Syndrome de pieds-mains-bouche : la France reste préservée

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

9 décembre 2011

Description clinique et virologique du syndrome de pieds-mains-bouche en France en 2011

L'épidémie asiatique de syndromes graves de pieds-mains-bouche liée à des entérovirus EV71 ne touche pas encore la France où le virus coxsackie reste majoritaire
9 décembre 2011

Paris, France — A l'occasion des Journées Dermatologiques Parisiennes 2011, le Dr Thomas Hubiche (CHI Fréjus) a fait un point sur la description clinico-virologique du syndrome de pieds-mains-bouche en France en 2010-2011 au moment où des sérotypes particuliers (entérovirus EV71) sont à l'origine de formes graves épidémiques en Asie du Sud Est. [1]

Depuis 3 ans, environ 1 million de cas annuels de syndrome de pieds-mains-bouche (SPMB), associés à plus d'un millier de décès, sont survenus en Asie du Sud Est et plus particulièrement en Chine. Cette forme particulière de la maladie est liée à une infection par certains sous-types d'entérovirus 71 (génotype C4 et B5), dont les premiers cas ont été signalés en 1998. Ces épidémies se caractérisent par une morbidité et une mortalité inhabituelle en rapport avec des atteintes neurologiques (encéphalites, méningo-encéphalites…). En France, la plupart des SPMB ont pour origine un autre entérovirus du groupe A, le coxsackievirus A16. Ce syndrome est habituellement considéré comme rare, bénin et évoluant de façon ponctuelle sans véritables épidémies dans notre pays.

L'équipe du CHI de Fréjus, en collaboration avec des hôpitaux de Bordeaux, Grasse, Lyon, Tours et le Centre National de Référence des entérovirus à Lyon, a mis en place une étude observationnelle prospective multicentrique entre mars 2010 et mai 2011 afin de réaliser une description clinico-virologique des SPMB en France [2]. Ce travail avait aussi pour but d'établir la prévalence des différents entérovirus à l'origine du SPMB et de dépister la circulation éventuelle de sous-types d'EV-71 à potentiel épidémique décrits en Asie du Sud-Est (sérotypes C4 ou B5).

Au moins deux zones atteintes

« Au total, 54 enfants présentant des critères cliniques de SPMB ont été inclus dans l'étude. L'âge médian était de 20 mois. Le nombre de cas a été le plus important au printemps et pendant l'été 2011 (70 % des cas). La triple atteinte -pieds, mains et bouche- n'était concomitante que pour 68 % des enfants, alors que la quasi-totalité des enfants présentait au moins des lésions palmaires. D'autres zones de la peau étaient aussi concernées : siège (chez 68 % des moins de 2 ans, et 43 % chez les autres), tronc et membres (respectivement 58% et 43 % dans les deux tranches d'âge). Aucune complication sévère n'a été recensée dans cette population », analyse le Dr Hubiche. « Cliniquement, l'atteinte de deux zones (pied, main ou bouche) est suffisante pour évoquer le diagnostic et notamment en présence de vésicules palmaires ».

PCR sur prélèvement vésiculaire

Le diagnostic de SPMB est avant tout clinique mais l'analyse virologique a été réalisée au cours de l'étude afin de préciser les sérotypes circulants en France. La sérologie n'est habituellement pas utilisée en raison de son absence de spécificité, car elle ne permet que de détecter des anticorps anti-entérovirus sans plus de précision. La PCR sur un échantillon de selles est un bon examen et le virus est excrété sur une période allant de 1 à 18 semaines. La PCR sur un prélèvement naso-pharyngé peut être réalisée mais le taux de discordance en cas de positivité de ce test est important. Enfin, la PCR sanguine est délicate à réaliser.

En pratique, l'analyse PCR du contenu d'une vésicule est l'examen le plus approprié pour le diagnostic. C'est cette technique qui a été utilisée dans l'étude du Dr Hubiche. Elle a permis de préciser les sérotypes circulants : 18 virus coxsackie A16 (CV-A16), 9 virus CV-A6, 4 virus CV-A10, 2 entérovirus EV71 (génotype C1 et C2), 2 virus CV-A9, un virus CV-A8, un virus CV-B2, un virus E-9 et 8 typages sont encore en cours.

Pas d'éviction des collectivités

« L'éviction du milieu scolaire n'est pas justifiée actuellement en France devant un cas de SPMB. Des mesures d'hygiène renforcées sont nécessaires lorsque l'enfant fréquente une collectivité. Le pic de contagion a lieu pendant la première semaine d'infection. Le virus est excrété dans l'oropharynx pendant 1 à 4 semaines et dans les selles pendant 1 à 18 semaines. Notre étude prouve que le SPMB survient sur un mode endémo-épidémique impliquant différents entérovirus. Elle permet aussi d'affirmer que, pour l'instant, les sérotypes d'entérovirus EV-71 les plus pathogènes qui sévissent en Asie du Sud Est sont encore absentes du paysage viral français », conclut le Dr Hubiche.

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