces 190 patients, 65 (34%) ont subi un 2ème choc approprié après un délai moyen de 66 jours.

Des chocs inappropriés ont par ailleurs été constatés chez 175 patients (10%), avec un délai moyen de survenue de 320 jours. Chez ces 175 patients, 47 (27%) ont reçu un 2ème choc inapproprié avec un délai moyen de 224 jours.

Les données de la prévention secondaire

La durée moyenne de suivi était plus importante (1442 jours) chez les patients implantés en prévention secondaire.

Au total, 342 patients (32%) ont eu un choc approprié avec un délai moyen de 509 jours. Sur ces 342 patients, 166 (49%) ont reçu un 2ème choc avec un délai moyen de 400 jours.

Les chocs inappropriés ont été notés chez 177 patients (17%) avec un délai moyen de survenue de 639 jours. Un 2ème choc a été constaté chez 60 patients (34%) avec un délai moyen de 243 jours entre les chocs.

Les risques en prévention primaire ou secondaire, après choc approprié ou non

Le risque RH des conducteurs professionnels est supérieur au seuil (du fait du facteur V qui « pèse » 1 point). La conduite d'un véhicule à titre professionnel est donc en tous les cas contre-indiquée.

Chez les conducteurs privés, en revanche, le risque est toujours inférieur au seuil après l'implantation. Ces patients ne devraient pas avoir de restriction à la conduite automobile.

Après un choc inapproprié, le risque de récidive est faible sur le long terme, et le risque RH reste donc dans la limite considérée comme acceptable. Dans ce cas encore, des restrictions de conduite ne se justifient donc pas.

Après un choc approprié, le délai nécessaire pour que le risque RH retombe en deça du seuil requis est de 4 mois en prévention primaire, et de 2 mois en prévention secondaire.

« La restriction ne devrait être que de 4 ou 2 mois selon qu'on est en prévention primaire ou secondaire », concluent donc les auteurs.

*Pour être considéré comme un conducteur privé, le conducteur doit combiner les critères suivants : conduire moins de 36.000 km et moins de 720h par an, avoir un véhicule ayant un poids <11 000 kg, et ne pas gagner d'argent avec son véhicule.

Pathologies rythmiques et conduite automobile : ce que disent les recommandations européennes

Les recommandations européennes ne mettent pas de restriction pour les conducteurs occasionnels. Elles indiquent néanmoins qu'une stabilisation de l'état rythmique est nécessaire avant la reprise de la conduite automobile.

Pour les professionnels de la route (chauffeur de poids lourds ou taxi par exemple), la conduite automobile est interdite.

… et la Prévention Routière

Pour un professionnel de la route, la conduite automobile est toujours interdite.

Concernant le conducteur occasionnel, le patient doit signaler à l'administration qu'il est porteur d'un défibrillateur et devra, à ce titre, passer devant une commission qui après un avis spécialisé pourra accorder une aptitude temporaire à la conduite de 2 ans (en l'absence de symptômes sévères (lipothymies, syncopes,...), et sous réserve d'une surveillance spécialisée régulière). Le patient doit également signaler le port d'un défibrillateur à son assureur. A défaut, sa responsabilité pénale serait engagée en cas d'accident.

Le médecin a, à ce titre, un rôle d'information, mais il doit respecter le secret professionnel.


Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....